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Charly, un ado trisomique, vit sa passion pour le volley grâce au grand coeur de "toute une province"

Charly a bien failli ne plus pouvoir pratiquer son sport favori au club de volley de Libramont. Âgé de 15 ans, cet adolescent trisomique a dépassé la limite d'âge pour évoluer à un niveau qui lui permet d'exprimer ses capacités. Son club s'est mobilisé et a fait une demande "peu banale" auprès de sa fédération.

L'avenir de Charly dans le monde du volley était incertain après deux années passées dans le club de Libramont, en province du Luxembourg. Ses proches craignaient qu'on lui retire cet hobby qui lui apporte tant de bonnes choses chaque semaine.

La faute à un règlement qui l'aurait obligé à évoluer dans une catégorie trop compliquée pour lui. A 15 ans, il aurait en effet dû jouer en provinciale 2, en équipe "seniors" avec des adversaires parfois beaucoup plus âgés que lui. Un problème également rencontré car le club ne dispose pas d'autres équipes de jeunes après la catégorie 12-14 ans dans laquelle évoluait Charly.

Le Volley Club Libramont n'est pas resté insensible face à sa situation et a tout mis en oeuvre pour qu'il puisse continuer à s'épanouir dans sa discipline favorite. Il y a quelques semaines, une demande de dérogation a été faite auprès de la fédération de sa province afin que l'adolescent puisse évoluer dans une équipe mixte (la limite d'âge pour la mixité étant pourtant de 14 ans), à un niveau plus accessible pour lui.

Compréhensif, le Comité provincial s'est montré "enthousiaste" et a rapidement accepté que Charly puisse faire partie de cette équipe en troisième provinciale (soit l'échelon le plus bas). Le jeune habitant de Freux pourra ainsi porter fièrement sa vareuse mauve pour une saison supplémentaire.

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"J’aime faire partie d’une équipe"

"J’étais heureux d’apprendre la nouvelle. J’aime faire partie d’une équipe, ça m’apporte beaucoup de joie d’être avec mes copains. C’est important pour moi. J’aimerais jouer au volley le plus longtemps possible. Dans cette discipline, ce que je préfère, c’est le service", nous confie-t-il. "J’apprécie aussi beaucoup le football et j’adore les Diables Rouges que j’aimerais voir de tout près", enchaîne-t-il. "Je les ai suivis durant le Mondial et j’ai vécu plusieurs belles soirées. Je suis fan de De Bruyne, Fellaini, Courtois, les Hazard, Witsel, Lukaku, Mirallas et Kompany."

"Mon fils n’aurait pas pris de plaisir"

Richard Martin, le papa de Charly et le président du VC Libramont, s'est dit "heureux" d’avoir obtenu une dérogation. "Si la demande de notre comité n'avait pas été acceptée, j'aurais dû envoyer mon fils vers un autre sport", affirme-t-il. "Au lieu de ça, nous avons directement eu les encouragements de toute la province."

L'homme de 44 ans explique pourquoi il ne voulait pas que son fils évolue à l'échelon supérieur. "Je ne voulais pas qu’il joue en P2 garçon car ce sont des jeunes gens qui ont l’habitude de jouer au volley. Il se serait fait massacrer et n’aurait pas pris de plaisir", assure-t-il. "Comparé à d’autres personnes, il juge moins rapidement les trajectoires d’une balle. Il n’a pas encore le pep’s nécessaire. Je sais qu'il n’aura pas la taille d’un adulte et ne frappera pas avec autant de puissance. Mais il fait son possible."

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"C’est le fanfaron de l’équipe"

Richard Martin se réjouit surtout de voir son fils poursuivre son histoire d'amour avec le volley. "Il adore ça. Quand il joue un match le samedi, il se réveille à 8h avec son sac qui est déjà prêt. Il a déjà son maillot sur lui et il est prêt à jouer", ajoute ce père de deux enfants. "Après le match, il me regarde avec le sourire s’il est content de sa prestation et si ses services sont bien passés. Parfois, il sait aussi me dire 'papa, je n’ai pas bien joué'".

