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Bertrand, reconstituteur historique, commande un calot de l'US Air Force qui reste bloqué à la douane

 
 

En juillet dernier, le Hutois a commandé un calot de l'US Air Force sur Ebay. Deux mois plus tard, il reste sans nouvelle de son colis bloqué par la douane belge.

Bertrand, un habitant de Huy, a l'habitude de guetter l'arrivée du facteur avec impatience. Féru d'histoire et d'aviation, Bertrand est ce que l'on appelle un "reconstituteur historique". Tantôt habillé en soldat américain durant la guerre 14-18, parfois en Allemand époque 39-45, Bertrand s'adonne à faire revivre des grands événement historiques. Depuis plus de 10 ans, il fait partie de ceux qui entretiennent la mémoire du passé en arborant des tenues et équipements d'époque. 

L'Histoire doit être évoquée pour éviter que l'on commette les erreurs du passé

"En tant que reconstituteur, j'estime que l'Histoire doit être évoquée pour éviter que l'on commette les erreurs du passé", nous explique-t-il. Au sein de son association 'Pilotes de guerre', il tente de "ratisser le plus large possible en impliquant plusieurs nations". "On va des alliés aux ennemis. On fait aussi les méchants car on considère qu'il faut parler de tous les camps", nous confie-t-il. 

Lors de meetings internationaux, il pilote ainsi de petits appareils, type "ULM multiaxe" et avions de tourisme. "Je n'ai pas les qualifications nécessaires pour piloter les avions d'époque bien sûr", concède-t-il. 

En juillet dernier, il se lance dans la recherche d'un calot de l'US Air Force. Ce calot, que l'on peut décrire comme une sorte de béret, est l'une des pièces maîtresses de la tenue qu'il doit arborer quelques semaines plus tard lors d'un week-end de reconstitution portant sur la Guerre du Vietnam. Pour ce faire, rendez-vous sur son terrain de jeu préféré: Internet. 

J'ai trouvé mon bonheur sur Ebay le 15 juillet

"J'ai trouvé mon bonheur sur Ebay le 15 juillet", se rappelle-t-il. Bertrand paie son calot près de 31€. "Bpost m'explique que des frais de douane sont à payer", rapporte Bertrand. Avant d'ajouter: "Je m'y attendais. Chaque fois que je commande aux Etats-Unis, des frais de douane s'appliquent". Le 5 août, le paiement de 21.72€ est effectué. Le Hutois s'attend à recevoir son bien quelques jours plus tard. "Je paie mon colis rubis sur l'ongle et je ne suis pas livré. Pourtant, le site indique que bpost a bien reçu mon paiement", s'énerve le Hutois. Après avoir pris contact avec bpost, on lui explique que des retards sont constatés du côté de la douane. "Mais ce n'est pas mon problème qu'il y ait des retards. C'est scandaleux", accuse le reconstituteur. 

Ce calot était important pour Bertrand. Le jour où il devait l'arborer fièrement est malheureusement passé. Afin d'assister à son meeting en tenue complète, il a heureusement pu compter sur l'aide d'un membre de son association. C'est la première fois que le Hutois fait face à un tel problème de livraison. Afin de réaliser ses tenues historiques, il commande très régulièrement sur Internet et les reçoit relativement rapidement. Aujourd'hui, il ne comprend pas que le service ne soit pas assuré alors qu'il estime payer des frais "exorbitants" de douane. 

Des retards dans les livraisons à cause de nouvelles directives européennes

Contactée par nos soins, bpost nous confirme que quelques retards sont à prévoir dans les colis en provenance de l'étranger (hors Union Européenne). Cela s'explique par les nouvelles règles TVA applicables à l'e-commerce depuis juillet.

Car en effet, depuis le 1er juillet, de nouvelles règles s'appliquent pour les colis, en provenance de l'étranger, qui arrivent sur notre territoire. Ces changements ne sont pas propres à notre pays. Ils s'expliquent par l'introduction, de la part de l'Union Européenne, de nouvelles règles douanières pour les achats en ligne effectués hors de l'Union Européenne. 

