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Covid-19: David, gérant d'une sandwicherie à Bruxelles, dénonce les règles liées à l'Horeca

© Image d'illustration Pixabay
 
CORONAVIRUS
 

Gérant de sa sandwicherie à Ganshoren, David a vu son activité chamboulée par une crise sanitaire sans précédent. Aujourd'hui, ce trentenaire bruxellois tente de sauver son commerce dans un contexte difficile dicté par des règles strictes.

"Nous, restaurateurs, sommes désespérés", nous écrit David via le bouton orange Alertez-nous. Depuis 3 ans, ce Bruxellois est gérant de sa sandwicherie située avenue Van Overbeeke à Ganshoren. Comme de nombreux secteurs, son activité souffre des mesures sanitaires mises en place pour lutter contre l'épidémie de coronavirus. 

Après plusieurs années passées dans l’événementiel, David s'est associé avec sa tante pour vivre pleinement de sa passion. Créée en 2017, sa sandwicherie "Sandwich Corners" propose une restauration rapide. Pour une pause dans sa journée, il est également possible de s’attabler pour un petit café. Dès sa création, l’enseigne rencontre un succès. Et pour cause, l’endroit est idéal. Proche de deux écoles, elle devient rapidement le nouveau fournisseur des jeunes. "On connaissait bien les lieux. On a repris un commerce et ça fonctionnait bien. En dehors des écoliers, on est parvenus à fidéliser des gens du quartier", souligne David. 

Et puis, le coronavirus a mis son grain de sel. Et c’est l’équilibre de toute cette affaire familiale qui a été bouleversé. Le 17 mars dernier, David et sa tante apprennent qu’ils vont devoir baisser le rideau pour une durée indéterminée. Depuis plus d’une semaine, les clients se faisaient déjà plus rares, "environ un tiers en moins". "Beaucoup de parents ont eu peur et ont retiré leurs enfants des écoles", relate le gérant. L’annonce de la fermeture des établissements horeca est un choc. "On s’est retrouvé du jour au lendemain devant le fait accompli. Avec un frigo plein de marchandises", se souvient le trentenaire. 

Tous les deux jours, une facture tombe

Au total, ce sont près de 5.000 euros de marchandises qui sont perdues. "Distribuées aux voisins et à la famille, mais pas vendues", précise-t-il. 

Contraint à délaisser son activité, David rumine. "Quand on est indépendant, on a envie de travailler, de faire vivre son activité. Quand on se retrouve à la maison, moralement, c’est compliqué. C’est d’abord difficile sur le plan moral en fait. Puis vient la question financière", décrit-il. Car financièrement, il a fallu continuer à assurer les frais fixes de l’établissement, sans pour autant pouvoir vendre sa marchandise. "Ça va de l’ONSS aux taxes pour le ramassage des poubelles. Tous les deux jours, une facture tombe", regrette David. 

Quand 3 mois plus tard, les établissements ont enfin pu rouvrir, il a fallu s’armer de courage et de patience. Et ce n’est que depuis début septembre que David et sa tante ont réellement pu reprendre leur activité, grâce notamment à la réouverture des écoles. "Au quotidien, c’est compliqué. Certains de nos clients sont méfiants, anxiogènes et dépités", souligne le Bruxellois. 

On sauve les meubles, jusque quand? 

Face aux mesures imposées dans les établissements horeca, David et sa tante ont dû s’adapter. La distance d'un mètre 50 entre les tables doit être respectées. Le but étant de limiter les contacts entre les clients d'un même établissement. Résultat: il ne reste désormais que 4 places sur la quinzaine de places assises que comptait la sandwicherie.

