Une mère en colère après plusieurs agressions à Auderghem: des auteurs arrêtés et la criminalité en baisse, se défend la commune

Une mère en colère après plusieurs agressions à Auderghem: des auteurs arrêtés et la criminalité en baisse, se défend la commune

Une femme a lancé un appel aux habitants d'Auderghem en région bruxelloise afin qu'ils signalent d'éventuelles agressions, notamment subies par leurs enfants adolescents. L'objectif: mener une action collective en justice. L'initiative fait grincer des dents les autorités. Face à l'amplification artificielle par les réseaux sociaux d'une agression survenue récemment, elles avancent des chiffres, ceux d'une criminalité en baisse dans la commune suite à une présence policière accrue et la généralisation des caméras de surveillance.

C’est l’heure de la sortie des classes ce jeudi 22 mars. Nous sommes dans le bas de la chaussée de Wavre à Auderghem (Bruxelles). Commerces, nombreux établissements scolaires, implantation récente d’un Burger King (fast-food), l’endroit est extrêmement fréquenté et représente un lieu de passage important de la commune. Dans cette cohue et cette excitation, Joachim, un jeune adolescent, est agressé par trois individus. L’attaque est filmée par quelques jeunes et diffusée sur les réseaux sociaux. Une plainte est sitôt déposée par la mère de Joachim (prénom d'emprunt afin de préserver l'anonymat) et une enquête est rapidement ouverte.


Les agresseurs appréhendés

Peu d’éléments ont filtré sur les circonstances exactes de l'agression. Le Parquet se refuse de commenter les faits en détails quand des mineurs d'âge sont impliqués. Denis Goeman, porte-parole du Parquet de Bruxelles, nous précise tout de même: "Plusieurs suspects ont frappé la victime âgée de 16 ans. Celle-ci présente des blessures, notamment des hématomes." Joachim a été admis à l’hôpital avant de pouvoir regagner son domicile.

"L’enquête a permis d’identifier plusieurs suspects et des instructions ont été données afin de les appréhender au plus vite", ajoute Denis Goeman. Les suspects ont depuis été arrêtés et présentés à un juge de la jeunesse.


Plusieurs mères témoignent de faits similaires dans la même zone

Après avoir porté plainte, la mère de Joachim a choisi d’en informer les habitants de sa commune sur un groupe Facebook dédié aux Auderghemois: "Mon fils s'est fait tabasser à l'arrêt ‘Auderghem-shopping’. Si quelqu’un a vu ce qui s'est passé, il peut prendre contact avec moi. En vous remerciant d'avance", écrit-elle.

Karine (prénom d'emprunt pour préserver l'anonymat), une mère de quatre enfants, prend connaissance du post Facebook et de l’agression non sans colère. Et pour cause, la mère affirme avoir rapporté l’agression d’amis de sa fille au même endroit, quelques semaines auparavant. "Il faut vraiment intervenir auprès du bourgmestre. La police doit être bien plus présente à certains endroits. On ne peut pas interdire à nos enfants de bouger et de vivre!", poste-t-elle sur le groupe Facebook.

La discussion fait réagir de nombreuses personnes. Parmi elles, une autre maman rapporte des faits similaires dans le même secteur: "Mes enfants se sont faits agresser par 3 ados mercredi midi en rentrant de l’école. Ils se sont fait poursuivre jusque l’arrêt Saint Julien. Du coup, je ne veux plus qu’ils rentrent seuls." Les témoignages et marques de soutien affluent.



