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Devenu retraité, Bertrand réalise son rêve, se lancer dans la figuration: "Je voulais savoir ce qui se passait derrière un écran"

 
 

Il y a un an, Bertrand Lahaye, jeune retraité, a décidé de réaliser son rêve: faire de la figuration dans le cinéma. À son palmarès, quatre films, une série TV et une publicité. L'habitant de Grez-Doiceau nous raconte son année dans cet univers qu'il aime tant, avec tout un tas d'anecdotes qu'il est heureux de partager. Rencontre.

Pendant 34 ans, Betrand Lahaye a été employé administratif chez un concessionnaire automobile. Il s'occupait des garanties, facturations, créances… Jusqu'à sa retraite, le 1er septembre 2018. C'est alors qu'il a décidé de réaliser son rêve, faire de la figuration. "J'ai toujours été curieux de savoir ce qui se passait derrière un écran, nous confie-t-il, sourire aux lèvres. On regarde un film, mais que se passe-t-il derrière tout ça ? Je ne savais pas faire de la figuration avant parce qu'avec le travail, c'est difficile étant donné qu'il faut tout de même être assez disponible." Une fois pensionné, il a donc décidé de se lancer. C'était il y a tout juste un an.

À l'époque, Bertrand s'inscrit sur le site de'une société de casting. "On te pose alors plein de questions. J'ai dû donner mes mensurations, envoyer des photos, dire le sport que je pratique…" Des questions qui permettent d'être facilement retrouvé dans le moteur de recherche de l'agence de casting lorsqu'un profil particulier est demandé. Le sport pratiqué par Bertrand aura d'ailleurs un rôle important dans l'une des figurations qu'il décroche, on y reviendra plus tard. "Quand tu es pris, on dit que tu es "booké". L'agence fait un album avec tous les figurants, l'envoient à la production du film ou de la série et c'est elle qui choisit les personnages qu'elle veut avoir."

La figuration, c'est une grande famille

Bertrand débute sa jeune carrière dans un série TV pour Canal Plus, tournée à Wavre dans le Brabant wallon. "Je me souviens que j'ai été contacté et le lendemain, je devais essayer mon costume à Bruxelles. Or, je n'avais jamais fait ça. Mais ce qui est bien dans la figuration, c'est que c'est une grande famille. Je ne me suis pas senti mal à l'aise une seule seconde. Tout le monde se parle, les figurants qui avaient déjà tourné racontaient leurs anecdotes. Il y a des gens de tout milieu, de tout âge. C'est vraiment une grande famille et on se sent à l'aise."

Lors de ce premier tournage, il a vécu un moment "incroyable". "J'ai pu faire une réplique avec une actrice, c'était génial, vraiment impressionnant", confie-t-il. La scène se déroulait dans un bureau. La comédienne Géraldine Pailhas était avec trois figurants, dont Bertrand. Dans un premier temps, il ne parlait pas. "Pour finir, on m'a dit que je pouvais aussi dire un mot, couper la parole sans n'avoir rien préparé. Il y a parfois de l'improvisation. Donc à un moment donné, elle parlait avec un autre figurant et je les ai interrompus. Elle m'a répondu et ils ont coupé. C'était super." Jamais le jeune figurant ne s'est senti stressé vis-à-vis de ce moment. "Je prends vraiment ça comme un jeu. Je ne sais même pas si ça passera parce qu'ils coupent beaucoup de choses mais c'est le fait de l'avoir fait. Géraldine Pailhas a tourné avec Yves Montand, Marlon Brando… Je me dis que c'est fou, quelle bonne expérience. Pour la première fois que je faisais ça, j'étais emballé."

Film, série et publicité

Lors de sa première année de figuration, Bertrand Lahaye a tourné dans quatre films, une série TV et une publicité. "J'ai encore des propositions pour lesquelles j'attends des réponses maintenant." La publicité, l'homme de 64 ans n'avait pas imaginé y toucher. Il s'agit d'un univers très différent. "Ce n'est même pas de la figuration. C'est toi l'acteur de l'histoire, c'est toi qu'on filme. C'est aussi intéressant à faire, mais c'est plus fatiguant", sourit Bertrand. Dans cette pub pour une épargne-pension, il jouait… un pensionné. "C'était une histoire de génération. Il y a eu un clip sur les réseaux sociaux et une affiche. On a recommencé les photos plein de fois, tous les passants nous regardaient, se demandant qui on était. Je ne l'ai malheureusement jamais vue, j'aurais bien aimé."

