En ce moment
 
 

"C’était plus qu’un enfer": Nicolas, ancien toxicomane, raconte son histoire aux jeunes pour les sensibiliser aux dangers de la drogue

 
 

Nicolas est devenu toxicomane après une première expérience à la fin de l’adolescence. Pendant 10 ans, son quotidien ressemble à un cauchemar. Sa consommation de drogue l’a enfermé dans une vie infernale. Jusqu’à son incarcération. Depuis quatre ans, cet habitant d’Isières dans le Hainaut est abstinent. Et aujourd’hui, il raconte son histoire aux jeunes pour les sensibiliser aux dangers de la drogue. Un témoignage à la fois dur et poignant.

"Ma vie, c’était plus qu’un enfer. Il n’y a plus que l’héroïne qui compte et vous en venez à faire des choses inouïes", témoigne Nicolas, un habitant de Isières, une section de la ville de Ath. Ce jeune de 33 ans a décidé de nous contacter via le bouton orange Alertez-nous pour raconter son histoire. Sa dépendance l’a plongé dans une situation dramatique. Un gouffre irrespirable. "Et je ne voudrais pas que quelqu’un d’autre connaisse ça", explique le jeune homme.

Nicolas tombe dans la drogue à la fin de l’adolescence. "J’ai d’abord fumé du cannabis, puis des cigarettes. Ensuite, vers 18 ans, un soir avec des amis, on a testé l’héroïne. Même si on avait eu quelques échos et que des personnes nous avaient alertés en nous disant de ne pas y toucher parce que c’est une drogue très addictive. C’était pendant les vacances de Pâques", se souvient le trentenaire.

Après quelques mois, je devais en consommer tous les jours

Au début, Nicolas a l’impression de pouvoir gérer sa consommation. Avec des copains, il se rend une fois par semaine ou une fois toutes les deux semaines à Anvers pour acheter une dose. "Je prenais de l’héroïne et de la cocaïne. Ce sont deux drogues qui peuvent se fumer à l’aluminium. C’est ce que je faisais car j’ai horreur des aiguilles", confie le jeune homme. Très vite, le manque s’installe et Nicolas ne parvient plus à s’en passer. "Après quelques mois, je devais en consommer tous les jours", poursuit-il.

Quand cet Isièrois commence à fumer ces drogues dures, il vient d’être embauché dans une boucherie. Sa dépendance devenant de plus en plus grande, Nicolas éprouve des difficultés à travailler correctement. "Je consommais avant de partir travailler, pendant ma pause, dès que j’avais un moment où c’était possible", énumère-t-il.

Un traitement à la méthadone "pas efficace" pour lui

Pour tenter de s’en sortir, le jeune homme parle de son addiction à son médecin traitant qui lui prescrit un traitement à la méthadone. "Le problème, c’est qu’il ne m’a pas expliqué comment le prendre. Le matin, quand je me réveillais, je me sentais déjà mal et je pensais que la méthadone c’était comme un Dafalgan, que cela agissait tout de suite. Or ce n’est pas le cas. Il faut attendre un certain temps, environ une heure. Du coup, moi j’avais pris trois gélules au lieu d’une seule", explique le jeune boucher.

Selon lui, cette surconsommation de méthadone a provoqué "une petite overdose" lorsqu’il était à la boucherie. "Je suis allé aux toilettes pour vomir. J’avais mal de tête et je pleurais. Je suis retourné sur ma salle de découpe et, à peine arrivé, je devais retourner aux toilettes. Au boulot, ils étaient au courant de ma consommation. Ils se sont donc rendu compte qu’il y avait un problème et ils ont appelé le médecin", ajoute-t-il.

Pour Nicolas, le traitement à la méthadone n’est apparemment pas efficace. "Cela servait juste à combler le manque physique, mais pas le manque psychologique. Si le matin, je n’avais pas d’argent ou ma dose, je prenais mon traitement. Et si deux heures plus tard j’avais la possibilité de fumer un gramme, j’allais quand même consommer, malgré les gros risques d’overdose".


Photo de Nicolas au moment où il consommait de l'héroïne et de la cocaïne  

Je ne prenais plus le temps de me laver et je n’avais plus de contact social

La situation s’empire et le Hennuyer perd son travail à plusieurs reprises. Toute sa vie devient régie par la drogue. C’est la seule chose qui compte. A peine réveillé, le manque se manifeste de façon brutale. Et la seule façon de le combler est d’inhaler de l’héroïne et de la cocaïne. Nicolas se néglige de plus en plus. Il plonge dans une spirale infernale. "Je ne prenais plus le temps de me laver. Je n’allais plus chez le coiffeur. Pour manger, je récupérais les invendus dans les conteneurs des magasins le soir. Je n’avais plus de contact social", révèle le jeune homme.

