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Hugo, le chiot d'Aurore, tombe malade deux jours après son achat: faut-il réduire l'arrivée des chiens depuis l'est?

Une habitante d'Erquelinnes, est tombée "amoureuse" d'un petit Saint-Bernard. Quelques jours après son arrivée chez elle, il est tombé malade. Elle ignorait que ce chiot venait de Slovaquie et n'était âgé que de deux mois. Or, la loi interdit l'arrivée d'un chiot avant qu'il ait 3 mois et 3 semaines. Ce n'était pas la dernière surprise d'Aurore.

"J’ai peur pour ma petite boule de poils, je dois encore allez chez mon vétérinaire cinq fois en même pas un mois." Aurore, une habitante d’Erquelinnes dans la province du Hainaut nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous pour faire part de sa situation délicate.

Novembre dernier, elle se rend dans une animalerie située dans le Hainaut pour faire l’acquisition d’un chien. Rapidement son choix se porte sur un chiot en particulier. "Je suis tombée littéralement amoureuse de cette petite boule de poils, un Saint-Bernard. Il m’a sauté dessus et a commencé à me lécher. J’ai directement craqué", nous dit-elle. D’après Aurore, le vendeur l'a assurée que le chiot venait d’une famille de la région et qu'il avait 4 mois.

Cette mère de famille a récemment déménagé dans une maison quatre façades. "J’ai un immense jardin", se réjouit-t-elle. C'est pourquoi la grandeur du chien à l’âge adulte (70 à 90 cm pour 60 à 120 kg) ne lui fait pas peur. Alors quelques minutes après son entrée dans le commerce pour animal, la voilà repartie avec "la petite boule de poils". Elle le baptise Hugo.

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Première surprise

Deux jours plus tard, Hugo tombe malade. Aurore se rend chez un vétérinaire. "C’est mon premier chien, je m’y connais très peu". Le docteur décèle "la toux du chenil" combinée à une pharyngite. Il prescrit une série d’antibiotiques et de sirops. Mais il fait aussi une révélation à Aurore. Son chiot a seulement deux mois et non quatre comme elle le pensait. Autre surprise, le chiot vient de Slovaquie d’après son passeport canin. Aurore tombe des nues. Ni une, ni deux elle prend contact avec l’animalerie. "On me répond que quand des chiots viennent de l’étranger, tout le monde sait qu'ils sont toujours plus jeunes que ce qui est écrit sur le carnet. Je lui réponds non, que moi je n’étais pas au courant", raconte Aurore qui enchaîne: "A la base j’avais entendu parler de la mauvaise réputation de cette animalerie. Mais entre les ‘on dit’ et la réalité, il y a toujours une différence. Finalement, je me rends compte que c’est la triste réalité."


Un faisceau de présomptions

Aujourd’hui, Aurore veut rendre publique son histoire. Le but ? "Je voudrais avoir contact avec d‘autres personnes qui comme moi se sont fait avoir par cette animalerie et pouvoir déposer une plainte contre eux. A moi seule, je ne pense pas que ça fasse le poids." Et le moins que l’on puisse écrire est que l’animalerie pointée du doigt par Aurore est la cible de nombreuses critiques ces derniers temps. Pour preuve, une pétition en ligne et ouverte le 2 janvier dernier regroupe déjà plus de 4000 signatures. "Les jeunes animaux vendus par ces animaleries sont souvent malades, faibles, non sociabilisés et ont été séparés trop tôt de leur mère. Ces éleveurs ne se soucient pas de la santé de l’animal", indique Cresilia, à l’origine de la pétition.

En décembre dernier, quatre personnes s’étaient regroupées et témoignaient déjà dans les journaux SudPresse. Ils évoquaient leur mésaventure depuis l’achat de chiots dans cette même animalerie. Sur les quatre chiots achetés, deux n’avaient pas survécu.


Un nouveau contrôle prévu

Suite aux nombreux signalements récoltés, la SPA de Charleroi est descendue sur les lieux de l’animalerie ce mois-ci. Rien à signaler. "Tout était nickel au niveau propreté, notre inspecteur n’a rien trouvé à redire. Le gérant a été coopératif et lui a donné un accès complet aux installations", a indiqué Nathalie Vannamen dans la Nouvelle Gazette. Joint par nos soins le cabinet du ministre Carlo Di Antonio en charge du bien-être animal en Wallonie nous confirme que "plusieurs plaintes ont été reçues dernièrement. Un nouveau contrôle est programmé", précise-t-il. Le dernier contrôle effectué dans cet établissement par l’Unité du bien-être animal (SPW) a eu lieu le 1er juin 2018 et aucune infraction n'avait été constatée. "Cet établissement fait l'objet de contrôles réguliers par notre Unité du bien-être-animal", ajoute le cabinet du ministre.

Du côté de GAIA, on dit suivre la situation de très près, sans pour autant en dire plus. "Nous avons eu de nombreux signalements. Ça n’arrête pas. Nous gardons la situation à l’œil" indique Michel Vandenbosch, président de l’association qui poursuit en précisant qu’il n’est pas surpris de la situation rencontrée par Aurore puisqu’elle s’inscrit dans une situation plus large et de longue date.