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Ensuite, il y a les films. L'un d'entre eux est déjà sorti en Italie en septembre dernier, "Miss Marx". "C'est l'histoire de la fille de Karl Marx, le film se déroulait au 19ème siècle. Une production italienne avec des acteurs anglais. J'espère que ça va sortir dans d'autres pays." Le tournage a en effet eu lieu dans différents endroits. C'est à La Louvière et à Spa que Bertrand a fait de la figuration dans le film durant deux jours.

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Le figurant ne sait pas toujours quand sortira le film ou la série dans lequel il a joué. Pour Miss Marx, c'est sur le site d'Allociné qu'il découvre la date de sortie. "Et le problème maintenant, c'est que les conditions font que les films ont pris du retard. Mais j'essaie moi-même d'aller sur certains sites pour voir si c'est sorti ou quand ça va sortir…" La crise sanitaire rend en effet les tournages plus compliqués, notamment à l'étranger. "J'ai fait un film au Grand-Duché du Luxembourg parce que je suis inscrit dans plusieurs sociétés de casting. Le problème, c'est qu'avec la crise, je dois m'y rendre trois jours avant avec des documents fournis par la production, trouver un site de testing, revenir en Belgique et quand j'ai le résultat, s'il est négatif, je peux y retourner. J'étais obligé de faire ça car nous étions dix figurants très proches des acteurs. Quand cette crise sera passée, ce sera plus simple et j'accepterai à nouveau des propositions au Luxembourg."

Figurant, silhouette ou doublure

Dans le dernier film pour lequel il a été figurant, Bertrand était un "civil bruxellois". "J'étais dans une tranche d'âge qui allait de 40 ans à 80 ans." Ici, ce n'était "que" de la figuration, mais en entrant dans le milieu du cinéma, Bertrand a découvert plein d'autres aspects du métier, notamment "la silhouette". "Dans la figuration, tu seras vu ou non dans le film, tu seras une ombre, vu de loin, on verra tes jambes, tes bras… Pour la silhouette, tu seras en principe proche de l'acteur, on te verra peut-être un peu plus à l'écran. Il y a aussi la silhouette parlante et là, tu auras un mini-rôle. Ce sont juste quelques mots, pas de scénario. Mais par exemple, j'ai été serveur dans un film et je passais entre les tables en disant bonjour aux clients." Enfin, il y a la silhouette image, ou doublure image. Bertrand a eu la chance d'être celle de François Berléand. Un moment qui l'a marqué.

Dans la vie, Bertrand pratique le golf. Un sport qui lui a permis de décrocher ce rôle. "Ce jour-là, c'était incroyable. Je me suis retrouvé avec l'acteur et j'ai passé ma journée à deux mètres de lui. Il est très sympa, on a discuté et bien rigolé. Dans une scène, il jouait au golf et on me demandait de faire un placement." Pour être la doublure de l'acteur, le figurant a dû lui ressembler un maximum. "Je devais être habillé exactement de la même façon que lui, mais on ne me verra pas du tout, ce qui est comique. On verra ma main, la balle qui part, mais on ne me verra pas."

L'assistante de production m'a dit qu'il fallait que je laisse pousser ma barbe. Pourquoi pas ? J'accepte

Le figurant a aussi dû faire sa première transformation physique. "L'assistante de production m'a dit qu'il fallait que je laisse pousser ma barbe. Pourquoi pas ? J'accepte. C'est la première fois que je le fais. J'ai dû envoyer des photos pour lui montrer où ça en était. Le jour où je devais remplacer François Berléand, on m'a dit qu'on allait peut-être devoir prendre de mes cheveux et les coller sur ma barbe… Il faut dire qu'elle n'était pas tout à fait comme la sienne, rigole Bertrand. Finalement, la production a jugé que c'était bien comme ça." Heureux de cette belle expérience, le retraité aime découvrir à chaque fois de nouvelles choses sur l'univers du cinéma. "Quand tu t'inscris, on te demande si tu es d'accord de changer ton apparence, de faire du nu ou du semi-nu… C'est toi qui décides ce que tu acceptes de faire."

