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"Pourquoi détruire une belle autoroute pour en refaire une nouvelle?", demande Julien: voici les méthodes de travail de la Sofico

© RTL INFO / SOFICO

Comme notre témoin qui estime que des travaux inutiles sont en cours sur la E411, vous avez peut-être parfois l'impression que la Wallonie gère son réseau autoroutier de manière étonnante. Il n'y a pourtant que des critères très objectifs, comme l'utilisation d'une camionnette bardée de capteurs et d'outils de mesure du revêtement. Le Sofico a répondu à nos questions, et donc à celles de Julien…

Les chantiers sur les autoroutes wallonnes n'ont pas très bonne réputation. Très nombreux ces dernières années (il y a une explication à cela, voir plus bas), tout le monde les estime trop longs et avec trop peu d'ouvriers actifs…

Certains, comme Julien, pensent même que ces chantiers sont parfois inutiles. Cet habitant de Fraire (une section de la commune de Walcourt, dans la province de Namur) a contacté la rédaction de RTL info, via le bouton orange Alertez-nous, pour évoquer "les travaux sur la E411 dans le sens Bruxelles-Namur, de Corroy-le-Grand à Thorembais-Saint-Trond".

Notre témoin "s'interroge très honnêtement sur le fait que ces travaux soit justifiés". Il estime que ce tronçon "n'est pas le plus abîmé", voire qu'il s'agit "d'une belle autoroute".

Selon lui, "en refaire une nouvelle" comme c'est le cas actuellement n'a aucun sens. "C'est simplement scandaleux de gaspiller du fric comme ça alors qu'il y a tellement de routes bien plus importantes à refaire".

Il termine cependant son coup de gueule par une bonne question: "Sur quoi sont basés les choix" des autorités compétentes pour rénover telle ou telle portion de routes ? On a posé la question à qui de droit, donc à la Sofico…

La redevance poids-lourds, du beurre dans les épinards

La Sofico (SOciété wallonne de FInancement COmplémentaire des infrastructures) est le gestionnaire, le maître d'ouvrage du réseau routier dit "structurant". Il regroupe l’ensemble des autoroutes de Wallonie et ses principales Nationales. La Sofico en assure le financement, la gestion, l’entretien, ainsi que la réhabilitation (avec son partenaire technique, le Service Public Wallonie Mobilité et Infrastructures). Le réseau structurant représente environ 2.300 kilomètres de voiries : 886 kilomètres d’autoroutes et 1.406 kilomètres de routes nationales stratégiques (2X2 bandes).

Pour remettre les choses au point d'emblée, la porte-parole nous explique que "en 2010, on a hérité d'un réseau en mauvais état, on a donc du entamer beaucoup de chantiers, en plus des rénovations et des entretiens". Raison pour laquelle vous avez l'impression que notre réseau est souvent en travaux. "De plus, il faut la plupart du temps attendre le printemps, car l'hiver il n'est pas possible de réaliser certains travaux", précise Héloïse Winandy.

Un mot sur son financement, car il a changé ces dernières années. "On a un budget de 250 millions d'euros par an, pour l'entretien et la réhabilitation. Mais depuis avril 2016, la Sofico perçoit l'entièreté de la redevance poids-lourds. Ça représente 20 millions d'euros par mois, c'est réinvesti dans le réseau et ça pérennise le budget". De temps en temps, la Sofico sollicite des prêts auprès de la BEI, la Banque Européenne d'Investissement, "mais il y a beaucoup de critères à remplir, de dossiers à compléter, donc c'est plutôt une exception".

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© SOFICO

Comment la Sofico choisit-elle les chantiers à effectuer ?

Revenons aux préoccupations de Julien: sur quoi se base ce gestionnaire du réseau des grands axes wallons pour décider quels travaux entreprendre ? En dehors des constructions de nouveaux tronçons (ou de jonctions entre tronçons), qui sont décidés sur base politique principalement, la Sofico fait confiance à… une camionnette. Mais pas n'importe laquelle.

"On évalue l'état des voiries grâce à un appareillage spécifique installé sur un véhicule. On l'appelle le VAMOS (Véhicule d'Auscultation Multifonctions), et il est équipé de capteurs, de radars, de caméras. Tout en roulant, il analyse l'état de la route et fait des relevés: fissurations, nids de poules, etc. Le tout est ensuite accompagné d'une inspection visuelle d'un agent de terrain".

Un fameux gain de temps, donc, depuis l'acquisition de ce véhicule d'une valeur de près d'un million d'euros, il y a quelques années. La Sofico utilise également d'autres outils, plus petits, pour mesurer par endroit la rugosité du revêtement et sa planéité (repérage de bosses ou d'ornières).

Nous gardons de toute façon une seule priorité en tête: la sécurité

Y a-t-il une hiérarchie, des priorités ?

La Sofico ne peut pas se baser uniquement sur des critères d'état des routes, il y a également l'importance des tronçons. Elle ne va pas laisser la E411 vers Bruxelles se détériorer pour consacrer son budget à une petite Nationale peu utilisée. "On est obligé de hiérarchiser, bien sûr. On organise les planifications au mieux pour limiter l'impact sur les usagers".

Cependant, "c'est tout de même selon le niveau de dégradation" d'une autoroute que la priorité est mise sur telle ou telle zone. "Nous gardons de toute façon une seule priorité en tête: la sécurité des usagers".

Quant au tronçon mis en évidence par Julien, la Sofico l'a évoqué dans un communiqué du mois d'août dernier. On y apprend que "la phase du chantier de réhabilitation du revêtement de l'autoroute E411 entre Louvranges (sortie N.8) et Thorembais-Saint-Trond (sortie N.11) en direction de Namur (environ 14 km)" a débuté le 29 juillet, et se terminera "à la fin du mois d'octobre si les conditions météorologiques sont favorables".

Les critères utilisés par la Sofico sont ceux évoqués plus haut dans cet article. Certains défauts du revêtement de la route ne sont pas forcément visibles à l'œil nu, comme sa rugosité ou sa planéité.

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