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Coronavirus: les sexshops sont "essentiels" et ne devraient pas être fermés selon Christopher, patron de 3 boutiques

Christopher, patron de sexshops, s'indigne que son activité ne soit reconnue comme
 
CORONAVIRUS
 

Le gérant de boutiques érotiques, et plusieurs de ses employés, font valoir la contribution de leur activité au bien-être de la société. À ce titre, ils estiment que la fermeture des sexshops est injuste.

Pour endiguer la 2e vague de contamination au coronavirus, le comité de concertation a décidé la mise en place d'un confinement avec la fermeture de nombreux magasins. Comme lors de la première vague, les trois sexshops de Christopher sont une fois de plus tenus de rester fermés. Ce gérant, comme les employées de sa nouvelle boutique à Namur, Florence et Laure, revendiquent le caractère essentiel de leur commerce. Ils dénoncent ce qui constitue à leurs yeux une injustice : "Les grande surfaces qui vendent préservatifs, lubrifiants et sextoys peuvent ouvrir, pourquoi pas nous ?", s'indigne Alice via notre bouton orange Alertez-nous.

La boutique contrainte à la fermeture rapidement après son lancement

Christopher, 40 ans, a repris un premier sexshop à Bruxelles il y a 10 ans, un deuxième à Alost il y a deux ans, un troisième fin 2019 à Namur. Pour ce dernier, il a embauché Alice et Florence. Une nouvelle page dans la vie professionnelle de Florence, 46 ans, qui a travaillé 26 ans dans le secteur des soins à domicile, en tant qu'aide sanitaire, puis garde-malade. Florence a suivi de près la rénovation du sexshop de Namur et participé avec enthousiasme à son ouverture. Mais quatre mois après son lancement, la boutique a dû fermer au printemps dernier. Les mesures prises par le Conseil national de sécurité ne permettaient alors qu'aux seuls magasins d'alimentation et pharmacies de rester ouverts. Un premier coup dur. "On commençait à prendre de l'ampleur, à avoir des clients fidèles et puis ça nous est tombé dessus", se souvient Florence.

Des primes régionales insuffisantes pour Christopher

La société de Christopher a touché les primes régionales de 4.000 euros pour ses boutiques de Bruxelles et Alost, 5000 euros pour celle de Namur. Des indemnités octroyées aux entreprises et indépendants fortement touchés par les fermetures liées à la lutte contre le coronavirus. "C'est rien du tout, vraiment des cacahuètes", estime le gérant, qui égrène la longue liste de ses frais : loyer, gaz, eau, électricité, comptable, TVA, contributions... Les 10 employés de Christopher ont bénéficié du chômage partiel. "C'était pas évident au niveau finance", confie Florence, dont le mari est en incapacité de travail.

Une reprise timide entre les deux confinements

Les commerces ont pu rouvrir en mai. Pendant les 6 mois de réouverture, la reprise a été lente, avec une affluence limitée, raconte Christophe : "Les client ont eu peur parce qu'ils entendaient partout dans les médias qu'il fallait éviter de sortir", pense-t-il. Si son activité a pu reprendre modérément, les secteurs qui subissaient toujours pleinement la crise du coronavirus (discothèques, salons professionnels, cinémas, théâtres, activités foraines, transport de voyageurs, gîtes touristiques...) ont eu le droit à une indemnité complémentaire de 3.500 euros mise en place début septembre par le gouvernement wallon.

Christopher revendique le caractère essentiel de son activité

À la fin de l'été, l'épidémie de coronavirus a progressivement regagné du terrain, jusqu'à ce qu'une deuxième vague pousse le gouvernement à prendre à de nouvelles mesures drastiques, dont la fermeture des commerces "non-essentiels". La liste des établissements autorisés à rester ouverts a été publiée le 1er novembre, "pour autant qu'ils offrent principalement des biens essentiels, et ce uniquement pour la fourniture de ces biens", précise l'arrêté ministériel.

Librairies, magasins de bricolages, salons de massage... cette liste s'est allongée par rapport au premier confinement. Mais les sexshops n'en font toujours pas partie. En revanche, les magasins de grandes chaînes comme Di restent ouverts. Et ils vendent des produits "sexe & plaisir" : sextoys, vibromasseurs, stimulateurs... Les "gros [les grandes enseignes, Ndlr] sont déjà riches et le deviennent encore plus", constate Christopher, amer. 

