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Daniel a pris un congé sans solde pour partir 6 mois à l'autre bout du monde: le coronavirus a interrompu son aventure

S'accorder une telle pause était une lourde décision que Daniel a jugée nécessaire à son équilibre. Après un mois et demi en Asie, l'épidémie a contrecarré ses plans. Il nous a néanmoins raconté le début de son expédition, illustrée de superbes clichés pris par ses soins.

Alors que le coronavirus occupe tous les esprits, Daniel nous propose un moment d'évasion. Ce Bruxellois de 31 ans a mis en parenthèses son activité professionnelle pendant six mois dans le but de voyager. Une décision prise lorsque l'épidémie ne faisait que débuter, personne n'imaginant alors qu'elle prendrait ses proportions actuelles. 

Début mars, Daniel nous a contactés via notre bouton orange Alertez-nous pour nous raconter son voyage et nous expliquer ce "besoin de déconnecter". Birmanie, Inde, Maldives... Il a vu du pays jusqu'à ce que le Covid-19 mette à mal son projet. Daniel espère que son témoignage incitera à partir à l'aventure ceux qui, une fois sortis de cette crise, en auront envie, et peut-être besoin.

"La liberté, une fois qu’on y goûte, il est difficile de s’en défaire"

Après ses études, Daniel s'est lancé en tant que graphiste free-lance, puis a travaillé dans un entrepôt où il préparait des commandes de vêtements. Un "job alimentaire", dit-il, qui lui a permis de mettre de l'argent de côté pour partir un an en Australie. Une expérience bénéfique sur le plan professionnel, et qui lui a donné le goût de l'aventure. "J’ai découvert la liberté. Une fois qu’on y goûte, il est difficile de s’en défaire", confie-t-il.

Il ne faut pas attendre le burn-out, subir son quotidien, ni accepter son mal être. Il faut réagir et chercher des solutions

De retour en Belgique, il a finalement décroché un contrat à durée déterminée dans le domaine du graphisme. Depuis deux ans et demi, il est employé dans une entreprise de traduction et communication basée à Zaventem. Petit à petit, une routine s'est installée. Des projets similaires chaque année, qui lui laissaient assez peu de temps pour lui. "Je me suis rendu compte à un moment donné que chaque jour se ressemblait. Je ne prenais plus de plaisir à rien, j’avais l’impression d’être un robot qui effectuait les mêmes tâches jour après jour", confie-t-il.

Daniel n'a pas voulu laisser ce sentiment de lassitude s'installer. "Il ne faut pas attendre le burn out, subir son quotidien, ni accepter son mal être. Il faut réagir et chercher des solutions", conseille-t-il à ceux qui se trouveraient cette situation. Comment déconnecter du boulot ? Pour Daniel, c'était une évidence. Depuis son année en Australie, voyager est devenu sa "priorité dans la vie". Il a pris l'habitude d'économiser pour pouvoir partir. Et il a déjà fait quelques beaux voyages : Islande, Inde, Indonésie... Mais cette fois-ci, l'idée était de partir plusieurs mois. Il l'a senti, ses congés payés annuels ne lui suffiraient pas à se remettre d'aplomb.

La demande d'un congé sans solde, une démarche délicate

Daniel a donc décidé de parler son besoin de "prendre un break" en toute franchise avec son patron. Il lui a demandé un congé sans solde de 6 mois. "Ça n’a pas été facile. J’avais peur de sa réaction, du refus tout simplement", raconte-t-il. En effet, le congé sans solde n’est pas un droit et n’est pas prévu par la loi, nous indique Anne-Cécile Wagner, du service communication du Service Public Fédéral (SPF) Emploi. "Mais je me suis dit qu’il fallait se lancer", confie Daniel.

Sa démarche a été accueillie avec bienveillance. Les adaptations nécessaires ont été faites au sein de l'entreprise pour qu'il puisse s'absenter six mois. Concrètement, deux collègues ont repris ses tâches et un indépendant est engagé à la journée en cas de charge de travail trop importante.

L'aventure et la photographie, principaux moteurs du périple

Daniel a réservé un billet pour Rangoun, la capitale de la Birmanie. Pourquoi la Birmanie ? "Parce que c’est un pays un peu moins touristiques que la plupart des pays d’Asie. Ça m’a intrigué. Je me suis dit que pour une fois, j’allais partir sans trop savoir à quoi m’attendre", explique-t-il.Puisque l'idée était d'improviser, Daniel n'a pas réservé de logements.