Dès le réveil, sa priorité est toujours la même : prendre le train jusqu’à Bruxelles où se trouvent ses dealers. Et pour pouvoir payer sa dose, il est prêt à tout. "Par manque d’argent, j’ai d’abord pris un peu sur mon loyer, puis je prenais tout l’argent de mon loyer et des factures. Même pour manger, j’achetais un paquet de chips à 10 cents et c’était bon. Le restant partait dans la drogue", se souvient-il.

Des actes inimaginables : "Il n’y a pas de pitié à ce moment-là"

D’après lui, la dépendance et le manque poussent à commettre des actes inimaginables. "Si vous avez l’occasion de prendre 10 euros à un copain pour une dose, vous allez le faire. Il n’y a pas de pitié à ce moment-là. C’est malheureux à dire mais si vous avez une grand-mère, vous allez lui piquer de l’argent. Tous les moyens sont bons. Il y a une forme de culpabilité mais c’est plus fort que vous", avoue le trentenaire. "C’était mon seul moteur, sans pouvoir vous déplacer parce que vous êtes mal. Le pire moment, c’était quand je consommais toute la journée. Consommer, dormir, consommer, dormir".

A plusieurs reprises, Nicolas tente de se sevrer en faisant des cures de désintoxication. En vain. "J’étais en milieu hospitalier ou dans des centres. Quand j’y étais, cela allait. Mais dès que je sortais, je replongeais. C’était un engrenage continu", souffle-t-il.

Face à une telle dépendance, il n’y a que vous qui pouvez vous en sortir

Sa famille est au courant de son addiction. Elle essaie de l’épauler, mais n’y parvient pas. "Quand vous êtes toxicomane, vous oubliez vos proches. Ils m’ont toujours aidé. Mais ils ne pouvaient pas me sortir de là, tant que je n’avais pas le déclic dans ma tête. Face à une telle dépendance, il n’y a que vous qui pouvez vous en sortir", assure le jeune homme. Cette situation est source de souffrance. Nicolas sait qu’il nuit à sa famille. "Pour moi, cela me faisait mal parce que j’avais la volonté d’arrêter mais je n’y arrivais pas. Et pour mes proches, ils ne savaient rien y faire et cette impuissance est encore pire". 

Heureusement, le Hennuyer a la chance de tenir un toit. Il tente de changer de ville avec l’espoir de tout oublier. "Mais c’était encore pire parce que, la drogue, vous en trouvez partout sans trop de difficultés", assure le jeune homme.

Trois braquages le conduisent en prison 

A un moment, Nicolas manque d’argent pour payer ses doses alors que l’envie de consommer reste très forte. Il trouve alors une solution rapide pour se procurer sa drogue. "J’ai trouvé le moyen de faire trois braquages à main armée, avec un couteau scie. J’ai braqué un magasin, une pharmacie et une boulangerie", énumère-t-il. La boulangère le reconnaît malgré la cagoule qui couvre son visage. "Comme j’ai une voix assez spéciale, elle m’a reconnu tout de suite. Le lendemain matin, la police est venue me chercher. J’ai été présenté devant un juge qui a ordonné mon incarcération. J’avais 28 ans", indique-t-il.

Son incarcération lui permet d’avoir un "déclic"

Ce passage en prison est contre toute attente une "aubaine" pour le jeune homme. Nicolas est incarcéré à la prison de Tournai où il va avoir un "déclic". "J’ai pris conscience que je devais arrêter. Le fait d’être enfermé, je le vivais mal. De ne pas avoir la liberté de faire ce que je voulais. Le milieu carcéral m’a choqué psychologiquement", confie le Hennuyer.

Marqué par sa privation de liberté imposée, Nicolas a un électrochoc qui lui permet de surmonter sa dépendance psychologique aux drogues. "J’ai été condamné à 18 mois de prison ferme mais finalement je ne suis resté que deux mois et demi. Je suis sorti en 2017, à l’âge de 29 ans. Et j’ai enfin profité de la vie".



Nicolas pratique du sport et devient papa

Peu de temps après sa sortie de prison, Nicolas retrouve un travail en tant que boucher. Pour améliorer son état de santé, il arrête de fumer des cigarettes et commence à faire du sport. Le jeune homme fait de la course à pied et roule régulièrement à vélo. "Cela m’a donné un sentiment de liberté qui m’a fait beaucoup de bien", confie-t-il.