La pratique de ce sport est positive à plusieurs points de vue. "Il a besoin de ça, de se défouler et de sentir à l’aise. Il adore être avec les autres et leur taper dans les mains. C’est le fanfaron de l’équipe", indique Richard Martin. Un papa heureux de voir l'évolution de son fiston qui rêve de devenir un jour policier.


"Il n’y a pas de réglementation bien spécifique"

Le cas de Charly démontre qu'en Belgique et en Wallonie, les personnes présentant un handicap peuvent, avec la mobilisation d'un club, être intégrées à merveille dans des équipes composées de personnes valides. Il n'y a par ailleurs aucun frein au niveau de la réglementation. 

"Ici, c’est un cas spécial car c’est un sport d’équipe et donc une demande de dérogation au comité provincial a dû être faite", réagit Jonathan Libert, porte-parole de la Ligue Handisport Francophone. "Pour les sports individuels, c’est souvent au niveau du classement ou de l’âge qu'on intègre les personnes présentant un handicap. Il n’y a pas de réglementation bien spécifique."

Il ajoute: "Au tennis de table par exemple, les personnes handicapées peuvent aller jouer le week-end contre des personnes valides qui ont le même classement. Pour la natation et l’athlétisme, c'est la même chose. Il n’y a pas de modifications de catégories d’âges. Il n’y a pas un règlement type qui dit que si on a un type d’handicap, on est rétrogradé d’une classe."

Les compétitions s’organisent ainsi de manière "naturelle". "On est en train de prôner l’intégration des personnes présentant un handicap physique, sensoriel ou mental. Ils font la compétition sans avoir d’avantage ou de désavantage. Dans le cas de Charly, une modification d’âge, je peux le comprendre. Cela existe aussi dans le football pour les enfants qui sont plus petits ou dont le développement est moins rapide. Ils peuvent faire une demande pour évoluer dans une catégorie d’âge inférieure", ajoute Jonathan Libert.


"Handicap ou pas handicap, on fait le sport en même temps"

Selon lui, la réaction du comité représentant les clubs de volley de la province du Luxembourg est à souligner et envoie un message très positif à notre société. 

"C'est super d'avoir réagi ainsi. Cela rend son intégration encore plus facile. En cas de refus, l’enfant aurait encore plus de mal au niveau de son insertion. Il aurait dû jouer contre des personnes plus grandes et plus fortes et donc l’intégration se serait moins bien passée", poursuit-il. "On est dans la logique qu’on prône. Handicap ou pas handicap, on fait le sport en même temps. Les portes s’ouvrent de plus en plus et il y a de moins en moins de refus pour ces demandes. Le monde du handisport est de plus en médiatique. On en parle et je pense que les fédérations valides sont sensibles à ça."


"L’histoire construite avec Charly est "spéciale"

Une évolution qui s'est une nouvelle fois confirmée à Libramont où le jeune Charly est parfaitement entouré par toute une équipe qui tient à le rendre heureux. 

"L’histoire construite avec Charly est "spéciale", a confié Marc Vanbrabant, un membre du conseil d’administration du club, qui a contacté notre rédaction via le bouton orange Alertez-nous pour raconter cette belle initiative. "Cela m’a touché car, en général, quand quelqu’un est différent, ce n’est pas évident. La trisomie ne se gère pas facilement, surtout pour les parents. Alors s’intégrer dans une équipe à l’extérieur, cela demande des aménagements et des efforts de beaucoup de gens. Cela serait plus facile de dire qu’on est une équipe normale et que Charly doive trouver une structure adaptée à son petit souci. Cela n’a pas été le cas ici et il a vraiment été inclus dans le club. Il fait partie prenante et on ne voulait absolument pas le mettre de côté. On voulait lui garder une place. A notre époque et dans notre monde, cela mérité d’être relevé."

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