Comment Guillaume, un étudiant belge qui a développé une super application dans sa chambre, est devenu le patron d'une start-up qui va vous faire chanter?

Comment Guillaume, un étudiant belge qui a développé une super application dans sa chambre, est devenu le patron d'une start-up qui va vous faire chanter?
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L'application belge la plus téléchargée est désormais QuickLyric. Elle propose une option qu'on cherche souvent en vain: afficher automatiquement et simplement les paroles d'une chanson en cours d'écoute sur un smartphone. Celui qui a tout imaginé, c'est Guillaume Hachez. Un gars simple et accessible de 23 ans, loin des clichés du jeune entrepreneur. Voici son histoire.

En Belgique, il y a un genre de 'parcours-type' pour les jeunes entrepreneurs. Ils fréquentent une bonne école bruxelloise, terminent des études de gestion à Solvay avec mention, font le tour du monde en vélo en récoltant de l'argent pour Unicef, reçoivent des sous de papa pour 'lancer leur boîte' (on caricature volontairement).

Souvent, ils veulent avant tout 'lancer leur boîte', avant même d'avoir une idée géniale. Développer une application ou un site web ? Ils paient quelqu'un pour ça avec leur première 'levée de fonds', c'est ce qu'ils ont appris à Solvay.

L'histoire de Guillaume Hachez, 23 ans, ne s'inscrit pas du tout dans cette optique, même s'il a fait ses études secondaires au Lycée Mater Dei (tradition et religion) de Woluwe-Saint-Pierre, commune bruxelloise aisée dont il est originaire. Il vient d'arrêter ses études pour se consacrer au développement de ce qui pourrait être une perle dans un océan d'applications: QuickLyric.

"Un geek dans sa chambre", qui constate...

Après ses secondaires, Guillaume a vite quitté le moule original de l'entrepreneur branché. Autodidacte en informatique, il avoue qu'il "était un geek, enfermé le week-end dans sa chambre".

C'est là qu'en 2015, comme "projet de week-end" à voir comme un simple passe-temps, il a imaginé, conçu et développé QuickLyric, qui affiche les paroles d'une chanson diffusée à partir d'un smartphone. L'application est vraiment bien foutue: une icône apparait dès que de la musique est jouée, et superpose les paroles de la chanson, quelle que soit l'application utilisée (musique locale, streaming, etc).

Comment il a eu l'idée ? Tout est parti d'un constat. "Pour voir les paroles de la chanson qu'on écoute, il n'existait rien de pratique. Il fallait quitter l'application, faire une recherche, et on tombait souvent sur des sites un peu foireux". Impossible de le faire, et il a raison, "sans perdre plusieurs minutes" et détourner son attention du principal: la chanson.

appli
L'application QuickLyric

La start-up "s'est imposée" à lui

Quelques semaines plus tard, il montre QuickLyric à des amis. Guillaume sent qu'il tient quelque chose, que son application a du potentiel. C'est pour ça qu'il dit: "cette start-up, elle s'est imposée à moi, et ça change tout".

Un constat, une idée, une application développée dans sa chambre… On s'éloigne à nouveau du parcours typique du jeune fondateur de start-up.

Après quelques hésitations dues à des droits d'auteur, il publie finalement l'application sur le Google Play Store, le magasin d'application Android, en mars 2015. Le succès est rapide. En deux mois, il constate 100.000 téléchargements, sans faire la moindre publicité (il n'en a de toute façon pas les moyens).

C'est le début d'une histoire qui reste encore à écrire.

"Un business plan, c'est quoi, ça ?"

Guillaume ne s'en cache pas : son truc, c'est l'informatique, avant tout. Alors qu'il sent qu'il doit franchir les étapes pour transformer son application en start-up afin de lui assurer développement et succès, il se retrouve un peu démuni.

"Je ne savais pas ce qu'était un business plan (un document qui rassemble les étapes de développement d'une start-up et tente d'en démontrer la rentabilité finale, NDLR), je n'avais aucune notion entrepreneuriale". Après une petite formation, il commence enfin à comprendre ce qu'est par exemple "un pitch (présenter son projet sur scène, devant des investisseurs)".

Il s'associe également à Ludovic Urbain, au printemps 2016, un jeune entrepreneur déjà actif dans les technologies de l'information et de la communication (IT). "Il a pris en main la gestion du staff, la négociation de levées de fonds, des partenariats pour les droits d'auteurs, etc". Il le reconnait aujourd'hui, "c'est l'un des meilleurs choix" qu'il a fait dans son parcours et "c'est devenu un ami".

QuickLyric est l'application belge la plus téléchargée

Une aide wallonne en 2017, mais ça n'est que le début de l'aventure

On entre seulement dans le concret en 2017. En février, la société QuickLyric est créée avec l'aide de W.IN.G, le fonds d'investissement wallon pour les start-ups numériques.  Un première levée de fonds avec laquelle "on peut démarrer un projet, c'est bien", et ça prouve que les choses ont changé, les start-up numériques ne doivent plus forcément s'installer à San Francisco pour réussir. Les 'bureaux' sont d'ailleurs à Louvain-la-Neuve.

Tout s'accélère et en six mois, le cap des 500.000 téléchargements est atteint. "QuickLyric est l'application belge la plus téléchargée", et en un temps record.

Mais le plus dur reste à faire. Car comme la plupart des applications de services ou des réseaux sociaux, la rentabilité de QuickLyric n'est qu'un horizon. Pendant des années, il faut continuer à lever des fonds (de l'argent frais est sur le point d'arriver, toujours en provenance de Belgique) pour se développer, car il n'y a pratiquement aucune rentrée financière, qu'elle provienne d'une publicité à insérer entre les paroles, d'un prix à payer pour télécharger l'application ou d'une formule d'abonnement.

Le futur de QuickLyric, c'est quoi ? Les deux associés, un développeur et quelques stagiaires travaillent actuellement sur une plateforme web permettant de proposer ou modifier des paroles. La version iOS (iPhone) est également une priorité.

Faire des salons internationaux dédiés aux start-ups fait également partie des tâches de Guillaume dans les mois à venir. Entretemps, notre jeune entrepreneur "continue à bosser sur l'appli Android".

molen

MolenGeek et la fin des études

On ne pouvait conclure l'histoire de notre jeune entrepreneur atypique sans évoquer son attachement à MolenGeek, là où nous l'avons d'ailleurs rencontré, Place de la Minoterie, à Molenbeek.

"C'est un incubateur de start-ups, un espace de co-working gratuit. C'est un super projet, inspirant et humain", dit Guillaume, qui a participé aux évènements de MolenGeek et aime s'y rendre régulièrement, même si ce n'est pas là qu'est né QuickLyric.

"C'est grâce à Julie Foulon (une des cofondatrices de MolenGeek), notamment, que j'ai pu avoir l'attention des médias, et j'y vais encore pour travailler et faire du réseau (rencontrer et discuter avec d'autres entrepreneurs, experts, etc)".

De plus, à MolenGeek, "il n'y a pas de guerre d'ego" comme on peut en voir dans d'autres incubateurs ou espaces de coworking. "Personne ne prend les autres de haut".

Par ailleurs, dernière preuve qu'il n'a décidément pas le profil typique de jeune entrepreneur, Guillaume a décidé récemment d'arrêter son bachelier en sciences informatiques à l'ULB pour se consacrer à temps plein au développement de sa start-up.

"Je ne me retrouve pas du tout dans le programme. Ce n'est pas du tout orienté business, c'est n'est pas du concret. On a des cours de physique, de l'information (théorie de l'informatique, NDLR), etc".

Et le concret, Guillaume est en plein dedans… 

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