L’année suivante, le Hennuyer rencontre une femme qui deviendra la mère de son fils. "Quand j’ai rencontré ma copine, je lui ai tout expliqué. Elle m’a fait confiance et on a eu un enfant ensemble, un petite garçon", se réjouit Nicolas.

Grâce à sa nouvelle situation, le jeune papa parvient aussi à payer une partie de ses dettes. "Je prenais le train sans payer, parfois quatre fois par jour, pendant plusieurs années. Du coup, j’avais 110.000 euros d’amendes à payer à la SNCB", confie-t-il.

L’envie de consommer est toujours présente mais j’arrive à résister 

Aujourd’hui, âgé de 33 ans, Nicolas est toujours abstinent. Il continue à pratiquer beaucoup de sport, de la course à pied, du vélo et du football. "L’envie de consommer est toujours présente. J’en rêve encore et je me réveille en étant mal. Mais j’arrive à résister parce que j’ai le recul nécessaire et que j’ai eu l’électrochoc dans ma tête. Je sais que si je touche maintenant, c’est la catastrophe. Je ne vais pas gâcher tout ce que j’ai accompli".

Il raconte son histoire dans les écoles pour sensibiliser aux dangers

Pour sensibiliser les jeunes aux dangers de la drogue, le trentenaire décide également de témoigner. Raconter son histoire pour éveiller les consciences. "C’est important parce que cela a été un enfer pour moi et mes proches".

Récemment, Nicolas a l’opportunité de rencontrer des élèves dans une école à Tournai. "Cela s’est super bien passé. Pour moi, ces adolescents de 14-15 ans, ils sont innocents. Ils risquent de tester sans savoir et pour finir devenir potentiellement accros. C’est pour ça que je souhaite apporter mon récit", explique l’ancien toxicomane.

Son souhait est d’apporter un témoignage sans être moralisateur. "Mon idée est d’expliquer les dangers, mais pas de dire "ne fais pas ça". Parce que quand on est jeune, on n’écoute pas forcément et on se croit invincible. C’est pour cela que j’aime bien apporter mon vécu, en espérant les conscientiser".

Et visiblement, son intervention intéresse les élèves. "Ils ont écouté pendant tout le cours, plus d’1h30. On n’entendait pas une mouche voler. Pourtant, tenir les jeunes en haleine, ce n’est pas forcément facile", souligne-t-il.

Prochainement, Nicolas va raconter son histoire dans d’autres écoles de la région. Il constitue également un dossier de sensibilisation en collaboration avec l’asbl Repères qui l’a suivi lorsqu’il était toxicomane.

Son souhait : créer un logiciel qui permet de faire ressentir le manque

Et puis, le Hennuyer nourrit l’idée de créer un logiciel en 3D qui permettrait de faire ressentir physiquement les symptômes de manque de l’héroïne. "C’est comme une grippe en mille fois pire. Vous vomissez, vous avez mal de tête, vous transpirez, votre corps bouge tout seul, vous avez les jambes lourdes, vous avez mal au dos. Vous avez envie de taper votre tête dans un mur tellement les douleurs sont horribles", confie Nicolas.

Si moi j’avais eu ça, je n’aurais pas touché

Pour lui, cet outil pourrait être efficace pour éviter des addictions. "Je pense que ce serait quelque chose de ludique pour les jeunes qui sont très connectés. Grâce à ce logiciel, ils auraient le ressenti de cette drogue quand tu te sens vraiment mal. En leur faisant découvrir ça, j’espère que cela éviterait de les orienter vers l’héroïne", espère le trentenaire. "Si moi j’avais eu ça, je n’aurais pas touché. Quand quelqu’un vous en propose, vous voyez l’aspect récréatif. Mais si vous pouvez voir dans quel état végétatif vous serez quand vous serez dépendant, je pense que l’on va choisir de ne pas y toucher", ajoute-t-il.

Pour le moment, Nicolas se renseigne par savoir comment concrétiser ce projet. Il cherche notamment des subsides pour pouvoir le financer. "J’espère que cela va aboutir", souhaite l’ancien toxicomane qui peut compter sur le soutien de sa famille. "J’avais peur de témoigner car je ne suis pas fier des braquages que j’ai commis. Et cela remue le passé. J’avais peur de la réaction de mes proches, mais ils l’ont bien pris et aujourd’hui ils sont très fiers de moi", se réjouit-il.


 

Vos commentaires