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La situation des chauffeurs "coupés", une cause de la grève sauvage au TEC du dépôt de Jumet: qui sont-ils?

La situation des chauffeurs
(c) Belga

Ces chauffeurs viennent en renfort avec des bus supplémentaires aux heures de pointe lorsqu'il y a trop de voyageurs à transporter.

Jeudi matin, des chauffeurs de bus du dépôt TEC de Jumet dans la région de Charleroi ont refusé de prendre le volant. Le trafic a été perturbé pendant quelques heures, au détriment des voyageurs, avant qu'une réunion avec la direction ne permette de trouver une solution et que les grévistes ne reprennent le travail. Cet arrêt de travail n'avait pas fait l'objet d'un préavis, ce qu'a déploré la direction, ajoutant que ce genre d'action était devenu rare ces cinq dernières années. Pour rappel, une grève doit être annoncée par les syndicats plusieurs jours à l'avance via l'envoi d'un recommandé (on parle d'un "préavis de grève"), avec possibilité d'annulation si les deux parties parviennent à trouver un accord avant la date butoir.


"Absentéisme, maladie, un peu de tout"

À la source de la grève se dressent des problèmes de matériel et de personnel, nous a signifié un permanent syndical de la CSC par téléphone. On dénombre trop souvent des bus en panne et il manque de mécaniciens pour les réparer rapidement. À la pénurie de mécanos, la CSC avance différentes raisons: "Absentéisme, maladie, il y a un peu de tout." Ces difficultés engendrent une baisse du nombre de véhicules en circulation. "Tous les jours il manque entre 5 et 10 bus, parfois plus. Il manque en général 5 à 6 métros", assure-t-on. Dix mécanos doivent être engagés, la "campagne d'embauche a été lancée", se satisfait la CSC qui espère donc une amélioration prochaine.  Outre les engagements, le syndicat chrétien estime qu'il faudrait renouveler le parc des bus. C'est à la Région wallonne qu'il revient de libérer un budget (qui ne serait pas mince) pour cela.


Trois types de chauffeurs aux TEC

Un autre motif, moins souvent cité jeudi matin dans les médias lors de l'annonce de la grève, concerne les chauffeurs dits "coupés". Qui sont-ils?

Les conducteurs de bus sont répartis en trois catégories. Un chauffeur TEC qui préfère garder l'anonymat nous les décrit.

Les permanents

Ils ont un horaire fixe avec des lignes et services bien précis à effectuer.


Les réserves

Ils viennent au dépôt le matin et entrent en action lorsqu'il y a un malade ou un absent. S'il n'y en a pas, ils s'occupent comme ils veulent au dépôt. Par contre, si à 15 minutes de la fin de sa journée de 8 heures, on vient dire à un réserve qu'il doit effectuer un remplacement, celui-ci devra s'y plier même si cela entraîne plusieurs heures de travail supplémentaire. Bien entendu, son salaire sera plus important pour ces heures-là considérées comme heures supps.

Le réserve doit pouvoir couvrir tout le réseau et doit donc être capable de conduire un bus mais aussi un tram ou un métro dans la région de Charleroi. Cela implique donc aussi qu'il doit connaître toutes les lignes et leurs particularités, là où un chauffeur permanent devra seulement connaître les lignes qui lui sont attribuées. 

Un chauffeur réserve est payé comme un permanent avec une prime supplémentaire.

Ce type de chauffeurs est indispensable. il est moins demandé car il réclame plus de compétences.


Les coupés

On les appelle comme ça parce que leur journée est composée de deux périodes espacées. Ces chauffeurs travaillent seulement aux heures de pointe: le matin (ils arrivent vers 5 ou 6h) et en fin de journée. Avec leurs bus, ils viennent "doubler" une ligne quand il y a trop de monde à embarquer. Pour des raisons évidentes de sécurité, un bus ne peut accueillir plus d'un certain nombre de voyageurs. S'il y en a beaucoup trop, "ce qui arrive surtout dans le cas de ramassage scolaire", on fait venir un second bus. C'est le boulot du chauffeur "coupé". Entre leurs deux demi-journée, ces chauffeurs ne travaillent pas et ne sont dès lors pas payés.

Du fait que leur journée est scindée en deux, ils reçoivent une prime.

On les appelle les joueurs de carte

Cependant, s'il n'y a plus aucun chauffeur de réserve, les chauffeurs coupés peuvent être appelés pour faire un remplacement de dernière minute. Selon notre source, les chauffeurs coupés ne veulent plus que ce soit le cas. Il s'agirait du 3e motif de la grève sauvage. Cette source est indignée par ce refus des chauffeurs coupés qu'elle accuse d'avoir déjà un travail moins lourd que d'autres. "On les appelle les joueurs de carte", dit cette source.


Mauvaise répartition de la charge de travail chez les travailleurs "coupés" ?

Nous avons soumis ce refus des "coupés" de continuer à assurer des remplacements au permanent syndical CGSP. Il a grommelé et nuancé, affirmant que ce n'était pas aussi primaire que cela. Il évoque un problème spécifique au dépôt de Jumet dans la répartition du travail des "coupés": "Ils sont très mal employés au dépôt de Jumet, il y a des gens à qui on demande beaucoup et d'autres à qui on ne demande presque rien", fait-il remarquer.

Pourquoi avoir arrêté le travail? La réponse n'est pas unanime. Selon la direction, la CGSP et la CSC que nous avons contactés, c'est le syndicat CGSLB qui a initié la grève ce matin alors qu'une réunion de conciliation était pourtant prévue à 7h30. Celle-ci a quand même bien eu lieu et les deux syndicats CSC et CGSP, qui y ont participé, ont été satisfaits des garanties données par la direction. Il faudra une nouvelle réunion pour que la grève cesse et les chauffeurs concernés reprennent le travail. Nous n'avons pu entrer en contact avec un représentant de la CGSLB mais selon certaines sources, le syndicat libéral accuserait la CGSP (les "rouges") d'être à l'origine de la grogne qui avait déjà monté la veille.

Un travailleur non-gréviste souhaitant garder l'anonymat déplorait cette grève alors que, selon lui, les conditions de travail des chauffeurs de TEC sont tout sauf mauvaises: "minimum 1800 euros/mois, plusieurs primes, abonnement gratuit sur STIB, De Lijn et TEC, assurance hospitalisation, chèques repas", énumérait-il. Selon cette personne, "la main-mise des syndicats est plus importante à Jumet que dans les autres dépôts", n'hésitant pas à utiliser le mot "mafia".

La direction TEC rappelle toutefois qu'un accord a pu être trouvé avec les syndicats pour assurer un service minimum quand des chauffeurs participent à des actions sociales, qui font l'objet d'un préavis, comme les manifestations interprofessionnelles des derniers mois. Désormais, les chauffeurs qui participeront à ces manifestations doivent se déclarer à l'avance, ce qui permet aux TEC d'organiser l'offre de bus en fonction des chauffeurs qui travailleront ce jour-là, de manière à ce que les voyageurs sachent à quoi s'attendre et quels bus seront en circulation. Un pas positif pour ces derniers.

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