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Esteban a réussi sa 3ème secondaire en Italie, mais il doit la recommencer en Belgique: "L'Italie, ce n'est quand même pas un pays sous-développé"

Esteban a réussi sa 3ème secondaire en Italie, mais il doit la recommencer en Belgique:

A savoir

Si Steve a tenu à partager la mésaventure de son fils, c’est qu’il voulait aussi prévenir d’autres parents qui pourraient se retrouver dans la même situation. D’où ce rappel utile, si votre enfant compte aller étudier à l’étranger. Dans un cas similaire à celui d’Esteban, celui d’un enfant qui partirait à l’étranger pour des études secondaires sans les achever que faut-il faire ?

Première étape : réinscrire votre enfant dans une école belge. C’est ensuite le chef d’établissement qui doit envoyer, le plus rapidement possible, le dossier de l’élève à l’administration. Un dossier qui doit contenir différents éléments : un formulaire spécifique, les bulletins des 3 dernières années, un acte de naissance et une preuve de paiement.

"Le dossier est alors contrôlé par l’Administration en ce qui concerne la présence des documents requis puis transmis à nos Chargés de mission pour expertise pédagogique, détaille Eric Etienne. Dès que l’avis du Chargé de mission a été rendu, celui-ci est envoyé à l’établissement scolaire pour permettre l’inscription de l’élève ou le réorienter dans l’année adéquate".

Dans un deuxième temps, le dossier est ensuite analysé quant à la forme (originaux, copies conformes…). S’il est complet, la décision d’équivalence est établie et le dossier est clôturé. Si le dossier est incomplet, une "demande de renseignements" reprenant les documents à fournir est établie et envoyée à l’établissement scolaire afin que le dossier soit complété et que la décision puisse être établie.

Esteban est un jeune homme qui a voulu croire en ses rêves. Lesquels ? Tribord, bastingage et tirant-d’eau, Esteban deviendra marin. Pour mettre toutes les chances de son côté, il est parti étudier un an en Italie. Problème : pour la fédération Wallonie-Bruxelles, cette année ne vaut rien.

Juin 2016. Esteban a 14 ans, il habite à Marcinelle et vient de terminer sa deuxième secondaire. Le jeune garçon a un rêve : il veut devenir marin. Un choix de carrière pas forcément facile à suivre en Belgique mais Esteban a un atout dans sa manche : sa maman est italienne, de Sardaigne. Il a des oncles, des tantes et des cousins dans l’île méditerranéenne. Esteban est décidé : il va continuer sa scolarité en Italie, à l’Istituto d’Istruzione Superiore Michelangelo Pira. Objectif final : l’école navale.


"La famille, ses amis lui manquaient"

L’année scolaire 2016-2017, Esteban la passe donc en Sardaigne. Il parle couramment l’italien, ses résultats suivent, il réussit. Par contre, il n’est plus aussi catégorique qu’avant sur sa carrière de marin. "La maison, la famille, ses amis lui manquaient, explique Steve, son papa. Il a préféré revenir". Revenir à Marcinelle; retrouver ses parents, ses copains et son école.

Quand le retour d’Esteban a été décidé, son papa a contacté son ancienne école. "Ils m’ont simplement demandé de leur envoyer un email avec une copie de ses résultats en Italie". Steve s’est exécuté, il croyait son fils en règle.


Une première claque à la Toussaint, la deuxième à Noël

En septembre dernier, Esteban s’assied donc dans une classe de 4ème secondaire de l’Athénée Jules Destrée à Marcinelle. A priori, tout se passe bien. A priori seulement. "Pendant la semaine de la Toussaint, la direction m’a contacté en me disant que les services de l’équivalence estimaient que le niveau d’études en Italie n’était pas le même qu’en Belgique. Ils voulaient donc le renvoyer en 3ème" raconte Steve.

L’année a déjà commencé, le père de famille ne trouve pas ça normal, il introduit un recours. "Ça a pris du temps, ajoute-t-il. J’ai même pensé qu’ils avaient mis le dossier de côté, mais non. Juste après les vacances de Noël, on me rappelle en me disant qu’on est obligé de replacer mon fils en troisième. Le recours a été refusé par le service des équivalences". La décision étonne Steve, énormément. "Je m’étais dit qu’on était en Europe, que l’Italie ce n’est quand même pas un pays sous-développé. Je me disais que c’était une simple formalité".

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"Une situation aussi absurde que révoltante"

C’est à ce moment que Steve a prévenu la rédaction, via le bouton orange Alertez-nous. "Je me permets de vous contacter pour vous faire part de la situation aussi absurde que révoltante dont mon fils est victime avec le système scolaire" écrivait Steve. "Vous comprendrez notre grande stupéfaction devant un système qui refuse l'accès à la quatrième au retour d'une année réussie dans un pays pourtant membre de l'union européenne. Vous pouvez aisément imaginer la grande déception et le sentiment d'humiliation pour notre fils qui sera relégué en troisième comme un doubleur qu'il n'est pas".

Le recours a donc été refusé. Quel est le problème ?

L’enseignement dispensé en Italie, pays membre de l’Union Européenne, souffre-t-il à ce point d’un déficit de qualité par rapport au nôtre ?

Esteban a réalisé, en Italie, ce qu’on pourrait assimiler à une demi-troisième

La durée du cycle d'études en cause: 12 ans en Belgique mais 13 en Italie

Les résultats du test PISA 2016 (un programme qui évalue les systèmes éducatifs dans le monde) classent en effet l’Italie en deçà de la moyenne des pays de l’OCDE (481 points en sciences contre 493, 485 en lecture contre 493 et en maths, l’Italie égale la moyenne à 490). Mais l’explication est à chercher du côté de la durée du cycle des études. "Le système scolaire italien est étalé sur 13 ans, pas sur 12 comme chez nous" avance la préfète de l’Athénée Jules Destrée. Esteban a réalisé, en Italie, ce qu’on pourrait assimiler à une demi-troisième. On a déposé une demande d’équivalence, comme nous l’avait demandé le papa, mais nous ne sommes que le messager, pas le juge".

