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Comenius ravit les élèves: "On a jamais fait ça de notre vie"

 

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Moins connu que le programme Erasmus destiné aux étudiants de l'enseignement supérieur européen, Comenius permet des rencontres et échanges entre élèves européens de l'enseignement primaire et secondaire. L'école Henriette Dachsbeck située à Bruxelles-Ville participe pour apprendre à mieux connaître l'autre, s'ouvrir aux autres, faire tomber les préjugés.

"C'est le projet que j'aime bien le plus", dit un élève face à la caméra dans son langage de petit garçon. "Découvrir les autres pays et leurs langues, c'est bien parce qu'on a jamais fait ça de notre vie", raconte Lucie, une autre élève dans une autre vidéo. "On va partager des chouettes moments avec tout le monde, on pourra faire des activités plus chouettes que mathématique-français", se réjouit quant à elle Maryam (voir les vidéos des témoignages des enfants). Tous ces enfants sont en 5e primaire à l'école Henriette Dachsbeck dans le centre-ville de Bruxelles. Depuis la rentrée, ils participent, de même que des dizaines d'autres, à un projet Comenius (voir encadré) sur le thème de la paix. Ce projet, financé par l'Union européenne, rassemble, outre l'établissement bruxellois, quatre écoles situées dans d'autres pays: l'Espagne, l'Italie, la Bulgarie et la Turquie. Au cours des deux années à venir, de petits groupes d'élèves s'y rendront, à la rencontre de leurs congénères. Une première délégation de 6 ou 7 enfants se déplacera en Italie au mois de mai prochain, nous dit la directrice jointe par téléphone. Comment communiqueront-ils ? "Ils vont apprendre de petites notions d'anglais", nous éclaire la responsable. On peut de toute façon faire confiance aux enfants pour utiliser leur langage universel, à travers les jeux. Le but ? Ne dit-on pas que les voyages forment la jeunesse ? Autant démarrer le plus tôt possible avec les citoyens de demain. Des citoyens que l'Europe veut ouverts vers l'extérieur. Une chose pas nécessairement évidente, explique la directrice.

Huit compétences-clés

L'école peuplée de 530 élèves, est implantée en plein cœur de la capitale, une zone à forte mixité sociale. Certaines familles ne sont pas enclines à s'ouvrir à l'extérieur. "Ce n'est pas toujours évident à gérer, elles ne vont pas vers nous si on ne va pas vers eux. Chez certaines familles, on reste ensemble, on ne s'ouvre pas du tout", déplore la directrice. Pour les enfants de ces familles, ainsi que leurs parents, Comenius revêt une grande importance et une belle opportunité. Cela permet d'apprendre à connaître l'autre, de faire tomber les préjugés. Et d'acquérir des qualités d'ouverture qui figurent parmi les huit "compétences-clés pour l'éducation et la formation tout au long de la vie" promues par l'Union européenne. Celles-ci ont été établies par le Parlement et le Conseil européen en 2006. Elles constituent un ensemble de connaissances, d'aptitudes et d'attitudes particulièrement nécessaires à l'épanouissement et au développement personnels des individus, à leur inclusion sociale, à la citoyenneté active et à l'emploi (voir les 8 compétences clés).

Peace

Pour bénéficier des fonds de Comenius, l'école s'est inscrite sur une plateforme internet où elle a pu entrer en contact avec d'autres écoles européennes qui y exposaient des projets intéressants. Un projet commun mis en place, chaque école l'a proposé à son agence européenne nationale. Un jury extérieur s'est prononcé et avec une cote de près de 19/20, Dachsbeck a été choisie pour son projet Peace at home , peace in the World (Paix à la maison, paix dans le monde). La paix, un thème bateau, reprocheront certains. Mais il s'agit d'un choix qui s'appuie sur des phénomènes concrets dans l'école: "On observe des bagarres, des disputes entre les enfants. On entend des insultes, des injures proférées", regrette la directrice qui veut éduquer les enfants à autre chose que la loi du plus fort, une éducation à la paix.

"Beaucoup de violence nait de ce qu'on ne sait pas mettre des mots sur ce qu'on ressent"

Une fois par semaine, il y a "classe de paix" dans le cadre du projet Comenius. Une animatrice spécialisée apprend aux enfants à communiquer sereinement avec les autres, c'est-à-dire à mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. "Ce n'est pas évident pour les enfants de verbaliser. Beaucoup de violence nait de ce qu'on ne sait pas mettre des mots sur ce qu'on ressent", estime la responsable d'école. La "classe de paix" est une des nombreuses activités liées à Comenius qui vont se tenir dans l'école. Une chorale a été constituée, la réalisation d'une fresque va bientôt débuter, les enfants ont imaginé des logos, ils communiqueront via Skype avec les enfants des autres écoles. Les parents sont aussi impliqués. Certains plus que d'autres comme ce papa slameur qui a rassemblé des slameurs originaires des pays des écoles partenaires pour une soirée slam où chacun déclamera, en musique, des textes dans sa langue. Le genre de choses qui stimule les  enseignants et la directrice particulièrement accaparés par la projet. "On mange, on boit, on dort Comenius, c'est du non-stop", nous dit cette dernière. Le jeu en vaut la chandelle.


 




 

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