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Il réagit sur Facebook à notre article sur un petit garçon malade: des arnaqueurs le repèrent et tentent de profiter de sa compassion

Il réagit sur Facebook à notre article sur un petit garçon malade: des arnaqueurs le repèrent et tentent de profiter de sa compassion
 
 

Les espaces de commentaires Facebook qu'on trouve désormais dans les articles de la plupart des sites internet d'actualité constituent un terrain de chasse pour les escrocs. Ceux-ci disposent du nom de la personne et, à travers le contenu de ses commentaires, ils peuvent identifier ses points de faiblesse pour l'arnaquer. Patrick a été l'une de leur proie. Père d'une fille souffrant d'une grave maladie, il avait réagi à un article RTL info consacré à un garçon affecté du même mal.

Récemment, nous avions consacré un sujet à un petit garçon tunisien de quatre ans, Youssef, qui souffrait de PTI, une grave maladie qui se manifeste par des hémorragies fréquentes (lire notre article). Le système immunitaire du garçonnet détruit ses propres plaquettes, ces petites cellules nécessaires pour faire coaguler le sang. Conséquence: le bambin "saigne tous les jours", expliquaient des parents désemparés qui demandaient à pouvoir bénéficier d'un médicament très coûteux après l'échec de nombreux traitements.

Emu par cette histoire, Patrick, le père d'une fille affectée par la même maladie en Belgique, avait réagi dans l'espace de commentaires Facebook au bas de notre article. Il nous avait même contactés via le bouton orange Alertez-nous, nous proposant de relayer de la documentation et les coordonnées de médecins belges aux parents de Youssef.

Ce monsieur, un habitant de Boom (province d'Anvers) au grand coeur n'imaginait pas qu'en retour, il recevrait l'appel qu'il a reçu jeudi dernier. Il nous a recontactés via la page Alertez-nous pour raconter la teneur du coup de fil. Le numéro était masqué. Un homme à l'accent africain lui a indiqué que le nouveau traitement du petit Youssef était hors de prix pour les parents infortunés. Pouvait-il les aider en versant 512 euros via un mandat Western Union à la Poste ? Patrick s'est méfié et a décliné la demande. Deux heures plus tard cependant, l'individu mettait la pression et rappelait. Il demandait si le virement postal avait bien été effectué et s'il pouvait recevoir le code nécessaire pour retirer la somme d'argent.


Jouer sur la compassion pour escroquer

Notre témoin a probablement subi la tentative d'arnaque d'un "brouteur" comme il s'en produit des dizaines de milliers par jour. Les "brouteurs" sont ces gens qui passent leur journée sur internet, installés dans des cybercafés d'Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire,...). Ils repèrent des gens, généralement des Européens, sur Facebook, des sites de rencontre ou encore des sites de petites annonces. Ils tentent alors de leur soutirer de l'argent, qu'ils se font envoyer essentiellement par transfert via la Western Union, un moyen qui permet de conserver l'anonymat.

Que s'est-il passé dans le cas de notre papa âgé de 57 ans? Il fait peu de doute que le "brouteur" a trouvé son nom dans l'espace de commentaires Facebook de l'article consacré à Youssef sur RTL info. Il n'aura pas manqué de lire que Patrick avait écrit "Je souhaite pour cet enfant qu'il s'en sorte". Comment a-t-il obtenu le numéro de téléphone ensuite? Patrick se rappelle l'avoir déposé à plusieurs reprises sur le site 2ememain.be où il a déjà vendu des objets. Il est possible que ce soit là que son numéro de téléphone a été trouvé.

Nous avons rappelé Patrick. Il nous a confié être blessé par la méthode de ces malfaiteurs sans scrupule qui jouent sur la compassion de personnes comme lui. "J'ai de la compassion pour le petit Youssef, je sais ce qu'il vit, c'est une peur de toutes les heures", dit-il. Sa fille Kimberley souffre de la même maladie depuis qu'elle a 4 ans. "Elle avait des taches bleues et noires sur le corps", explique Patrick qui se souvient que l'école s'en était inquiétée car ce pouvait être les signes d'une enfant battue. La maman de Kimberley est allée voir le médecin et la maladie a été identifiée. Comme le sang ne coagule pas ou très mal, le moindre saignement devient très impressionnant. "Vous remplissez des essuies de sang", décrit le père. "Quand elle pissait du nez, on ne savait pas quoi faire. Si vous pinciez le nez, ça ressortait ailleurs. On utilisait toutes sortes de mèches mais ça n'arrêtait pas", raconte-t-il. Le traitement de l'affection réclamait des transfusions sanguines régulières, au moins une fois par mois.

Patrick et sa femme mènent le combat depuis environ 14 ans. Ils échangent des informations avec des parents comme eux rencontrés sur internet (qui n'a donc pas que de mauvais aspects), assistent à des colloques de médecins sur la PTI.

Aujourd'hui, Kimberley a 18 ans. La maladie est toujours là, mais est désormais plus ou moins stationnaire. Elle n'a plus subi de transfusion depuis un ans. "Mais ça fait du yo-yo, on a toujours peur, dit-il, Encore maintenant, si elle se cogne, c'est une plaque bleue".

Cette tentative d'arnaque a donc fait mal à ce père qui a traversé de nombreux moments d'angoisse et de douleur à cause de la maladie de sa fille. "On sait qu'on peut mourir de cette maladie et y a des gens qui en profitent" a soupiré cet homme qui nous appelait dans le but premier d'alerter la population afin qu'elle sache que des escrocs sur internet utilisent désormais des articles de presse pour élaborer leur scénario.


Des "Robins des bois"

Les "brouteurs" inventent régulièrement de nouvelles techniques, parfois très sophistiquées comme dans le cas présent, pour arnaquer les Européens, essentiellement francophones. Le phénomène est tel que la police de Côte d'Ivoire dispose d'une cellule spécialisée qui informe sur son site web des dernières techniques imaginées par les cybercriminels. Quelques-uns d'entre eux avaient été suivis par une équipe d'Envoyé spécial, l'émission de France 2, il y a deux ans. Dans le reportage (voir la vidéo) On peut constater que les "brouteurs" n'ont guère de scrupules, balayés par l'argent facile que leur rapporte leur activité, soit beaucoup plus que le salaire moyen dans le pays. Ceci leur permet d'acheter des vêtements, faire la fête et jusqu'à se permettre un logement individuel, un luxe dans ce pays. D'autre part, ils sont nombreux à estimer qu'ils ne font que reprendre ce que le riche Occident leur a volé. Ils reprennent et donnent aux pauvres. "Le brouteur est quelqu'un de très généreux. Il partage beaucoup de ce qu'il gagne et il est perçu comme un Robin des bois dans son quartier. Pour le public, les victimes sont des Occidentaux. Et les Occidentaux ont tellement exploité l'Afrique que c'est l'occasion de récupérer un peu de ce qui a été pris", explique un des responsables de l'unité de la police ivoirienne qui les traque.




 

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