"Il ne faut pas penser qu'on gagne de l'argent en faisant ça"

Avec son emploi du temps lorsqu'il était employé, Bertrand n'aurait pas pu se libérer comme il l'aurait voulu. En effet, les journées de tournage peuvent parfois être très longues. C'est le seul côté négatif selon lui. "Cela m'est arrivé d'aller sur un plateau et de ne pas tourner du tout. Il y avait tellement de retard que ce qui était prévu pour moi n'a pas été fait. Cela arrive aussi que tu ne tournes qu'en fin d'après-midi alors que tu es là depuis tôt le matin. Il faut s'armer de patience, mais les gens s'occupent. Il n'y a pas d'autres mauvais côtés." Et puis, Bertrand veut casser une idée reçue: la figuration ne permet pas de gagner sa vie. "Bien sûr, on a une petite rémunération, mais c'est pour compenser les frais qu'on peut avoir. Tu ne gagnes rien… mais tu ne perds pas d'argent. Il ne faut pas vouloir en faire un métier." Bertrand considère plutôt cela comme "une passion et un jeu".

En entrant dans ce milieu, il a aussi découvert l'ensemble des personnes qui travaillent sur un film ou une série. "L'assistance technique est impressionnante. Il y a des maquilleurs, coiffeurs, décorateurs, menuisiers, électriciens, la production… une centaine de personnes derrière tout ça. Quand l'action se passe, il y a encore 15 personnes derrières les caméras. C'est impressionnant à voir." Bertrand prend pour exemple la série TV à laquelle il a participé, qui se déroulait en 1978. "J'ai dû avoir un costume de ces années-là. Les costumières font des essais et si un bouton n'est pas bien réglé, ce sera fait pour le jour du tournage. Tout est bien organisé. Et dans cette série, j'avais l'impression de vivre en 1978. Quand je rentrais chez moi, c'est comme si j'avais travaillé dans ces années-là." Les films d'époque, c'est sans doute ce qu'il préfère, "même si j'aime tout en général".

"On se sent acteur sans l'être"

Sur les plateaux, Bertrand a parfois l'impression d'être un acteur, tellement l'équipe s'occupe bien des figurants. "Pour une scène, on me faisait marcher. Je ne faisais pas trois mètres sans que le coiffeur ou la maquilleuse s'occupe de moi. Si on tourne en extérieur et qu'il fait froid, on nous donne des couvertures. On se sent acteur sans l'être, ils sont vraiment aux petits soins."

Intéressé par ce milieu, Bertrand Lahaye n'était pourtant pas un cinéphile. D'ailleurs, il ne se rend pas toujours compte de la carrière des acteurs qu'il a face à lui sur les plateaux de tournage. "Maintenant, je commence à m'y intéresser et à aller voir leur biographie. Et là, je suis parfois étonné de ne pas les connaître parce que ce n'est pas n'importe qui." Il regarde désormais les films et les séries d'une manière différente. "En fait, je regarde beaucoup la figuration. Je vois quelqu'un qui passe et je me dis qu'on lui a dit de partir à ce moment-là."

Tant qu'il a "la santé", Bertrand compte bien continuer. "Ils demandent parfois des gens de 99 ans", plaisante-t-il. Son seul regret ? Ne pas s'être lancé plus tôt. "Mais je n'aurais pas su. Quand tu travailles dans une société, c'est délicat de s'absenter." Heureux de pouvoir enfin vivre sa passion, il a même décidé de la partager avec son épouse. "Elle s'est inscrite sur les mêmes sites que moi. Je ne dis pas qu'elle va continuer mais au moins, elle a vu ce qu'était la figuration."

Son souhait pour les années à venir ? "Avoir plein de figurations dans des films d'époque, mais aussi d'autres films, des séries, de la publicité… Et rencontrer de nouvelles personnes sur les plateaux de tournages. On m'avait dit qu'on attendait parfois longtemps, je suis très étonné de ce que j'ai déjà fait en un an."




 

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