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Philippe sermonne les étudiants PRÉSENTS à la Marche pour le climat mais ABSENTS pour nettoyer la Belgique: "Pour sécher, ils sont là!"

Philippe sermonne les étudiants PRÉSENTS à la Marche pour le climat mais ABSENTS pour nettoyer la Belgique:

Le 21 septembre dernier, des milliers de bénévoles s’étaient lancés dans une chasse aux déchets dans 163 pays, dont la Belgique, pour la journée mondiale du nettoyage de la planète, au lendemain d'une manifestation pour le climat qui a réuni plus de quatre millions de jeunes dans le monde selon les organisateurs. Cette opération à l'échelle mondiale était destinée à nettoyer des rues, des plages ou des bords de rivières pollués.

Quelque 5.000 bénévoles ont retiré 60 tonnes de déchet de la Meuse, de l'Escaut et de plusieurs de leurs affluents, au cours de 48 actions organisées dans le cadre de l'opération mondiale World Cleanup Day, le 21 septembre dernier. La veille, trois fois plus de gens, soit quelque 15.000 personnes selon le comptage de la police, avaient défilé dans les rues de Bruxelles à l'occasion de la troisième grève, mondiale elle aussi, pour le climat. "Nous devons continuer à parler du climat et à nous mobiliser si nous voulons placer l'urgence climatique au centre du débat", avait clamé la porte-parole francophone du mouvement Youth For Climate, Adélaïde Charlier. Mais pour Philippe, 46 ans, qui a participé à la journée World Cleanup Day, les jeunes doivent faire davantage que parler et marcher. "Où étaient-ils, les milliers d’étudiants pour nettoyer la planète?", demande-t-il, exaspéré via notre bouton orange Alertez-nous. "15.000 jeunes manifestants pour le climat à Bruxelles vs 5.000 bénévoles pour nettoyer toute la Belgique. Pour suivre Greta Thunberg comme de petits moutons, ils sont là. Pour sécher une journée de cours, ils sont là aussi", fustige-t-il.

Soyez curieux, au lieu de suivre le troupeau

L'habitant de Goyer, dans la province de Limbourg, appelle les jeunes à agir, à mettre la main à la pâte : "Si vous vous souciez réellement de votre futur, prenez un peu de votre temps, en dehors des heures d’écoles, enfilez des gants, prenez un sac, et aller faire un peu d’activité physique, tant qu'à faire, en ramassant quelques déchets."

Il sermonne ensuite. Et les mots de ce travailleur au chemin de fer sont dur : "Et réfléchissez à ce que vous portez comme vêtements, aux outils technologiques que vous remplacez dès qu’il ne vous plaisent plus. Aux merdes que vous mangez... Vous pensez pouvoir faire fléchir quelques riches nantis planqués dans des paradis tout propres, mais vous êtes incapables de faire changer de mentalité vos amis, voisins, famille, collègues, pour qu’ils arrêtent de jeter leurs mégots de cigarettes n’importe où. Vous même, peut-être, forts en gueule, êtes trop fainéants parfois pour vous déplacer jusqu’à une poubelle. Soyez curieux, au lieu de suivre le troupeau."

Je suis d’accord qu’il faut manifester et faire passer un message mais il faut de temps en temps se retrousser les manches

Philippe explique également s'être inscrit à l'opération Wallonie plus propre qui vise à améliorer la propreté publique en développant des actions visant à réduire la présence de déchets sauvages et de dépôts clandestins. "Je vis dans un petit village. Le long des routes, c’est plein de déchets et plein de crasses. Je fais du running, et je cours dans les rues et les champs. Un jour, il m’est venu l’idée de ramasser les déchets et maintenant, je ne vois plus que les déchets", souligne-t-il. "La différence au niveau des chiffres entre les marches pour le climat et les opérations de nettoyage est hallucinante. Je suis d’accord qu’il faut manifester et faire passer un message mais il faut de temps en temps se retrousser les manches."

Philippe a envoyé des photos des déchets ramassés le 21 septembre dernier lors de l'opération World Cleanup Day en Belgique 

Il faut passer au-delà des chiffres 

Adélaïde Charlier, la porte-parole francophone du mouvement Youth For Climate, a répondu aux arguments présentés par Philippe. 

"L'opération World Cleanup Day n'est tout d'abord pas organisée par notre mouvement. Je n'y étais pas présente, mais il existe de nombreux autres rendez-vous pour enfiler des gants et nettoyer les rues en Belgique. J'ai déjà participé à ce type d'opération", a-t-elle déclaré.

Elle souligne que, selon elle, il existe différentes manières d'exprimer son inquiétude face à l'urgence climatique. "Il y a cette opération World Cleanup Day, mais par exemple, le 20 septembre dernier, lors de la Marche pour le climat à Bruxelles, il était très important pour nous d'aller dans la rue pendant les heures de cours. C'est une désobéissance civile pour mettre la pression sur le politique. Le mouvement Youth For Climate pourrait également créer des journées pour aller nettoyer des rues, des plages ou les bords de rivières pollués. Tous les événements sont importants, que ce soit les marches ou autres activités", dit-elle. 

Et de poursuivre: "Nous sommes dans une crise climatique et face à un changement à long terme. Il faut passer au-delà des chiffres (ndlr: en faisant référence au nombre de participants à la Marche pour le Climat et au World Cleanup Day), et s'exprimer de la manière qui convient le mieux à chacun. Le plus important est de sensibiliser un maximum de personnes."

On n'a pas envie de donner de leçon

Par rapport au discours de Philippe, la porte-parole francophone de Youth For Climate rappelle que le message de son mouvement reste avant tout "général", "car on n'a pas envie de donner de leçon aux citoyens et de dicter une manière de vivre. On demande simplement à chacun d'être conscient de l'urgence climatique et d'agir à sa manière", insiste-t-elle.

Adélaïde Charlier et Anuna De Wever ne seront pas présentes à la COP25 

Actuellement au Brésil, en compagnie d'Anuna De Wever et sa sœur aînée Josefien Hoerée, Adélaïde Charlier a par ailleurs indiqué ce 18 novembre que le trio de Youth For Climate ne se rendra pas à la COP25 à Madrid, alors qu'elles sont dans la forêt amazonienne.

La réunion de l'ONU sur le climat, COP 25, aura lieu à Madrid, en Espagne, au début du mois de décembre, suite à l'annulation par le Chili en raison des tensions sociales qui secouent ce pays. "Anuna, Josefien et moi n'atteindrons pas la COP25", a ainsi annoncé Adélaïde Charlier. "Nous n'y arriverons que si nous prenons l'avion, mais ce n'est pas une option dans le cadre de ce projet (...) C'est une délégation de jeunes de YFC-Belgique qui se rendra à la COP. Ils dénonceront la responsabilité de nos politiciens et leur manque d'ambition."

Ensuite, les militantes belges comptent voyager vers la Martinique, en compagnie d'autres militants, pour "organiser une téléconférence pendant les deux semaines complètes de la COP". "Cela signifie que YFC (ndlr: Youth For Climate) est représenté sur place, ainsi que digitalement. Nous pouvons soutenir la délégation et la coordonner en ligne sans avoir à prendre l'avion", poursuit Adélaïde Charlier.

Elle souligne également que l'organisation de la COP à Madrid est "une bonne nouvelle pour nos ministres belges du climat". "Ils peuvent maintenant facilement prendre le train. De cette façon, ils contribuent à la solution et non au problème", a-t-elle conclu.

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