"Là, je vois le terroriste en train d’exécuter lâchement la policière": Yves a assisté à la tuerie de Liège et sécurisé des passants

Il y a trois mois, une fusillade éclatait à Liège, coûtant la vie à deux policières. Alors que Benjamin Herman, le tireur radicalisé, déambulait sur le Boulevard d'Avroy, la vigilance d'un témoin a permis d'éviter que le bilan humain de cette fusillade soit plus dramatique encore. Dominique Demoulin et David Muller l'ont rencontré.

Ce devait être un banal rendez-vous chez le dentiste. Le 29 mai dernier, Yves Wilkens circule sur le boulevard d’Avroy, lorsqu’à hauteur du café des Augustins, des coups de feu retentissent. "Là, je vois le terroriste en question en train d’exécuter lâchement la policière en lui tirant une dizaine de balles. Forcément, ça ne se compte pas, mais je dirais, une dizaine de balles".

Yves Wilkens se gare sur un parking, se réfugie dans un bâtiment, appelle les secours, puis ressort pour mettre plusieurs personnes en sécurité au péril de sa vie. "Je vois une dame qui se dirige vers les tirs en question, qui sont vraiment assourdissants, je me dirige vers cette dame qui va, je le répète, dans la direction des tirs, elle est avec un enfant en bas page, d’une dizaine d’années, je la reprends, je rentre de nouveau dans la banque sécurisée pour les mettre à l’abri, forcément. Je l’ai fait à l’instinct, et je pense avoir fait ce qu’il fallait faire".

Tris mois plus tard, il ne souhaite pas revenir sur les lieux. Ce héros d’un moment est aujourd’hui un homme traumatisé. "Ca reste très marquant, c’est difficile à vivre, il y a des périodes où ça va, des périodes où ça va moins bien. Des cauchemars répétitifs, le bruit des ambulances, les combis de police, quand ils actionnent les sirènes, c’est assez perturbant pour moi. Je deviens un peu anxieux, angoissé de me demander s’il va se reproduire quelque chose, je dois dire que c’est assez difficile à vivre".

Seul moment positif, dit-il, l’hommage rendu par la ville de Liège aux victimes et aux sauveteurs. "Il y a une forme de reconnaissance et de soulagement d’avoir obtenu une médaille pour acte de courage et de bravoure, qui m’a été remise par monsieur le bourgmestre, je crois que ça aide finalement un petit peu à se reconstruire".

Trois mois d’interrogations aussi : c’est pour tenter d’y répondre qu’Yves Wilkens va se constituer partie civile par l’intermédiaire de son avocat.

Vos commentaires