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"Ce matin, en me levant, j'ai été surpris!": un bref et MYSTÉRIEUX PIC de particules fines à Habay-la-Neuve

(c)RTL INFO

Au commencement de chaque nouvelle journée, François a pris pour habitude de consulter la pureté de l'air renseignée à Habay-la-Neuve. Le village, situé en Ardenne à 13 km d'Arlon a pour caractéristique d'abriter une des 24 stations wallonnes de mesures de la qualité de l'air. Ses données, publiques, comme celles de milliers d'autres stations équivalentes dans le monde (plus de 11.000), sont affichées en temps réel par un site web international, l'Air Quality Index (AQI). Le mercredi 28 août, quand François l'a visité comme chaque jour, ses yeux se sont écarquillés. Sur le graphique de la concentration de particules fines PM10, une colonne rouge signalait une valeur énorme enregistrée la veille vers 19h. Elle était dix fois supérieur à la moyenne journalière limite (50 microgrammes de particules par mètres cube) fixée par l'Union européenne.

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Il a immédiatement pressé le bouton orange Alertez-nous pour nous transmettre une capture d'écran accompagnée d'une brève explication : "Ce matin, en me levant, j'ai été surpris quand j'ai regardé la qualité de l'air à Habay-la-Neuve, en effet nous avons atteint un taux très impressionnant de 419 de particules fines." L'alerteur partageait son questionnement : "Je ne suis pas expert dans le domaine mais je trouve bizarre que la station d'Habay ait été la seule à détecter ce taux aux alentours." Questionnement auquel succédait l'inquiétude : "Je me demande donc si une usine n'a pas délibérément rejeté un taux de particules fines durant la nuit et cela en pleine canicule alors que les riverains ont sûrement ouvert leurs fenêtres."


L'appareil n'a pas mal fonctionné, la mesure doit être acceptée comme exacte

Nous avons joint l'Agence wallonne de l'air et du climat (Awac). Ses 24 stations, gérées au quotidien par l'Institut Scientifique de Service public (ISSeP), mesurent en temps réel les concentrations des polluants suivants: l'ozone, le monoxyde de carbone (CO), le dioxyde de soufre (SO2), le dioxyde d'azote (NO2) et enfin les microparticules (PM10 et 2,5). Les mesures sont prises toutes les dix secondes et une moyenne est transmise toutes les demi-heures vers un serveur informatique à Liège. Dans le cas des particules fines, l'appareil de mesure utilise un rayon laser qui est émis vers les particules qui le dévient. Ce phénomène permet d'estimer la taille (PM2,5 ou PM10) et la quantité de ces microparticules. Cette machine a-t-elle connu un problème ? C'est la réponse la plus vraisemblable que nous nous nous attendions à recevoir de la part de l'Awac. Mais ce n'est pas celle que nous avons reçue.

Chaque jour, tous les appareils de mesure des stations sont contrôlés. Et après vérification, l'Awac nous a appris que l'appareil de mesure des particules PM10 (et PM2,5) n'avait pas connu de problème. "La station de Habay a effectivement enregistré des concentrations particulièrement élevées en PM10 durant la soirée de mardi dernier. Il n'y a pas lieu d'invalider cette mesure. Aucune explication inhérente à un dysfonctionnement de l’appareil ne permet d’expliquer ces dernières, d’autant que la mesure des PM2.5, obtenue par le même appareil, ne montre aucune particularité", nous rapportait Benoit De Bast, conseiller à l'agence.


Pourquoi l'hypothèse de François est-elle écartée par l'Agence wallonne ?

Mais alors, que s'est-il passé ? La supposition du citoyen François, à savoir une usine qui a rejeté de grandes quantités de polluants en une fois, serait-elle possible ? L'agence wallonne repousse cette hypothèse. Si tel avait été le cas, la concentration d'autres substances évaluées auraient aussi dû être élevée. Or, "la comparaison avec d’autres polluants, spécifiquement les PM2,5, lesquelles restent à un niveau de concentration faible, mais aussi les oxydes d’azotes et le monoxyde de carbone ne permet pas de suspecter une cause comme le fonctionnement d’un moteur thermique à proximité de la station ou un feu", nous dit-on. Il n'y a donc pas de signes d'une combustion, comme celle d'un camion à l'arrêt au moteur tournant ou comme celle qui aurait pu survenir dans une usine où on aurait brûlé de gros volumes de déchets.


Poussière, pollen, moisissure

Quelle peut alors être l'origine de cette concentration si élevée de particules fines, là-bas à Habay-la-Neuve, entre Gaume et Ardenne, loin des grandes villes embouteillées ou des grosses zones industrielles ? Les particules fines 10PM sont des des particules d'une taille relativement grosse. Nous écrivons bien "relativement" car, pour avoir un ordre de grandeur, ces particules ont moins de 10 millionième de mètre, soit 6 fois moins que l'épaisseur d'un cheveu. Elles peuvent être de la poussière, du pollen ou encore de la moisissure. Vu leur taille, elles ne restent pas longtemps dans l'air. "Les particules PM10 les plus grosses sont évacuées de l'atmosphère en principe dans les quelques heures qui suivent leur émission, soit par sédimentation soit sous l'effet des précipitations", informe la cellule interrégionale pour l'environnement (CELINE).


L'hypothèse de l'Awac

Pour Benoit De Bast, il pourrait y avoir eu un nuage de poussières produit par la manipulation d'objets en vrac. "Quelqu'un a peut-être manipulé de la terre ou du gravier", envisage-t-il. Et il donne l'exemple passé de concentrations très élevées observées durant une longue période dans la région de Mons. Une enquête avait été menée et il s'était avéré que l'explication résidait dans le passage de nombreux camions, remplis de débris d'un chantier tout proche, qui générait beaucoup de poussières.


Pas d'enquête

Dans le cas du pic constaté à Habay-la-Neuve, il n'y aura pas d'enquête car le phénomène n'a duré qu'une ou deux heures et ne s'est pas répété ensuite. Lorsqu'une pollution de l'air importante et répétitive est constatée, l'Awac peut décider de procéder à des enquêtes dites mobiles. C'est-à-dire que différentes mesures sont exécutées dans d'autres endroits que la station. On peut y traquer les mêmes polluants que la station mais aussi d'autres. Des analyses sont accomplies, y compris des micro-analyses avec un microscope électronique. Toutes ces récoltes de données sont énergivores en temps et en personne. Or, les effectifs sont réduits et la mission confiée à l'Awac très large. Dès lors, l'agence ne lance un diagnostic que quand c'est judicieux, lorsque la pollution se répète. L'Awac collabore aussi avec la DPC (police de l'environnement) ou la commune pour identifier l'origine d'une pollution. Si une usine est suspectée, l'agence peut demander à la DPC d'aller vérifier que les enregistrements obligatoires sont bien effectués dans l'usine et que les normes y sont respectées. En général, les entreprises doivent assurer la mesure de l'ensemble des polluants au niveau des cheminées.

Les autorités sont-elles prévenues en cas de concentration anormale détectée par une station ? Pas immédiatement. On n'informe pas pour informer, nous explique-t-on. Il n'y a, selon l'Awac, pas lieu d'alarmer la population inutilement. Bien entendu, si une enquête est commandée pour élucider une pollution récurrente, l'Awac publie un rapport avec les conclusions de l'enquête. François ne connaîtra sans doute jamais ce qui a provoqué ce pic de particules fines un soir de fin d'été dans la paisible station d'Habay-la-Neuve.

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