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Bloqué aux Philippines depuis le lockdown, ce jeune Belge se dit désemparé: "Chaque jour est un combat"

Bloqué aux Philippines depuis le lockdown, ce jeune Belge se dit désemparé:
 
 

C'est une histoire à peine croyable que nous raconte Julien, 31 ans, originaire de Gilly (Charleroi). Celui qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous se dit "bloqué aux Philippines" depuis le début de la crise du covid-19. Pendant plusieurs entretiens téléphoniques, nous l'avons écouté nous raconter l'histoire que nous relayons dans cet article. Toutes les informations n'ont cependant pas pu être vérifiées étant donné la complexité de sa situation. Voici son récit.

En 2016, Julien part aux Philippines "pour faire des affaires", dit-il. Il y rencontre un jeune Français avec qui il décide de "monter un business". Le concept est simple et légal, à en croire son gérant. "On a commencé à louer des appartements à des locaux. Et ensuite, on sous-louait ces mêmes appartements à d’autres personnes. Principalement des expats", nous explique-t-il. 

Le lockdown a été déclaré et les vols ont été suspendus

Au total, il conclut des contrats avec des propriétaires pour 17 appartements. "Ça a marché du tonnerre, on gagnait bien notre vie", se souvient Julien. 

En avril 2019, il se rend sur la grande île méridionale de Mindanao. Il y rencontre celle qui deviendra plus tard sa compagne, originaire de l’île. Cette dernière tombe enceinte. L’accouchement est prévu pour août 2020.

Mais la crise du coronavirus vient perturber les plans de la petite famille. "J’étais censé rentrer à Bruxelles le 29 mars. J’avais acheté mon billet. Mais le lockdown a été déclaré et les vols ont été suspendus", nous souffle-t-il.

Julien se retrouve alors "bloqué" sur la grande île méridionale de Mindanao. Le Belge nous raconte ensuite une série de déboires.

Ma femme a dû accoucher à la barbare

Le couple s’installe dans un logement "à la scout", "une sorte de cabane en bois sans eau ni électricité". Julien nous explique alors tenter de subvenir aux besoins du couple. "Des kilomètres à pied pour aller chercher de l’eau, de l’eau mélangée à du sucre en guise de repas. Chaque jour est un combat”, assure-t-il.

Le 29 août 2020, le couple se rend dans un hôpital de Mindanao pour donner naissance à leur fils. Et là encore, selon Julien, rien ne se passe comme prévu. Des complications surviennent au moment de l’accouchement, une césarienne est nécessaire. Et selon le Belge, rien n’a été fait dans les règles. À noter qu'il s’agit d’une accusation qu’il ne nous est pas possible de vérifier. "Elle a dû accoucher à la barbare. Au bout de 48h, il fallait déjà partir pour libérer la chambre. Si on ne partait pas, ils (les responsables ndlr) appelaient la police. Encore aujourd’hui, elle ne s’en n’est pas remise", assure-t-il.

Afin d’économiser un loyer, ils partent vivre chez la famille de sa compagne "dans un village perdu situé dans les montagnes".  “Ses parents sont fermiers. Ils plantent des fruits et des légumes qu’ils vont ensuite vendre sur les marchés à la ville”, nous explique Julien. Ce dernier a tenté de s’adonner à cette activité mais en vain. "C’est physiquement très dur vous savez", nous déclare-t-il. "On travaille sous des chaleurs qui frôlent les 40 degrés. Et tout ça pour gagner 3 euros par jour. Je n’ai pas l’habitude moi. Je suis habitué à notre mode de vie européen", résume-t-il. L'argent gagné ne suffit pas à faire vivre toute la petite famille. Inaccessibles, le couple doit renoncer aux langes pour son bébé.

