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Coronavirus en Belgique: la tristesse d'une infirmière infectée de l'hôpital de Huy, "je vais rater la naissance de mon petit-enfant"

Coronavirus en Belgique: la tristesse d'une infirmière infectée de l'hôpital de Huy,
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Le coronavirus en Belgique oblige le personnel médical à travailler dans des conditions difficiles et à prendre des risques pour sa santé en étant au contact de personnes infectées. Dora, infirmière au service spécial covid-19 du CHR de Huy, a appris mercredi soir qu'elle avait été testée positif au coronavirus. Elle nous a contactés, très émue, via le bouton orange Alertez-nous pour livrer son témoignage.

À 58 ans, Dora est une infirmière expérimentée. Elle compte 30 ans de métier dans différents services. Pour elle, c'est une véritable vocation. "Depuis que je suis toute petite, c'est ce que je veux faire", confie-t-elle, "aider le plus possible les gens durant les périodes les plus difficiles de leur vie."

Jusqu'au 13 mars dernier, Dora travaillait à la clinique de la douleur du CHR de Huy. Après cette date, le service a fermé et elle a été transférée dans l'unité spéciale Covid-19. "On ne m'a pas demandé mon avis. Mais j'ai continué à faire mon travail le plus professionnellement possible. J'avais une petite crainte, sans plus, car nous étions en combinaison intégrale de protection, avec lunettes et masque".

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Mais au soir, le médecin m'a appelé. J'étais positif au coronavirus. Le choc a été terrible

Elle a été testée par sécurité même si elle n'avait pas de fièvre

Début de semaine, elle remarque qu'elle a quelques symptômes du coronavirus. "Mais pas de température", précise-t-elle. " J'ai quand même décidé de le signaler à ma hiérarchie et j'ai directement été testée, ce mardi. Dans ma tête, c'était juste par sécurité car je n'avais pas de fièvre". Mercredi soir, le verdict est tombé pour l'infirmière : "J'étais en congé et j'ai passé la journée très tranquillement. Mais au soir, le médecin m'a appelé. J'étais positif au coronavirus. Le choc a été terrible".

Très émue, Dora poursuit son récit. "Je suis donc en quarantaine, seule chez moi. J'ai un compagnon mais nous ne vivons pas ensemble. Et quand j'ai appris mon affectation au service Covid-19, j'ai voulu le protéger. Nous avons donc arrêté de nous voir physiquement. Je me félicite aujourd'hui de cette décision". La solitude fait terriblement peur à Dora. "Aujourd'hui, c'est le premier jour donc ça va encore. Mais je sais que ça va être très dur rapidement", confie-t-elle, la voix tremblante. "Heureusement, l'hôpital a mis en place une cellule psychologique très à l'écoute. Et mes collègues sont bienveillants". 

Je ne verrai pas mon petit-enfant avant quelques semaines

Le véritable crève-cœur pour Dora, c'est la naissance à venir de son petit-enfant. "Ma fille va accoucher dans les prochains jours. Je sais déjà que je ne pourrais pas voir mon petit-fils ou ma petite-fille à la naissance et sans doute même pendant plusieurs semaines. Ça va être une autre épreuve et c'est déjà terrible psychologiquement. Mais je n'ai pas le choix".

L'infirmière craint également la réaction des habitants de son immeuble. "Il n'y a aucun signe avant-coureur. Mais ce que j'ai vu sur les réseaux sociaux m'inquiète. J'ai vraiment peur d'être stigmatisée et de recevoir des mots malveillants sous ma porte, comme s'est arrivé à quelques collègues. Ça serait un coup de poignard supplémentaire".

Je suis certaine qu'il y a de nombreuses personnes du corps médical infectées sans être au courant

"Il faut tester tout le personnel médical"

Malgré sa détresse, Dora veut faire passer un message à ses collègues. "Je suis certaine qu'il y a de nombreuses personnes du corps médical infectées sans être au courant. Il faut rapidement tester tout le monde. Et surtout, le personnel doit informer la hiérarchie au moindre doute. Car je pense que certains n'osent pas s'ils ont un ou deux petits symptômes. Regardez mon cas: je n'ai pas de fièvre et je suis pourtant porteuse de la maladie!" Elle pense aussi aux personnes hospitalisées. "Elles n'ont aucun contact avec leurs proches. Elles ne voient que les infirmiers et les médecins. Habillés en combinaison en plus. C'est très difficile".

L'infirmière surveille très attentivement l'évolution de sa maladie. Elle sait que les symptômes peuvent évoluer rapidement. "Je crains forcément que ça s'aggrave et que je doive être hospitalisée. Je vais me reposer et rester complètement isolée le temps qu'il faudra. Il n'y a que ça à faire pour l'instant".

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