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Des bébés de 1 et 2 ans apprennent déjà l’anglais dans cette école namuroise: "Certains ont commencé à parler anglais avant de parler français"

Des bébés de 1 et 2 ans apprennent déjà l’anglais dans cette école namuroise:
 

Les centres d’apprentissage Kids&Us proposent une méthode pour que les enfants apprennent l’anglais dès le plus jeune âge. À Namur, la franchise connait un bel essor depuis sa récente ouverture. Une mère nous a raconté les premiers contacts de son fils avec la langue de Shakespeare dans cette école.

"Les enfants absorbent tout comme des éponges", explique la directrice d'une école d'anglais de Namur. Alors pourquoi ne pas en profiter pour leur enseigner cette langue ô combien importante de notre monde mondialisé ? C’est ce que propose l’entreprise Kids & Us, dont la méthode d’apprentissage précoce des langues vivantes est suivie par des milliers d’enfants en Europe. En Belgique, six centres franchisés dispensent ces cours. Le dernier a ouvert ses portes à Namur, en octobre 2014. Nous avons contacté Françoise Piron, directrice de l’établissement.


"Un concept nouveau en Wallonie"

Cette Namuroise de 37 ans, qui a étudié les langues, tenait à ce que son fils de 5 ans se mette à l’anglais dès que possible. Elle a d’abord cherché une école anglaise avant de se tourner vers le centre Kids&Us de Wavre. "J’ai été convaincue par les résultats sur mon propre enfant", raconte Françoise, qui relève aujourd’hui le défi de développer ce "concept nouveau en Wallonie". L’école Kids & Us de Jambes, qu’elle dirige depuis près d’un an, compte actuellement 5 professeurs pour 115 élèves, le plus jeune étant âgé de… dix mois.


Un apprentissage qui imite celui de la langue maternelle

Cinq classes très colorées accueillent les enfants "dès qu’ils peuvent s’asseoir", 45 minutes par semaine pour les élèves de moins de deux ans, ou 1 heure hebdomadaire à partir de plus de trois ans. La méthode d’enseignement se veut "naturelle et spontanée", c’est à dire qu’elle cherche à reproduire le processus d'acquisition de la langue maternelle. Dès la première année de sa vie, l‘enfant est censé intérioriser cette nouvelle langue. "Les plus jeunes sont forts passifs. Ils sont dans la phase d’écoute, explique la directrice, Les professeurs ont parfois l’impression d’être face à un mur, mais ils continuent de parler, comme les parents le font dans la langue maternelle."

En effet, si un bébé reste sans réaction à l’écoute du professeur qui lui parle anglais, il n’en est pas moins très sensible à la mélodie de la parole, clé d’entrée dans la langue maternelle. "Dès l’âge de 4 jours, le nourrisson est déjà capable de distinguer la prosodie (l'intonation de la parole, ndlr) de sa langue maternelle de celle d’une langue étrangère", explique Emma Vanden Wyngaerd, linguiste affilié au centre de recherche LaDisco (ULB).


CD, jeux et chansons

Les plus jeunes élèves sont accompagnés par un personnage — Linda, Sam, Bunny… — dont on leur conte les aventures en anglais et avec lesquels ils établissent un lien affectif. Avec leur professeur, tous des "native speakers" (dont la langue maternelle est l’anglais), les enfants participent à des jeux conçus dans un but bien précis, par exemple des jeux de cache-cache pour apprendre l’emploi de prépositions. 

Selon la directrice de l’école, même si les parents ne parlent pas un mot d’anglais, leur implication est essentielle. L’enfant doit en effet écouter un CD dix minutes par jour, sans quoi la méthode perdrait de son efficacité. L’objectif est de l’exposer à un langage oral très riche avant de commencer à écrire, comme c’est le cas dans l’apprentissage de la langue maternelle. Kids&Us développe d’ailleurs toute une gamme de matériel original à cet effet : un livre et un stylo parlant, une collection de jeu de société, des applications pour smartphones et tablettes…


Un bain linguistique pour Nicolas

Elise*, jeune maman de Charleroi, assistante de direction, travaille dans un contexte international où l’anglais est indispensable. Elle parle cinq langues et a inscrit son fils de quatre ans et demi chez Kids & Us Namur à la rentrée 2014. Chaque samedi, elle a pris l’habitude d’emmener Nicolas* à son heure d’anglais à Jambes. "Je veux qu’il soit baigné dans les langues", nous a-t-elle expliqué. Et si Elise attache beaucoup d’importance à ce que son fils sache parler plusieurs langues, ce n'est pas seulement pour lui faciliter sa vie professionnelle, mais aussi pour lui offrir une certaine "ouverture sur le monde".