La police philippine lui vient en aide

Après ce bref essai en tant que paysan, le mal du pays se fait de plus en plus ressentir. Mais impossible pour le Belge de rentrer. Car bien que les vols ont pu reprendre progressivement au départ des Philippines, Julien est dans l’incapacité de payer son billet. De plus, avant de pouvoir quitter l’île, il lui est indispensable de se mettre en règle administrativement. Et pour cela, il doit obligatoirement de rendre à l’Ambassade de Belgique, située à Manille, la capitale des Philippines. Comment s’y rendre? Julien se dit désemparé. 

Il trouve finalement un travail dont le but est de transporter des clients jusqu’à leur "floating cottage", ces habitations flottantes de plus en plus prisées par les touristes. Il y rencontre des agents de la police locale à qui il raconte son histoire, ses problèmes d’argent et ses difficultés à regagner son pays.

Attristés de cette situation, ces policiers le conduisent jusque Manille, nous rapporte le Belge. Durant le temps que sa situation se régularise, les forces de l’ordre lui auraient proposé un hébergement dans un local appartenant à la police. 

Julien nous explique s’être rendu à l’Ambassade belge afin d’expliquer sa situation et obtenir de l’aide. "Mais on ne peut rien faire pour moi", nous rapporte-t-il. 

Afin de réaliser ce reportage, nous avons contacté le Belge à plusieurs reprises afin de connaître l’avancée de sa situation. Et il y a quelques jours, il semble que cette dernière se soit détériorée si l’on en croit ses déclarations. "Des cas de Covid ont été repérés au sein de la police de Manille donc on m’a conseillé de partir pour éviter une contamination", souffle-t-il. Il serait désormais sans logement. Il continue d’échanger avec les autorités afin d’espérer regagner la Belgique.

Le ministère des Affaires Etrangères nous éclaire

Afin d’obtenir d’amples informations, nous nous tournons du côté du ministère belge des Affaires étrangères. C’est à lui que revient la mission de porter assistance aux ressortissants belges hors du territoire, essentiellement par l'intermédiaire de ses ambassades.

Karl Lagatie, son porte-parole, accepte de répondre à nos questions. Après avoir pris contact avec les représentants sur place, il nous confirme que la situation de Julien est bel et bien connue. Par souci de confidentialité et parce que les cas consulaires sont bien souvent "extrêmement compliqués", il ne peut cependant pas s’exprimer sur ce cas personnel. Il nous indique tout de même que les autorités tentent de trouver une solution afin de venir en aide au Belge mais que les procédures sont compliquées en raison des restrictions sanitaires contre le Covid-19 qui s’appliquent à Manille. De plus, selon des messages que nous avons pu consulter, nous comprenons que l'ambassade communique régulièrement avec Julien afin de prendre de ses nouvelles et le tenir au courant de l'avancée du dossier. 

Le porte-parole Karl Lagatie accepte de nous détailler les procédures qui s’appliquent lorsqu’un Belge se retrouve en détresse dans un pays étranger suite à de problèmes personnels. 

  • Tout d’abord, chaque voyageur doit s’organiser pour éviter une telle situation. Avant de partir ou sur place, il est important de trouver individuellement des solutions.

  • Si les solutions personnelles ne sont pas possibles, l’ambassade peut aider la personne en détresse à contacter ses proches afin de leur demander assistance. Dans ce cas, l’ambassade joue le rôle d’intermédiaire entre la famille et le "voyageur".

  • Enfin, dans ces cas tout à fait exceptionnels et si aucune solution n’a été trouvée, un assistance financière peut intervenir. Elle prend la forme d’une reconnaissance de dettes. Par exemple, les autorités belges peuvent décider de prendre en charge un billet d’avion mais à son retour en Belgique, la personne devra rembourser la somme qui lui a été prêtée. 

De son côté, Julien dit vouloir rentrer en Belgique et trouver un travail. Selon lui, c’est la meilleure façon pour aider financièrement sa compagne et son fils qu’il espère retrouver plusieurs fois dans l’année lors de voyages entre la Belgique et les Philippines.




 

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