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A 76 ans, Claudine est désespérée par la disparition d'un espace vert à Etterbeek: "Le monde entier parle d'écologie, et ici on démolit tout"

 
 

Une Bruxelloise de 76 ans se désespère de voir disparaître un petit espace vert à l'arrière de son immeuble d'appartements. Pour elle, "ça apporte de la vie". La commune a d'autres projets pour la zone, mais elle comportera encore des arbres, qui sont plus importants qu'on le pense en ville. Explications.

Le climat et l'environnement sont sur toutes les lèvres. Les dirigeants discutent beaucoup, agissent peu ou de manière pas toujours convaincante. Les citoyens, eux, constatent les dégâts. Et parfois, ils s'emportent, comme Claudine, qui a contacté la rédaction de RTL info. Pour elle, on ne va pas dans le bon sens. "Au moment où le monde entier parle d'écologie, ici à Etterbeek, on arrache tout et on fait un désert de béton", nous a-t-elle écrit dans une… lettre manuscrite (il n'y a pas que le bouton orange Alertez-nous).

  

"Pourquoi on démolit tout ?"

Claudine, 76 ans, habite la rue Général Henry, à Etterbeek, une commune de Bruxelles. Derrière le grand immeuble où elle occupe un appartement, il y avait un petit espace vert. "Plein de verdure, des arbres, une petite plaine de jeux. C'était un parking, aussi, mais il y avait des arbres, une haie, etc. Tout ça donnait de l'oxygène. Et il y avait des petits oiseaux, en mars-avril, quand ils sont venus tout arracher. Des moineaux, des merles, des corneilles. Bref, il y avait de la vie. Maintenant, il n'y a plus rien", regrette cette riveraine en nous montrant l'espace vert qui est désormais un plan de terre, bientôt réaménagé. "Il faut 40 ans pour avoir de beaux arbres, et ici en 40 minutes tout était parti".

Cette zone à l'arrière de plusieurs blocs d'immeubles et de maison, "c'est comme un cirque: le bruit et la chaleur, tout monte. L'été, il fait déjà très vite 28 degrés dans les appartements. On était content d'avoir cette zone verte, et un grand arbre qui allait jusqu'au 11e étage. Qu'est-ce qua ça va être l'été prochain ? On aura 35 degrés tout l'été ?"

Ce qui agace aussi Claudine, "c'est qu'on dit qu'il faut planter plus d'arbres, alors pourquoi est-ce qu'ici, on démolit tout?" Notre témoin est "très triste" et "tellement désespérée" qu'elle a "rempli son salon et son balcon de plantes" :

"Pas de panique", dit la commune

Nous avons discuté avec Vincent De Wolf, le bourgmestre d'Etterbeek. "Général Henry, c'est un quartier qui était un peu à l'abandon depuis longtemps. On a obtenu un subside du fédéral", et effectivement, "le permis d'urbanisme prévoyait l'enlèvement d'un certain nombre d'arbres: ça a été concerté, ça a été communiqué".

La suite n'est pas aussi sombre que le craint Claudine. "Pas de panique: les arbres qui sont enlevés vont être remplacés, et on va pratiquement les multiplier par trois".

Par ailleurs, "ce sont les règles habituelles: quand on enlève des arbres dans un jardin ou en voirie publique, il faut que l'autorité délivre un permis". Soit un permis d'urbanisme dans le cadre d'un projet immobilier ou de réaménagement (c'est alors l'administration de l'urbanisme de Bruxelles qui prend les décisions), soit un arrêté du bourgmestre dans le cas d'un situation urgente.

Car gérer les arbres, ça n'a rien d'anodin. "Il est arrivé malheureusement, avenue de Tervuren, qu'une grosse branche tombe sur une voiture, tuant les occupants… Les arbres, parfois, subissent des maladies, alors il faut les abattre dans l'urgence", conclut Vincent De Wolf. Mais il insiste: "Ici à Etterbeek, la règle, c'est qu'on doit replanter au moins le même nombre d'arbres qu'on abat".

Les espaces verts en ville, essentiels ?

"On abat beaucoup d'arbres, aussi dans les villes", constate Amandine Tiberghien, chargée de mission chez Natagora, association de défense de l'environnement. En ville, "un arbre va servir à capter les métaux lourds qui peuvent se trouver dans l'air. Il contribue aussi à solidifier le sol, faire en sorte que la terre ne dégringole pas tout le temps. Par exemple, quand il y a des grandes inondations comme on a connu, avoir des haies et des arbres aide à fixer le sol, et éviter que l'eau ne ruisselle vers les milieux urbanisés ou c'est fort bétonné". De plus, "et scientifiquement on a tous les éléments pour le prouver, voir des arbres, avoir une vue sur un arbre de son balcon, ça nous fait du bien".

Pour Natagora, "il faut le bon arbre au bon endroit", donc "parfois, oui, il faut abattre des arbres, par exemple un vieil arbre dans une école". Mais "les arbres, ce sont notre patrimoine historique, et parfois on les coupe un peu trop vite".

L'association rappelle qu'il y a de plus gros enjeux environnementaux à Bruxelles. Nous avons d'ailleurs rencontré Amandine devant la friche Josaphat. "C'est un espace naturel et sauvage, qui s'est développé sur une ancienne friche ferroviaire. Il représente une qualité biologique très spécifique: il y a des mares, des herbes, des arbres. Cette diversité fait qu'il y a plein d'espèces qui peuvent se développer et cohabiter, c'est devenu un véritable poumon vert pour la vie en ville, c'est un espace très important pour les pollinisateurs (abeilles, etc)".


 




 

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