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"Du coup": d'où vient ce tic de langage considéré "comme une partie des maladies" par l'Académie française?

 
 

"Du coup". Vous utilisez peut-être cette locution sans vous en rendre compte. Elle est aujourd’hui largement répandue dans notre vocabulaire. Et cela énerve Trudy, qui nous a contacté via le bouton orange Alertez-nous. Selon elle, cette expression est aujourd’hui utilisée à tort. Elle a raison et l’Académie française tente même de lutter contre ces tics de langage qui pourraient appauvrir notre langue.

Comme un refrain qui tourne en boucle, une ritournelle qui reste dans la tête, "du coup" semble être la nouvelle expression à la mode. Au début, au milieu, à la fin d’une phrase. L’expression est partout. Quitte à en exaspérer certains. "Pourquoi est-elle si répandue dans le langage actuel ? Toutes les couches de la société l'utilisent. Il est temps de tirer la sonnette d'alarme. Voilà un sujet utile à faire prendre conscience par l'intermédiaire des médias", nous confie Trudy via le bouton orange Alertez-nous.

Abus de langage, mot béquille ou expression dans l’air du temps? Comment expliquer l’omniprésence du mot 'du coup'? 

Direction Le Petit Robert, page 489. "Du coup": Familier. Signifie "par conséquent". Cette locution peut être utilisée pour créer un lien de causalité entre deux événements. Il peut être employé pour parler d’une conséquence immédiate. Exemple: "Un pneu a éclaté et du coup la voiture a dérapé". 

Un tic de langage se répand comme une épidémie

Le problème, c’est que, bien souvent, elle est utilisée à tort selon l'Académie française. Dans une publication postée dans sa rubrique 'Dire, ne pas dire', elle rappelle qu’on ne peut l’utiliser pour signifier "de ce fait" ou "par conséquent". "On évitera également de faire de 'du coup' un simple adverbe de discours sans sens particulier", peut-on lire. Exemple: "Du coup, tu fais quoi aujourd’hui?". 


Pour Marie Steffens, présidente du cercle belge de linguistique, cette pratique est "normale et commune". "Passer de 'immédiatement, à cause de cela' à 'par conséquent', est une extension classique", explique-t-elle. Selon la présidente du cercle belge de linguistique. Selon la linguiste, le recours à de tels "glissements" est simplement le signe que notre langue évolue. "La langue, ce sont les locuteurs qui la font. On ne peut pas dire qu'elle s'appauvrisse (ni s'enrichisse d'ailleurs). Elle évolue simplement au gré des besoins de ses utilisateurs, des circonstances dans lesquelles elle est utilisée, des communautés qui la font vivre", remarque-t-elle.

Une façon de meubler, de remplir un blanc

Avant d'ajouter: "Des constructions, des mots, des usages disparaissent régulièrement et sont remplacés par d'autres. Les nouveaux moyens de communiquer, les contacts fréquents avec d'autres langues, les habitudes linguistiques des personnalités populaires peuvent effectivement avoir une influence et orienter cette évolution, qui est normale et saine. Une langue qui n'évolue plus, c'est une langue qui n'est plus parlée par personne, et qui 'du coup' va mourir".

Ces tics sont une "façon de meubler, de remplir un blanc, de se donner le temps de réfléchir à la suite de la phrase", nous explique-t-elle. Avant de poursuivre: "Ce n'est pas gênant pour la langue. Ça peut l'être pour la personne qui en produit car on a tendance à compter ces tics de langage plutôt que d'écouter le fond de ce qu'elle raconte". 


Un effet "boules de neige"

Du côté de l'Académie française, on regrette des "glissements de langue", autrement dit que des mots viennent en remplacer d'autres. "Quand une expression devient un tic de langage, on a tendance à l’employer à la place d’une autre. Il y a dès lors un risque de l’appauvrissement de la pensée", estime Patrick Vannier, rédacteur au service dictionnaire de l’Académie française.

Selon lui, 'du coup' a toutes les caractéristiques que présente un tic de langage. "Il y a un effet 'boules de neige'. Plus on l’entend, plus on a tendance à l’utiliser à son tour. Et c’est ce qui lui donne une telle importance. Un tic de langage se répand comme une épidémie. Il y a une forme d’impérialisme des locutions", souligne le membre de l’Académie qui insiste sur l'importance de "lutter contre cela".

L’utilisation massive des réseaux sociaux n’est sans doute pas étrangère à l’apparition de ces tics de langage que l’on s’approprie par mimétisme. Sont-ils imparables? "C’est comme une partie des maladies. On ne peut pas les éviter mais on peut essayer de les soigner", résume Patrick Vannier.

Il ne s’agit pas de se gendarmer

Que faire pour y mettre fin? "J’aurais tendance à dire de citer le proverbe 'Tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler'", rigole Patrick Vannier. "C’est un chemin de crête. Il n’y a rien de grave mais mieux vaut y prêter attention", ajoute-t-il. À l’écrit, un effort peut être facilement entrepris. Se relire peut permettre d'éviter cela.

Dans la conversation courante, l’exercice est plus délicat. La solution serait de nous contraindre à diversifier notre vocabulaire, comme l'explique le psychiatre Yves Prigent, auteur de Débandades dans la blabasphère, dans un article publié dans le magazine français Pyschologies. "Il ne s’agit pas de se gendarmer en essayant de guetter son langage mais plutôt de faire pousser de la bonne herbe pour étouffer la mauvaise en lisant des bons textes, en se nourrissant d’une littérature de qualité pour éviter de parler de façon stéréotypée", précise-t-il.

"Travailler sur ses tics de langage, essayer de les diminuer et tenter de faire attention, c'est augmenter l'attention que l'on va vous prêter sur le contenu de ce que vous racontez", conclut Marie Steffens.


 

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