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Plongés dans l'enseignement à distance, des étudiants de l'ULB se sentent perdus: "Les cours en ligne? C'est horrible"

Plongés dans l'enseignement à distance, des étudiants de l'ULB se sentent perdus:
CORONAVIRUS

Depuis le vendredi 13 mars, quelque 32.000 étudiants de l'Université libre de Bruxelles (ULB) poursuivent leurs études "à distance", avec plus ou moins de réussite et de nombreuses questions sur leurs futurs examens de fin d'année. De son côté, l'ULB a mis à disposition deux outils permettant de donner et suivre les cours en ligne et dit travailler sans relâche pour assurer un suivi de qualité de ses professeurs.

"On est tous en plein stress", décrit Coralie, étudiante en Master en droit à l’Université Libre de Bruxelles. Depuis que l’ULB a décidé, comme d’autres universités et écoles supérieures, de passer à un mode d'enseignement à distance afin de limiter la propagation du coronavirus, elle se sent abandonnée par la plupart de ses professeurs. "Depuis le confinement, on n’a pratiquement aucune nouvelles de nos enseignants", s’inquiète-t-elle par téléphone après nous avoir joints via le bouton orange Alertez-nous.

Un seul de nos profs se démène pour organiser ses cours à distance, en créant notamment des vidéos de ses cours

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé d’entrer en contact avec eux. Les étudiants disent avoir envoyé des mails à chacun de leurs professeurs, notamment via leur délégué de classe. Après deux semaines, le bilan est contrasté. "Un seul de nos profs se démène pour organiser ses cours à distance, en créant notamment des vidéos de ses cours, détaille-t-elle. D’autres en revanche ont clairement exprimé leur refus d’organiser quoi que ce soit de façon virtuelle en disant que ça ne les intéressait pas de parler seul pendant 2h devant leur web cam. D’autres encore nous disent ne pas avoir internet et le reste n’a toujours pas répondu".

Coralie: "On nous dit de nous débrouiller"

Sur le groupe Facebook des étudiants de Master en droit, que RTL INFO a pu consulter, les questions et messages fusent, traduisant le stress ressenti par les étudiants plongés dans l’incertitude, notamment en ce qui concerne les travaux à rendre ou les futures évaluations. “Quid de notre Travail de Fin d’Etudes?”, demande une étudiante qui affirme n’avoir aucune nouvelle de ses promoteurs. “Nous n’avons aucune information concernant le travail à rendre pour le 22 avril, que deviennent les permanences?”, interroge une autre étudiante. 

Même son de cloche auprès de Coralie, étudiante en Bach 3 en Information et Communication. Selon elle, le sentiment qui règne au sein de ses camarades est celui de la déception. "Entre les professeurs qui qualifient de cours en ligne un document reprenant les paragraphes du syllabus à connaître et 'Débrouillez-vous avec ça', les professeurs qui ne donnent aucun signe de vie depuis le début de l’enseignement virtuel et qui font comme si les mails n’existaient pas, on n’est pas aidés", écrit-elle via le bouton orange Alertez-nous.

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L'enseignement en ligne est familier pour certains, un casse-tête pour d'autres

A l’inverse, certains professeurs et étudiants se disent très satisfaits des cours en ligne. Ainsi, le professeur de chimie à l'ULB Thierry Visart a témoigné des retours positifs reçus de la part de ses élèves après avoir organisé ses premières séances virtuelles. "On a eu certaines difficultés au début, mais finalement on y est arrivés, lundi à 14h, en cours de chimie à Solvay, les étudiants ont beaucoup apprécié l'effort réalisé pour que le cours soit donné", explique-t-il dans une interview qui sera diffusée dans l'émission Reporters de ce vendredi et disponible dans l'extrait vidéo ci-dessous. Louise, étudiante en première année en chimie, confirme avoir reçu des mails de la part de ses professeurs. "La majorité des cours sont donnés à distance, en live, dit-elle dans le même extrait vidéo. Je préfère quand les cours sont donnés en live car le cadre est plus structuré".

Certaines facultés semblent donc se familiariser plus facilement avec les outils informatiques permettant les cours à distance. Certains ont même pris des initiatives, comme cet assistant en faculté de polytechnique. "En collaboration avec nos étudiants, on a immédiatement organisé nos cours sur Youtube Live en réceptionnant leurs questions dans l’espace commentaires, explique Jean Rosenfeld, assistant. Ce n’est pas optimal, nous cherchons une meilleure solution, mais nous devions agir très vite pour respecter les délais du projet sur lequel nos étudiants travaillent en ce moment".

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Pourtant, l'ULB a mis en place des outils qu'elle estime performants

Comment l’ULB explique-t-elle cet abandon ressenti par certains de ses étudiants? Les professeurs ne sont-ils pas encadrés pour mettre en place cet enseignement en ligne? "Si, ils le sont, assure Nathalie Vaeck, vice-rectrice à l'enseignement aux apprentissages et à la qualité. Nous avons mis en place deux outils à disposition des professeurs et des étudiants: l’université virtuelle et Teams".