On aide les gens à trouver des solutions pour leur couple, leur vie sexuelle

Ne pas reconnaître le caractère essentiel des sexshops, c'est "vraiment du n'importe quoi" pour Christopher : "Le sexe, c'est primordial. C'est une thérapie pour les gens", souligne-t-il. En tant que vendeuse, Florence témoigne de l'aide psychologique, et concrète, que sa boutique apporte : "On aide les gens à trouver des solutions pour leur couple, leur vie sexuelle. Comme on tient une boutique de sextoys et autres, ils se sentent à l'aise pour en parler". Certains ont besoin de produits pour retarder l'éjaculation, d'autres de produits pour stimuler...

Florence raconte que des clients viennent régulièrement avec une ordonnance de leur médecin : "Des messieurs qui viennent avec des papiers de leur docteur pour avoir une pompe à pénis après une opération de la prostate, des dames qui viennent acheter des boules de Geisha pour remuscler le périnée", donne-t-elle pour exemple. "On aide les gens à se sentir mieux, vraiment", insiste Christopher.

Collect&go et boutiques en ligne, des ventes marginales

Les boutiques de Christopher ont dû fermer leur porte le lundi 2 novembre. Elles devraient rouvrir le 13 décembre, à moins que le gouvernement décide d'un prolongement des mesures. Pendant cette période, un service de collect & go est organisé : après avoir réservé par email ou téléphone, les clients peuvent venir chercher et payer leur objet au pas de la porte du magasin. Mais ces ventes sont très marginales : "C'est vraiment pour faire plaisir aux habitués et montrer qu'on est actifs". Les clients peuvent également commander via la boutique en ligne, mais le font très peu : "Les gens veulent voir, avoir un contact avec le vendeur, toucher le produit, comparer les produits", explique Christopher. "Certains viennent en boutique pour voir, puis commande en ligne pour ne pas devoir se promener en rue avec le produit", corrobore Florence.

La situation est d'autant plus rageante pour Christopher qu'il est convaincu que les conditions sanitaires offertes par sa boutique ne présentent aucun risque pour sa clientèle : "On a maximum 3 personnes en même temps sur 500 mètres carrés. On gère les entrées grâce à une porte sécurisée avec sonnette", explique-t-il.

Pour cette 2e période de fermeture, la société de Christopher n'a "toujours pas reçu un euro de dédommagement"

Les deux périodes de confinement ont eu un effet catastrophique pour le bilan de la société de Christopher : - 50% de chiffre d'affaire sur les 9 derniers mois, estime-t-il. "Un truc de dingue", soupire-t-il. Christopher a la désagréable impression que les faillites des petits commerces laissent indifférents : "Tout le monde on s'en fout. Nous, on est des fourmis, on doit juste se taire. 'Demain tu fermes, point à la ligne on veut rien savoir. Et si tu coules et ben tant pis, t'as qu'à te trouver un autre boulot'". Il  redoute de devoir mettre la clé sous la porte, comme d'autres petits commerçants de sa connaissance. Et les politiques d'aides publiques n'ont encore rien de concret à ses yeux : "On ferme mais on n'a toujours pas reçu un euro dédommagement", déplore-t-il.

Le 5 novembre, le ministre régional de l’Economie Willy Borsu a annoncé au micro de Bel RTL la mise en ligne, le 16, d'une plateforme via laquelle les entrepreneurs des secteurs forcés à l'arrêt pourront réclamer une nouvelle aide.

Le 6 novembre, le gouvernement fédéral a annoncé une série de mesures pour aider les entreprises et travailleurs touchés par le 2e quasi-reconfinement.

Lors du deuxième trimestre 2020, un moratoire sur les faillites avait permis d'éviter une déferlante de faillites. Il avait pris fin le 18 juin dernier. Le gouvernement a décidé de le réinstaurer jusqu'au janvier 2021. L'Union des Classes Moyennes (UCM) a salué cette mesure mais demande des solutions par rapport à la problématique des charges fixes auxquelles continuent de devoir faire face les entreprises.

 




 

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