"Des scènes de la vie de tous les jours"… en anglais

Nicolas se prête volontiers à cette activité qui n’est "pas du tout scolaire", d’après sa maman, mais "contextualisée dans des scènes de la vie de tous les jours". Il a "des petits copains là-bas" et apprend tout en s’amusant. Elise l’a même inscrit à "Little Chef" pendant les vacances scolaires, un atelier de cuisine dont l’objectif est l’assimilation de vocabulaire et d’expressions en contexte, tout en réalisant une activité intéressante et stimulante.


Un travail de longue haleine, similaire à la pratique d’un sport

Depuis son inscription, Nicolas utilise des mots d’anglais de temps en temps à la maison et identifie certaines paroles de chansons qui passent à la radio. Sa maman lui fait écouter le CD d’apprentissage dans la voiture en allant à l’école et lui chante elle-même des chansons en anglais. Elise souligne qu’il s’agit d’un travail sur le long terme et compare la pratique d’une langue à celle d’un sport. Par ailleurs, si l’anglais est important à ses yeux, le néerlandais n’est pas laissé de côté. Elise envisage d’inscrire Nicolas chez les scouts néerlandophones. Plus tard, elle imagine son fils partir étudier un an à l’étranger, en Erasmus.


L'écoute seule est positive mais insuffisante: "Les interactions sont cruciales"

Alors, que penser de cette méthode ? Nous avons demandé l'avis d'une linguiste, Emma Vanden Wyngaerd, affiliée centre de recherche LaDisco (ULB).

Selon elle, l’utilisation de la langue revêt une importance capitale, plus que l’écoute en elle-même. "Si vous mettez la radio en anglais dans la chambre de votre enfant, l’enfant ne va pas se mettre à parler anglais." L’écoute seule d’un CD audio dix minutes par jour est positive mais insuffisante car, selon elle, "Les interactions sont cruciales". En ce sens, l’aspect ludique des activités proposées chez Kids & Us permettrait d’intégrer un certain nombre de notions.

S'il est utile que les parents exposent leur enfant un maximum à la langue anglaise, et s’investissent dans cette démarche, le groupe social — les amis, les camarades de classe — serait encore plus influent dans l’apprentissage d’une langue. "Les ‘peers’ (personnes dont l’âge, la classe sociale et l’éducation sont équivalents, ndlr), sont plus importants que les parents", insiste la linguiste. "S’il n’y a que des enfants francophones, l’effet sera limité", estime-t-elle. "Il faut qu’il parle en dehors de ces heures de cours."


L'apprentissage précoce surtout utile pour acquérir un bon accent

Néanmoins, l’apprentissage précoce de l’anglais garantirait l’acquisition d’un bon accent. "A niveau de grammaire égal, entre un bilingue simultané (un enfant qui a appris les 2 langues en même temps, ndlr) et un bilingue séquentiel (qui a appris la seconde langue après l’âge de trois ans), c’est l’accent qui fera la différence." Plus tard, certains ont une faculté à prendre un bon accent, d’autres pas. "C’est très dépendant des personnes, mais en commençant tôt, ces différences s’atténuent et tout le monde est alors capable d’apprendre l’accent anglais."

"Pour avoir un enfant parfaitement bilingue, le mieux est de l’envoyer dans une école anglaise où il est en immersion totale, et de continuer à parler français à la maison". Mais dans ce cas-ci, le problème est inversé : les parents doivent alors s’impliquer pour que leurs enfants parlent, écrivent et lisent correctement le français. Sinon, le niveau de leur langue maternelle s’en trouvera affaibli.

* nom d'emprunt

 

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