Le premier outil, qui existait avant le fameux confinement, était déjà utilisé par certains professeurs. "Grâce à l’université virtuelle, les professeurs peuvent mettre en ligne un ensemble de matériel pédagogique tels que des syllabus, des power point qui comportent parfois des explications vocales enregistrées par le professeur. Il est possible d’ajouter des vidéos, des podcast, des hyperliens,... Par ailleurs il s’agit d’un enseignement asynchrone, c’est-à-dire que les étudiants peuvent utiliser ce matériel quand ils le veulent". Sans oublier les espaces d’échange tels que les forums où enseignants et étudiants peuvent dialoguer.

"Le second outil est Teams, poursuit la vice-rectrice. Il permet aux professeurs de donner cours de façon synchrone, par exemple en respectant leur horaire ou en établissant un nouveau créneau en collaboration avec leurs étudiants”, décrit encore Nathalie Vaeck. Quant aux professeurs qui ne seraient pas habitués à manipuler ces outils, l’ULB les forme. "La formation à Teams ne dure qu’une heure, c’est très intuitif, promet la vice-rectrice. Nous avons un nombre assez impressionnant d’utilisation de ces deux outils et les professeurs sont très nombreux à solliciter des formations, preuve que cela fonctionne pour l’instant".

Par ailleurs, hasard du calendrier, au moment de devoir basculer vers l'enseignement en ligne, l'ULB était en train de se relever d'une cyber attaque. "Nous étions en train de sécuriser tous nos réseaux informatiques et nos équipes techniques ont réussi à ce que l'université assure malgré tout une transition performante vers les cours à distance, le travail a été abattu à une vitesse folle, et ce, sans perdre la moindre donnée informatique", décrit Nathalie Vaeck.

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"Inadmissible que les étudiants souffrent de cette situation"

Alors qu’en est-il des quelques professeurs récalcitrants? Car malgré toutes ces dispositions, certains semblent rechigner à s’adapter à la nouvelle formule.

"Nous sommes bien conscients qu’il peut exister des problèmes de ce style, reconnaît Nathalie Vaeck, qui appelle néanmoins à faire preuve de patience. Nous avons basculé en apprentissage en ligne de façon très rapide, il faudra sans doute quelques jours pour que tous s’y habituent: étudiants et professeurs”, dit-elle, en précisant que si certains professeurs ne répondent pas, c’est peut-être aussi parce qu’ils sont dans une situation professionnelle, personnelle ou sanitaire le leur empêchant.

"On est conscients de cela et compréhensifs envers ceux qui ont besoin de temps, abonde Sophie. Ce que l'on ne comprend pas, c'est le refus de certains de participer aux cours en ligne". "On nous donne juste quelques slides et on doit se débrouiller, c'est horrible", ponctue Coralie.

La vice-rectrice est formelle: l’apprentissage des étudiants ne doit pas pâtir de la situation exceptionnelle que le pays traverse suite au coronavirus. "Il serait inadmissible que les étudiants souffrent encore plus de cette situation en raison d’un mauvais vouloir de la part de certains professeurs", tranche la vice-rectrice. "Il faut absolument que ces informations nous parviennent", insiste-t-elle en indiquant l'adresse mail créée à cet effet: departement.enseignement@ulb.be.

"Cette adresse permet aux étudiants de signaler le moindre problème concernant les cours en ligne. Ils ne doivent pas hésiter à l’utiliser: cela nous permet de faire les ajustements nécessaires et de prendre contact avec les professeurs qui auraient besoin d’aide pour adapter leur cours en ligne”. La vice-rectrice promet donc de prendre en compte les témoignages reçus. “Nous leur répondrons, ils ne doivent pas se sentir abandonnés”, affirme-t-elle.

Si les examens sont maintenus à la même période, la matière à étudier sera “sans doute modifiée”

A mesure que le temps passe, des questions fleurissent aussi au sujet des examens de fin d'année. Auront-ils lieu? Quand et comment? "Je crains que nous ne soyions évalués comme à l’habitude, sans tenir compte de cette situation exceptionnelle”, redoute Coralie. "On sait qu’en droit, le niveau d’exigence est assez élevé, rappelle Sophie. Vont-ils garder ce même niveau d’exigence nous concernant sachant la situation?" 

"On n’a pas encore d’informations complètes sur la forme que les évaluations prendront, répond la vice-rectrice. Pour l’instant, le scénario souhaité serait de clairement conserver les premières sessions à la période prévue. L’idée, notamment via l’enseignement en ligne, est en tout cas de ne pas reporter à l’an prochain les apprentissages des étudiants de cette année, afin de ne pas bouleverser leur année prochaine en la rendant problématique. Nous sommes encore en discussion à ce sujet et il faudra tenir compte non seulement de ce que la ministre préconisera, mais aussi et surtout du fait qu’on est dans une période exceptionnelle: la matière à étudier pour les étudiants et les évaluations s’en trouveront sans doute modifiées”.

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