Le juge, c'est-à-dire ceux qui décident, ce sont les services de l’équivalence qui dépendent du ministère de l’enseignement en Fédération Wallonie-Bruxelles. Le porte-parole de la ministre, Eric Etienne, nous a expliqué ce qui a motivé cette décision. "L’expert en pédagogie a estimé que le dossier scolaire d’Esteban était équivalent à un rapport de compétences délivré à l’issue d’une deuxième année".

Ce qui est ainsi pris en considération est le nombre d’années scolaires qu’il reste à accomplir

Et comme l’avait déjà précisé la préfète, tout est question de durée de cycle. "Le système scolaire en Italie est organisé sur 13 années, alors que notre système s’organise sur 12 années. Cela signifie qu’il y a nécessairement une contraction qui doit se faire, à savoir un passage par équivalence d’un système scolaire à un autre. Il a été décidé que la contraction porte sur la 1ère année du 2ème cycle du secondaire du système scolaire italien (Liceo) ; en conséquence, par équivalence, la 1ère année du Liceo n’est pas prise en compte. La dernière année réussie par Esteban est la 1ère année du Liceo scientifico, année correspondant à la réussite d’une 2ème année du secondaire en FWB et donnant donc accès à une 3ème année. Afin d’éviter les lacunes pédagogiques, ce qui est ainsi pris en considération est le nombre d’années scolaires qu’il reste à accomplir (4 années dans les 2 systèmes scolaires), et non le nombre d’années scolaires déjà suivies".


Une règle appliquée depuis une quinzaine d'années en communauté française

Et le porte-parole de Marie-Martine Schyns d’ajouter que cette pratique administrative était appliquée depuis une quinzaine d’années et que le cas précis d’Esteban ne constituait pas une décision isolée.

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Contraint et forcé, il doit retourner en troisième

Le 15 janvier, Esteban se retrouve dans une impasse. Il est mineur et donc soumis à l’obligation scolaire. Or la loi exige que tous les enfants soient inscrits légalement dans une classe avant le 15 janvier.

La préfète de son établissement n’a donc pas eu d’autre choix que de l’inscrire en troisième. "Si cette réinscription est arrivée aussi tard, c’est parce que le papa d’Esteban a voulu maintenir son fils en quatrième envers et contre tout, même en n’étant pas sûr de la décision finale".

Bien décidé à ne pas faire recommencer une année à son fils, Steve a directement contacté le cabinet de la ministre. "Je trouve ça dur de sanctionner un élève en milieu d’année alors qu’il n’a pas démérité pendant les examens de Noël". Parce que le bulletin de décembre d’Esteban n’était pas mauvais. Le garçon s’en sort avec trois échecs ; en chimie, en mathématiques et en néerlandais. Dans la colonne ‘commentaires’, son titulaire a même noté qu’il devait "continuer ses efforts". Le néerlandais représente un bon exemple de l’incompatibilité des systèmes éducatifs : Esteban ne l’a évidemment pas étudié en Italie, contrairement à ses camarades de classe pendant leur troisième secondaire en Belgique. Mais il n’a pas baissé les bras pour autant. "Esteban suit des cours particuliers en mathématiques et en néerlandais. Entre le début de l’année et Noël, ses points se sont améliorés, on voit la progression" souligne le papa. Un argument balayé par le service des équivalences : "Les parents invoquent les résultats de leurs fils au dernier bulletin. Toutefois, les appréciations favorables des études sont sans pertinence pour apprécier le niveau de formation des études poursuivies" précise Eric Etienne, citant un avis du Conseil d’Etat.

En conclusion, Esteban ne peut pas suivre, cette année, une quatrième année en tant qu’élève régulier. Il pourrait la suivre comme élève libre mais, même en cas de réussite, il ne pourrait alors pas s’inscrire en cinquième sans passer par le jury central de la FWB.

Que faire quand votre enfant revient en Belgique après avoir fait une année secondaire à l'étranger?

Si Steve a tenu à partager la mésaventure de son fils, c’est qu’il voulait aussi prévenir d’autres parents qui pourraient se retrouver dans la même situation. D’où ce rappel utile, si votre enfant compte aller étudier à l’étranger. Dans un cas similaire à celui d’Esteban, celui d’un enfant qui partirait à l’étranger pour des études secondaires sans les achever que faut-il faire ?

Première étape : réinscrire votre enfant dans une école belge. Le chef d’établissement doit envoyer, le plus rapidement possible, le dossier de l’élève à l’administration. Le dossier doit contenir différents éléments : un formulaire spécifique, les bulletins des trois dernières années, un acte de naissance et une preuve de paiement.

"Le dossier est alors contrôlé par l’Administration en ce qui concerne la présence des documents requis puis transmis à nos Chargés de mission pour expertise pédagogique, détaille Eric Etienne. Dès que l’avis du Chargé de mission a été rendu, celui-ci est envoyé à l’établissement scolaire pour permettre l’inscription de l’élève ou le réorienter dans l’année adéquate".

Dans un deuxième temps, le dossier est ensuite analysé quant à la forme (originaux, copies conformes…). S’il est complet, la décision d’équivalence est établie et le dossier est clôturé. Si le dossier est incomplet, une "demande de renseignements" reprenant les documents à fournir est établie et envoyée à l’établissement scolaire afin que le dossier soit complété et que la décision puisse être établie.

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