Désormais, tous les colis provenant de l'étranger (hors UE) sont soumis à la TVA. Avant le 1er juillet, les colis importés d'un pays non européen et dont la valeur était inférieure à 22 euros en étaient exonérés. C'est désormais chose révolue. Et ce sont précisément ces changements de procédure qui ont entraîné des retards dans les livraisons car des vérifications doivent être effectuées. 

"Nous réceptionnons les colis. Nous scannons l’étiquette de l’opérateur postal ou de l’expéditeur. Cette étiquette contient des données sur le contenu du colis (valeur, etc.)", nous explique Laura Cerrada Crespo, porte-parole pour bpost. Si des informations essentielles sont manquantes, le délai de livraison sera plus long. 

Quand la boutique en ligne n'est pas enregistrée, tout prend plus de temps

Car concrètement, lorsque bpost reçoit un colis venant de l'étranger, il faut procéder à une multitude de contrôles. Sur le code-barre, doivent figurer toutes les informations nécessaires au calcul de la TVA. S'il manque une information, notamment la valeur du produit, les agents doivent contacter le destinataire en Belgique. En fonction de la réponse plus ou moins rapide de ce dernier, le calcul de la TVA peut être fait. 

La porte-parole de bpost nous explique que les procédures diffèrent selon l'e-shop auquel on fait appel. Lorsque qu'une boutique est "enregistrée", autrement dit lorsqu'elle est certifiée comme étant une IOSS (Import One Stop Shop), les démarches sont plus simples. Ces boutiques se sont adaptées à la nouvelle réglementation et permettent à l'acheteur de payer, en même temps que sa commande, la TVA et les frais d'importation. Lorsque le colis arrive en Belgique, bpost n'a pas besoin d'effectuer les vérifications pour facturer les frais supplémentaires. "Le colis suit son cheminement classique", nous explique Laura Cerrada Crespo. Dans le cas où la boutique n'est pas "enregistrée", des frais sont facturés à l'arrivée en Belgique. Et là, tout prend alors plus de temps. "Dans 90% des cas, tout va bien et aucun retard n'est à accuser", nous assure-t-on. 

Pour éviter des délais de livraison trop importants, Florence Angelici, porte-parole du Service public fédéral Finances, conseille d'être vigilant au moment de la commande. Mieux vaut privilégier les e-shop au sein de l'Union Européenne ou des boutiques "enregistrées" en dehors de l'UE. Dans ces deux cas, la TVA et les éventuels frais de douane sont facturés au moment de la commande.

Pour éviter la fraude

À noter qu'avec cette nouvelle réglementation, l'Europe entend éliminer l'avantage concurrentiel dont bénéficiaient les vendeurs non européens par rapport aux commerçants locaux. Cela permet également d'éviter la fraude, nous indique Florence Angelici. Car avant cette nouvelle réglementation, des fraudeurs déclaraient un montant inférieur à celui de leur bien pour éviter de payer la TVA. Pour les colis de plus de 150€, la TVA, des frais de douane et des frais de traitement s'appliquent. 

Concernant le colis de Bertrand, on nous assure que ce dernier a été dédouané et qu'il est désormais en route pour son expédition. De son côté, le père de famille nous explique qu'il n'a malheureusement d'autre choix que de commander en dehors de nos frontières. Les pièces qu'il recherche sont souvent rares et les brocantes et petits commerces spécialisés ne suffisent pas. "En aviation, ce n'est vraiment pas simple de trouver. J'ai besoin d'articles de reproduction qui sont fidèles aux tenues d'époque", explique-t-il.

Pour cela, un travail de documentation est essentiel. Bertrand passe ainsi plusieurs heures sur Internet ou à feuilleter des magazines spécialisés afin de s'assurer qu'il ne se trompe pas. Il ignore d'ailleurs le temps passé et le budget accordé à sa passion. "Mieux ne vaut pas calculer", plaisante-t-il, conscient que sa passion n'est certainement pas la plus économique. Mais qu'importe, pour arborer fièrement une tenue d'époque, 5 à 6 fois par an lors de meetings internationaux, le Hutois semble prêt à tout.


 




 

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