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"Les jambes en feu" après son accouchement: Sophie a souffert 4 ans jusqu’à ce qu’un médecin lui recommande… des injections de sucre

 

Une maman a finalement retrouvé une vie normale après avoir suivi un traitement à base d'injections de sucre chez un des rares médecin belge à pratiquer cette technique méconnue et controversée.

À la fin de sa grossesse, Sophie (prénom d'emprunt car elle souhaite garder l'anonymat) a ressenti d’"atroces douleurs" dans les jambes et au niveau du bassin, nous-a-t-elle raconté. Cette mère de Waremme (province de Liège) nous affirme avoir souffert terriblement pendant quatre ans. Médecins, kinésithérapeutes, ostéopathes… personne ne trouvait de solutions pour soulager ses maux. Un docteur lui a finalement suggéré de suivre une prolothérapie, également connue sous le nom de sclérothérapie. Ce traitement qui fait débat au sein de la communauté scientifique a eu des résultats inespérés sur Sophie. Depuis, cette mère de famille "revit", nous a-t-elle confié via notre bouton orange Alertez-nous. Elle espère que son témoignage pourra aider des patients qui sont actuellement dans l’impasse comme elle l’a été.

À l’âge de 34 ans, Sophie était enceinte quand elle a commencé à avoir de fortes douleurs à la jambe droite. Son médecin a situé le problème au niveau des nerfs sciatiques. Lors de son accouchement, une infirmière s’est voulu rassurante : "Ne vous inquiétez pas, la sciatique c’est fréquent chez les femmes enceintes, ça va passer maintenant que vous avez accouché", rapporte Sophie. "Ah oui, ça a passé !", ironise-t-elle. "Quand je suis sortie de la maternité j’avais les jambes en feu, comme si elles trempaient dans de l’huile bouillante, c’était vraiment l’horreur", déplore-t-elle. Sophie souffrait tellement qu’elle était désormais incapable de rester debout ou de marcher.


"J’ai vu énormément de médecins pour entendre des co****** les unes sur les autres"

Elle a consulté directement son médecin qui l’a envoyée faire une radio. Celle-ci a fait penser à une hernie discale (généralement à l'origine de la sciatique). "Je n’ai jamais eu d'hernie", assure pourtant Sophie. En débordant de ses limites habituelles, un disque intervertébral propage une douleur dans la jambe, pense-t-on alors. C’est ce qui se produit effectivement lors d’une sciatique. Mais pour Sophie, "c’est le radiologue qui a fait un peu d’excès de zèle", affirme-t-elle.

"J'ai continué à consulter médecin sur médecin", raconte-t-elle. À ce moment-là, elle ne travaillait désormais plus qu’à mi-temps. Un docteur lui a diagnostiqué une fibromyalgie, c’est-à-dire une affection chronique qui se manifeste par une douleur diffuse, des sensations de brûlure, une fatigue permanente. Pour Sophie, la fibromyalgie est "la nouvelle ‘maladie à la mode’" et elle n’a pas accepté ce nouveau diagnostic.

Les douleurs perduraient. "La station debout était insupportable et assise ce n'était guère mieux", se souvient-elle. Il n’y a que la nuit, en se couchant, que ses douleurs lui laissaient un peu de répit. Pendant quatre ans, Sophie a pris des anti-inflammatoires et des antidouleurs en masse.


Inflammation du nerf pudendal

"J’ai vu énormément de médecins pour entendre des c*** les unes sur les autres", estime-t-elle. Finalement, en 2012, un kinésithérapeute lui a conseillé de consulter un médecin spécialisé dans le traitement des nerfs pudendaux. Ce dernier lui a diagnostiqué une inflammation de ce nerf situé entre les organes génitaux et l’anus. "Quand il a touché le nerf pudendal, j’ai fait un bon d’un mètre sur sa table", se souvient-elle.


Proposition d'un traitement: la prolothérapie

"C'est un nerf qui peut donner des tas de problèmes: des douleurs, mais aussi des soucis au niveau urinaire, au niveau sexuel et au niveau anal…", indique le spécialiste (qui souhaite garder l'anonymat). "Cela donne principalement des douleurs en position assise, qui disparaissent en positon couché ou debout", explique-t-il. Le cas de Sophie était "exceptionnel", souligne le docteur. Les ligaments au niveau du bassin s’étaient relâchés et créaient des douleurs à la marche. Pour stabiliser son bassin, il lui a proposé de suivre une "prolothérapie".

Dès qu’elle est rentrée chez elle, Sophie a entamé des recherches sur ce traitement dont elle n’avait jamais entendu parler. Elle est tombée sur l’article d’un spécialiste canadien de cette technique : "Je me suis reconnu, il décrivait toutes les douleurs que j’avais", se souvient-elle. Sophie était plus que jamais décidée à essayer la prolothérapie.