La filière de l'est

Au cours des dernières années, de nombreuses personnes ont vu leur chiot importé d’un élevage de l’Europe de l’est tomber malade dans les jours qui ont suivi l’achat. "Ces chiots naissent dans des conditions lamentables qui ne correspondent pas à leur besoin", selon Michel Vandenbosch. Les problèmes sont multiples. 

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Premièrement, les chiots sont transportés dans des conditions déplorables. Régulièrement, les autoroutes allemandes situées sur la route d’importation des chiots vers la Belgique sont le théâtre de contrôles. Fin décembre encore, la police allemande interceptait un convoi de 37 chiots en route vers la Belgique. Les animaux - des huskys, carlins, terriers du Yorkshire, bichons havanais et maltais, ainsi que des bulldogs anglais et français voyageaient coincés dans des cages à hamster, des boîtes et des casiers. Ils étaient arrivés en Allemagne depuis la Hongrie, via la République tchèque et étaient destinés à la Belgique. Les chiots ont été saisis et placés en quarantaine. Outre une amende de 10.000 euros, les trafiquants doivent s'attendre à une facture pour leur prise en charge qui peut aller jusqu'à 25.000 euros.


La faute aux vétérinaires? 

Deuxièmement, les chiens arriveraient sur notre territoire peu vaccinés mais aussi trop jeune. Depuis janvier 2015, avant son arrivée sur le sol belge, un chiot doit être obligatoirement vacciné contre la rage et ne peut arriver avant ses 15 premières semaines. Alors, comment certains chiots arrivent-ils avant la date obligatoire comme c’est le cas d’Hugo, le chiot d’Aurore, diagnostiqué à 2 mois d'âge par son vétérinaire ?

L’association GAIA pointe du doigt des vétérinaires malhonnêtes dans les pays d’Europe de l’est qui falsifient les passeports et carnet de vaccination des chiots afin de favoriser leur arrivée la plus rapide possible sur notre territoire. "Il y a une responsabilité écrasante de certains vétérinaires. Ceux-ci sont liés à des ‘usines à chiots’." L’intérêt ? "Ils sont payés par ces usines et ils ne veulent pas perdre leur boulot. Ce sont des pratiques frauduleuses qui ont déjà été prouvées."

Marcel Renard, est membre de l’union professionnel des vétérinaires. Il abonde dans ce sens: "Nous sommes en guerre contre ses importations. En Belgique, nombreux de nos vétérinaires démontrent via ce qu’on appelle ‘l’âge de bouche‘ que les chiots sont trop jeunes. Les vétérinaires sur place remplissent les passeports et les carnets de vaccins." L’arrivée précoce des chiots aurait également un impact sur la sociabilité future des chiots car séparé trop tôt de leur mère, il perdrait certains réflexes primordiaux.

"Les acheteurs sont trompés sur la marchandise. En plus de cela, ils vont se retrouver avec des factures liées aux soins du vétérinaire. Même, si le chien s’en sort, il gardera des séquelles et trouble de la santé", déclare Michel Vandenbosch de Gaia.

Aurore a déjà déboursé près de 400 euros en frais de vétérinaires depuis l’achat de son chiot.


Un procès-verbal en 2018

En Belgique, le bien–être animal est une compétence régionale. Côté wallon, c’est le ministre Carlo Di Antonio qui en a la responsabilité. Pour pouvoir faire le commerce d'animaux de compagnie, l’exploitant doit répondre à une série de normes liées au statut d’éleveur-commerçants. Ce statut permet l’importation de chien de pays de l’Europe de l’est en toute légalité si l’éleveur élève 10 nichées par an.

Sur le sol wallon, on compte aujourd’hui 18 éleveurs-commerçants de chiens en activité. Les contrôles des élevages se réalisent sous trois formes. D’une part, un premier contrôle a lieu dans le cadre de la demande d’agrément. "Les résultats de ce contrôle prennent notamment la forme d’un rapport sur lequel se fonde la délivrance ou le refus d’agrément", précise François Dubru porte-parole du ministre Carlo Di Antonio qui poursuit: "D’autre part, lorsque l’agrément est délivré, l’Unité du Bien-être animal réalise des contrôles des élevages sur base d’une analyse de risques. Enfin, l’Unité du Bien-être animal réalise également des contrôles sur base de plaintes déposées." Ces deux derniers types de contrôles ne sont pas annoncés.

En 2018, l’Administration a réalisé des contrôles chez 7 des 18 éleveurs commerçants wallons. Pour quatre de ces éleveurs, aucune infraction n’a été relevée. "Pour les trois autres, les infractions constatées ont fait l’objet de deux avertissements, avec régularisation, et d’un procès-verbal", informe François Dubru.

Pour les associations comme la SRSH ou GAIA, la situation liée à l’importation massive de chiens venant de pays de l’Europe de l’est doit cesser. "C'est intenable. C’est la responsabilité du législateur. Le ministre compétent en bien-être animal doit pouvoir résoudre tous ces problèmes. Il faut prendre les mesures nécessaires pour arriver à un système de commercialisation de chiens qui soient éthiques. Dans l’intérêt du bien-être du chien, mais aussi pour en finir avec ce système de tromperie du consommateur", lâche Michel Vandenbosch, président de GAIA. Sans pour autant préciser de date, le cabinet du ministre Carlo Di Antonio annonce qu'il travaille actuellement "sur un arrêté du gouvernement wallon permettant notamment de restreindre autant que possible ce type de commerce de chiens."

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