Parallèlement, le gérant n’accepte que trois personnes dans la file pour une commande à emporter. Toutes les autres doivent attendre patiemment à l’extérieur. Et c’est bien ça tout le problème selon le gérant. "Il commence à pleuvoir, il y a du vent et il fait froid. Alors s’il y a de la file, le client ne s’arrête pas. Il va préférer aller chercher un sandwich chez Delhaize, C’est problématique pour nous", résume-t-il. Pour éviter cela, il avait envisagé installer une tonnelle à l’extérieur capable d’accueillir les clients qui font la file. Mais il a fini par remédier à cette idée qui aurait pu lui poser "d’autres problèmes". "Ça va servir de coin cigarette et au vu de notre entourage, ça peut vite devenir ingérable avec les jeunes", rigole-t-il. 

Mais David ne se démotive pas. Il continue à se lever à 4 heures du matin pour faire les marchés et acheter les denrées qui composeront ses sandwichs et enchaîne les commandes avec l’unique but de satisfaire sa clientèle. "On est que deux. Avant tout ça, on envisageait de recruter un étudiant pour les services du midi et éviter une saturation physique. Mais ça, on n’en parle même plus", lâche David. 

4.900 euros de prime

Aujourd’hui, la sandwicherie observe une perte de son chiffre d’affaires de 35% par rapport à début mars. "On sauve les meubles. Jusque quand? Je ne sais pas", résume son gérant. Il a reçu une prime de 4.000 euros de la région bruxelloise pour compenser la fermeture de son établissement. À cela, s’ajoutent 900 euros octroyés par la commune de Ganshoren à ses commerçants lésés. 

Grâce à ces primes et à leurs réserves budgétaires, David et sa tante ont pu rouvrir leur sandwicherie. Ils estiment "être passés entre les mailles du filet" mais sont conscients que tout n'est pas gagné. "On n’a pas le droit à une nouvelle fermeture", souffle David. 

Semaine après semaine, il scrute les nouvelles mesures prises par les politiques. Et il peine parfois à y trouver une certaine cohérence. "Quand je vois des bus et des trains pleins à craquer, je m’interroge. On a déjà tellement de mal dans ce secteur mais on enfonce chaque fois, un clou de plus sur notre planche", regrette-t-il.

Anxieux pour son avenir, David continue à croire en son projet. "C’est compliqué de réfléchir à faire autre chose, de se remettre en question. Aujourd’hui, je suis patron et je sais que tout repose sur mes épaules. Mais on aime ce qu’on fait, et faire autre chose, je n’y compte pas", sourit-il. Heureusement, il peut compter sur la solidarité de ses clients qui n’hésitent pas "à prendre une petite barre de chocolat en plus de leur café, chose qu’ils ne faisaient pas avant". 

Les entrepreneurs de l'Horeca qui enregistrent une baisse de leur chiffre d'affaire de plus de 10% peuvent toujours bénéficier du droit passerelle (pour simplifier, une sorte d'équivalent d'allocation de chômage pour les indépendants), au moins jusque fin décembre 2020. Mais cette aide ne suffira vraisemblablement pas à éviter certaines faillites : la fédération de l'Horeca prévoyait entre 25 et 30% des établissements contraints de mettre un terme à leur activité entre la fin de l’année et le premier semestre 2021, nous indiquait son administrateur Fabian Hermans en septembre dernier. Foodservice Alliance, l'un des plus gros consultants de l'Horeca, se montre plus pessimiste encore : selon lui, 40% des entrepreneurs de ce secteur seront en faillite d'ici la fin 2020.

Les bars, cafés et salons de thé de la capitale devront demeurer porte close, durant un mois à partir du jeudi 8 octobre. Idem pour les buvettes des clubs de sport professionnels et amateurs. Ainsi en a décidé mercredi la cellule bruxelloise de crise composée notamment des bourgmestres, des chefs des zones de police, de la Haut fonctionnaire provinciale, de représentants de la Commission Communautaire Commune. Les restaurants restent ouverts. La sandwicherie que tient David n'est toutefois pas concernées par cette mesure qui ne vise pas les établissements de restauration. 

 




 

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