L’infiltration d'une solution sucrée stimule le ligament

En 2012, elle a suivi plusieurs séances chez un des rares docteurs à pratiquer cette technique en Belgique, le docteur Ludwig Ombregt, à Gand. "En tant que médecin orthopédiste, je l’utilise dans des cas où la faiblesse des structures ligamentaires est la cause de la douleur", explique le docteur Ombregt. "Le traitement consiste généralement en deux à trois injections hebdomadaires. Les résultats peuvent être jugés après 6 semaines", indique-t-il.

"Le mécanisme d’action de la prolothérapie n’a pas clairement été établi. L’hypothèse principale est que l’infiltration produit une réaction inflammatoire locale qui est suivie d’un accroissement de la prolifération de fibroplastes et de la production de nouvelles fibres de collagènes", écrit le docteur Ombregt dans son livre "Un système de médecine orthopédique".

"L’idée c'est qu’en mettant du sucre très concentré dans les ligaments, cela fait proliférer les fibres du ligament pour refaire du ligament. Il y a une réaction inflammatoire, proliférative, qui fait que le ligament se restructure", explique le médecin spécialisé dans le traitement des nerfs pudendaux. Si l’injection de corticoïdes soulage momentanément la douleur, ces injections d’agents chimiques tels que le dextrose (sucre), associé à de la lidocaïne (solution anesthésique) visent à déclencher une nouvelle phase inflammatoire pour stimuler la cicatrisation ligamentaire.


Une méthode utilisée depuis les années 50, mais en attente de reconnaissance 

George S. Hackett, chirurgien militaire américain, a été le premier à utiliser ce traitement dans les années 50. Depuis, de nombreux docteurs ont utilisé la prolothérapie, particulièrement en médecine du sport. Divers travaux ont été publiés pour démontrer son efficacité, notamment ceux du docteur Ross Hauser qui la pratique depuis plus de 25 ans aux États-Unis.

Selon le docteur Ombregt, la prolothérapie est indiquée en premier lieu pour la partie lombaire de la colonne vertébrale, les protusions discales récurrentes ou les maux de dos chroniques. Elle peut aussi résoudre des problèmes de tensions sacro-iliaques, de subluxation du carpe (os du poignet) ou problèmes aux articulations acromio-claviculaires (qui relient l'extrémité de la clavicule à l'omoplate). La prolothérapie est aussi utilisée dans le traitement des tendinites : du talon, sous-rotuliennes, de la hanche, du coude (tennis elbow)…

Ce traitement, dont on connait mal le mécanisme d’action, fait l’objet de nombreuses discussions dans la communauté scientifique, rapporte le médecin spécialisé dans le traitement des nerfs pudendaux. Il n’est pas enseigné à l’université, peu connu des médecins et pas remboursé par la sécurité sociale.


La prolothérapie neurale "deux fois plus efficace que les techniques classiques"

En tant que gynécologue, le médecin spécialisé dans le traitement des nerfs pudendaux pratique depuis trois ans la prolothérapie neurale, différente de la prolothérapie classique pratiquée par le docteur Ombregt. Alors que la prolothérapie consiste à injecter du sucre très concentré dans les ligaments, la prolothérapie neurale repose sur l’injection de sucre peu concentré dans les nerfs. "C’est absolument fabuleux et c’est en partie l’avenir du traitement de douleurs. C’est deux fois plus efficace que les techniques classiques (ndlr : cortisone et anesthésiques locaux)," affirme-t-il. "D’autant plus qu’il n’y a pas d’effets secondaires", précise-t-il.


Cinq, six séances qui mettent un terme à quatre ans de douleurs

"La prolothérapie m’a donné une nouvelle vie", s’enthousiasme également Sophie. Cinq, six séances ont mis un terme à quatre années passées à souffrir le martyr. "Le miracle a eu lieu", dit-elle. "En injectant du sucre concentré dans les ligaments du bassin, le docteur Ombregt a stabilisé l’articulation sacro-iliaque", explique le médecin spécialisé dans le traitement des nerfs pudendaux.

Si Sophie note quelques séquelles, comme des difficultés à marcher longtemps, les douleurs n’ont rien de comparable avec ce qu’elle endurait auparavant. La maman, aujourd’hui à la recherche d’un emploi, garde une certaine rancœur contre certains médecins qui ont estimé qu’il n’y avait "rien à faire" pour elle : "Si je les avais écoutés, je serais encore coincée dans mon calvaire qui heureusement pour moi n'a duré ‘que’ 4 ans."

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