Se regrouper pour attaquer en justice

C’en est trop pour Karine qui décide de nous contacter via le bouton orange Alertez-nous. Elle met également en place une adresse mail sur laquelle les actes de violences de même nature pourront être rapportés. Le but de la démarche vise à connaitre l’ampleur de ce genre d'agressions et de prendre éventuellement contact avec une avocate. Elle souhaiterait regrouper plusieurs témoignages pour constituer un dossier au civil devant les tribunaux. Selon elle, de nombreuses personnes seraient découragées à l'idée de se rendre dans un commissariat de police. En cause, la lenteur éventuelle de la procédure, mais également la peur des représailles pour les victimes et leurs familles. Des raisons qui ne devraient pas être un frein pour porter ce type d’agissements devant les tribunaux. Elle indique: "Avec l’ensemble des témoignages récoltés sur l’adresse mail, nous pourrons nous constituer partie civile. Les frais d’avocats seront moins importants pour les familles concernées. Et puis si vous avez une assurance familiale, la protection juridique prend en charge ce type de plaintes." Karine ajoute: "En tant que citoyen, on a notre part de responsabilité. Cela peut aider les gens ce type d’initiative."

Nous conseillons plutôt de déposer une plainte (...) Plus il y a de plaintes, plus lourde sera la sanction et surtout plus vite pourra agir la police

L'initiative agace les autorités

Informés de "l’action citoyenne" lancée par Karine, les autorités ne la voient pas d’un bon œil. Laurent Masset est le porte-parole de la zone de police d'Auderghem. Il nous explique pourquoi: "Nous conseillons plutôt de déposer une plainte. Cela permet l’ouverture d’une enquête et par conséquence la fin des violences. Plus il y a de plaintes, plus lourde sera la sanction et surtout plus vite pourra agir la police. Les initiatives citoyennes n’aboutissent généralement à rien." Et de poursuivre sur un ton rassurant: "Nos services sont particulièrement attentifs à ce type de faits et d’agression. Nous comprenons l’émotion des parents."

Christophe Magdalijns, bourgmestre f.f de la commune d’Auderghem, abonde dans le même sens: "Nous n’approuvons pas du tout cette initiative. Elle surfe sur une émotion collective et n’est pas structurée. En plus, le ressenti des citoyens ne se traduit pas sur le terrain." Et le bourgmestre de d’avancer les chiffres de la criminalité en baisse sur sa commune. Il conclut: "Le tribunal populaire n’est jamais loin avec ce type d’acte citoyen."

Les réseaux sociaux alimentent le sentiment d’insécurité

Les agressions filmées et diffusées

Phénomène courant de nos jours, la vidéo de l’agression a été partagée sur Instagram et Snapchat.

La diffusion des vidéos provoque un phénomène d’amplification, selon Laurent Masset. Il met en garde: "Les gens parlent du même fait durant plusieurs jours. Les actes ont donc une plus longue vie". Même son de cloche du côté du bourgmestre: "Les réseaux sociaux alimentent le sentiment d’insécurité. Il y a 20 ans, une agression une fois vécue était terminée. Aujourd’hui, avec les réseaux sociaux le sentiment d’insécurité est grandissant alors que dans les chiffres c’est l’inverse." 

Le bourgmestre met en avant la qualité des services de police et la possibilité pour ces concitoyens de contacter les différents services à disposition. "Nous avons une cellule spécialisée pour les actes de violences liés aux jeunes mais aussi une cellule psychologique pour les victimes et leurs familles."


Criminalité en baisse

Les chiffres justement, parlons-en. Michel Deraemaecker, chef de corps de la zone de police locale Uccle – Watermael-Boitsfort – Auderghem nous a communiqué les statistiques de la criminalité sur la commune d'Auderghem. Chiffres à l’appui: "Sur le premier trimestre de 2018, nous sommes au plus bas sur les 5 dernières années. On parle de moins 40% sur le premier trimestre."

En 2016, une septantaine de faits avec violence ont été commis. Des chiffres en baisse drastique, selon les services de police. Une baisse qui s’explique par différents facteurs :

• Une plus grande présence policière due au contexte national et international lié au terrorisme des dernières années.

• Le nombre croissant des caméras de vidéosurveillance. "Il devient difficile pour les gens qui commettent des délits d’échapper à nos services ", précise Laurent Masset. Les bus, trams, métros sont équipés de caméras. A cela s'ajoute de nombreuses rues.

• Derniers facteurs, les réseaux sociaux. Les jeunes se filment entre eux en permanence et sont toujours connectés. Ils s’identifient facilement entre eux via leur profil sur les réseaux sociaux. 

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