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Anissa en est à 19 jours de grève de la faim pour soutenir les Afghans: "J'irai jusqu'au bout"

 
 

Anissa est une jeune femme déterminée dans la cause qu'elle défend. Celle des familles d'Afghans qui occupent l'Eglise Saint-Jean-Baptise-Au Béguinage depuis trois semaines. Malgré les difficultés, elle en est à son 19ème jour de grève de la faim.

"Je crois que 19 jours de grève de la faim, c'est beaucoup et qu'il serait temps que les médias se penchent sur la problématique et aussi sur le sort des grévistes". Joëlle est membre du comité de soutien aux Afghans qui occupent l'Église Saint-Jean-Baptise-au-Béguinage à Bruxelles depuis trois semaines. Elle a souhaité attirer notre attention sur la problématique via notre page Alertez-nous. Sa fille, Anissa, s'est également engagée dans la cause et a été jusqu'à entamer une grève de la faim il y a 19 jours pour dénoncer le sort de ces Afghans: "Ça commence à devenir difficile", admet Anissa, avant de poursuivre: "Je ne m'octroie que de l'eau, du thé et du sucre. J'ai des carences en potassium maintenant et de nombreux vertiges aussi." Et pourtant, pas question de céder pour cette jeune diplômée en assistance sociale de 23 ans, même si le manque de potassium peut être à l'origine d'un arrêt cardiaque: "Je ne me fixe pas de limites, j'irai jusqu'au bout. S'il le faut, je ferai des perfusions de potassium, mais je ne m'alimenterai pas." Anissa consulte régulièrement un médecin qui vérifie son poids et lui soumet des prises de sang. Elle a déjà perdu 8 kilos depuis le début de sa grève.

Anissa: des cartes postales vantant le retour volontaire en Afghanistant

Dès 2009, Anissa, à l'époque étudiante, avait été sensibilisée à la cause de réfugiés afghans lors d'une autre occupation, celle du hall des sports de l'ULB. Mais l'élément déclencheur de sa grève de la faim actuelle a été la venue à l'Eglise Saint-Jean-Baptise-au-Béguinage de Freddy Roosemont, le directeur de l'Office des Étrangers qui s'est présenté le mois dernier avec des cartes postales vantant le retour volontaire en Afghanistan alors que le pays est et reste en guerre selon elle. "Il fallait faire quelque chose", dit-elle qui estime avoir été confrontée à une violence "à la fois institutionnelle, politique et policière."

1165 demandes d'asile d'Afghans en 2013

Samedi dernier, une délégation de parlementaires Ecolo s'est rendue dans cette église où se sont réfugiées des familles afghanes dans l'attente d'un statut légal. Au total, c'est un peu moins de 200 Afghans qui y sont établis. Comme le rappelle Frederique Mawet du CIRE (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers), en Belgique, ils étaient 2.635 à demander l’asile en 2012, et ils sont 1.165 à le faire cette année.

Un statut temporaire refusé aux réfugiés afghans

Lorsqu'un pays est en guerre ou présente une situation à risque, la Belgique offre à ses ressortissants un statut temporaire. Tous les ans, ce statut est révisé en fonction de l'évolution de la situation dans ce pays. Ce statut temporaire offre la possibilité à ceux qui le détiennent de bénéficier des mêmes droits que tous les citoyens belges – accès aux soins, à l'éducation, au travail, aux aides sociales, etc. Un statut refusé aux réfugiés afghans de l'église Saint-Jean-Baptise-au-Béguinage. "Nous sommes dans une impasse. Ces familles d'Afghans se retrouvent sans aucun statut. D'un côté, la Belgique ne les expulse pas, car leur pays présente un danger, et d'un autre côté on ne leur accorde pas de statut temporaire, rien. Du coup, ils se retrouvent à la rue ou dans des églises", explique Zoé Genot, députée écolo qui faisait partie de la délégation.

"Refus de dialogue"

Les Verts et les membres du comité de soutien (voir encadré) en appellent au Premier ministre Elio Di Rupo afin qu'il décrète un "moratoire sur les expulsions des Afghans" vu le "refus du dialogue" dans lequel s'est enfermée la secrétaire d'État à l'Asile et aux Migrations, Maggie De Block. "Un moratoire sur les expulsions des Afghans est nécessaire, ainsi que l'application du statut de protection temporaire", estime Zoé Genot. Elle demande au Premier ministre "de se saisir de ce dossier et de proposer une solution humaine rapidement". Avec cette action, la délégation Ecolo a surtout souhaité dénoncer "l'ineptie de la situation". "On ne peut pas expulser des gens vers un pays en guerre. Un statut de séjour temporaire est légitime", conclut Zoé Genot.

"Il y a un blocage complet de la situation"

Fin novembre, Grégory Meurant, un autre membre du comité avait aussi débuté une grève de la faim. "Il y a une vraie urgence pour les politiques à sortir d'une logique de calendrier électoral et trouver le courage de sortir les Afghans de cette situation indigne d'un état de droit", indique-t-il. Deux autres personnes se sont jointes à ce mouvement de grévistes de la faim. Parmi elles, Selma Benkhelifa, l'avocate d'une dizaine de familles afghanes: "Il y a un blocage complet de la situation et on n'obtient rien, pas même le respect du cadre légal. J'ai le sentiment qu'en prévision des prochaines élections législatives fédérales qui se dérouleront en mai prochain, on a instauré un état d'exception et suspendu les règles de droit", a indiqué Selma Benkhelif.

Les quatre souhaits du comité de soutien

Les membres du comité de soutien ont émis plusieurs revendications. Tout d'abord, ils demandent un moratoire contre les expulsions en Afghanistan et un statut légal pour les Afghans déjà sur le territoire belge. Ils souhaitent également un audit sur les violences policières de la zone de police Bruxelles-Ixelles lors d'une marche organisée en septembre. Enfin, ils exigent une enquête parlementaire sur la mort d'Aref, un jeune Afghan débouté, pour déterminer la responsabilité de la Belgique dans ce décès. Aref avait introduit quatre demandes d'asile qui ont été refusées sous prétexte qu'il n'était pas en danger. Il a finalement accepté un retour volontaire en Afghanistan, où il a été tué par les talibans. 


 

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