En revanche, il a pris soins d'emmener tout le matériel nécessaire pour immortaliser son voyage : un reflex, deux objectifs, une petite caméra pour filmer sous l’eau, un drone et un PC pour les retouches photos. "Ça fait beaucoup de matériel, mais je préfère me priver de quelques vêtements supplémentaires que de ça", raconte-t-il.

En effet, la photographie "fait partie intégrante" du voyage, explique Daniel : "Le planning de la journée et des choses à visiter est organisé en fonction de la lumière". Et de constater : "Ce n’est pas toujours facile pour les personnes qui m’accompagnent, par exemple le réveil aux aurores pour capter les premiers rayons du soleil".

Daniel a prévu un budget de 5000 euros pour la totalité de ce voyage "en mode packback", dit-il. L'idée est de choisir sur place les auberges les moins chères, éviter les restaurants touristiques, sans pour autant se priver. Outre l'argent mis de côté, Daniel peut compter sur le loyer de son appartement bruxellois qu'il sous-loue pendant trois mois.

La Birmanie, une première étape riche de belles surprises

Daniel s'est envolé le 4 février pour la Birmanie, avec un ami. Ils y ont passé un peu moins d'un mois. "Les gens y sont adorables et il y a énormément de choses à voir. Que ce soit Hpa-an, Inle lake, Bagan ou les alentours de Mandalay. J’ai adoré ce pays !", se réjouit-il. Sur Instagram, le jeune homme a documenté le voyage de clichés et de vidéos impressionnants.

La stupa (ou pagode) inachevée de Mingun


Vol en montgolfière au dessus de la plaine de Bagan et de ses milliers de temples

"Certaine choses ont un coût mais ce sont des occasions que ne se représenteront certainement pas, donc je n’hésite pas très longtemps".

La cascade d'Anisakan, dans la ville de Pyin Oo Lwin


Découvertes des villages flottants du lac Inle

Les pêcheurs du lac Inle, "l'un de mes meilleurs souvenirs de Birmanie"


Deux semaines au Rajasthan... et le mythique "Holi festival"
"Nous avons bougé plus rapidement que ce que nous pensions. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que le Holi festival, le festival des couleurs en Inde, était prévu début mars" , raconte-t-il. Et les deux acolytes de s'envoler vers le Rajasthan pour un itinéraire de deux semaines, "en attendant l'événement" . Le 9 et 10 mars a eu lieu l'événement tant attendu : le Holi festival, fête hindoue célébrée chaque année par des millions de personnes en Inde et au Népal, qui se jettent au visage des pigments de couleurs. "C’est quelques chose que je rêve de faire depuis une dizaine d’année" , confie Daniel. Et il n'a pas été déçu : "J’en garderai un souvenir mémorable, c’était au delà de mes attendes ! Toutes ces couleurs, les gens qui vous prennent dans leur bras tous les deux mètres, la musique dans les rues, les danses...''

Le Jal Mahal, un palais situé au milieu du lac Man Sagar à Jaipur

Vinay Vilas Mahal ou Palais de la ville, à Alwar, petite ville typique

Dans les ruelles de Jodhpur, la "ville bleue" du Rajasthan

Le holi Hestival, aussi appelé "Phâlguna", nom du mois de sa célébration

"Ils ne voulaient plus loger d’Européens, pour rassurer leur clientèle indienne"

En Inde, le coronavirus a commencé à poser des problèmes aux deux voyageurs. Plusieurs hôtels ont annulé leurs réservations. L'un leur a même annoncé sur place que leurs chambres n'étaient plus disponibles. "Nous avons compris par la suite qu’ils ne voulaient plus loger d’Européens, pour rassurer leur clientèle indienne. Les gens ont commencé à changer de comportement très vite, la peur est montée d’un coup. Nous étions devenus une menace", raconte Daniel.

Aux Maldives, les difficultés liées au coronavirus se sont amplifiées

Après deux semaines intenses en Inde, Daniel et son ami sont partis pour les Maldives s'offrir un peu de repos. Ce paradis tropical de l'océan Indien n'est pas nécessairement synonyme de séjour de luxe, assure Daniel. "Il est possible de voyager aux Maldives à faible coût. Nous avons par exemple réservé une guesthouse sur une île de locaux plutôt que de loger dans les resorts, impayables, sur les îles privées", explique-t-il.

Mais là encore, le coronavirus s'est invité à leur agenda. Rentrés dans le pays juste avant la fermeture de ses frontières, les autorités annonçaient le lendemain que les touristes devaient rester sur l’île sur laquelle ils logeaient et qu’aucune activité n’était autorisée. "On recevait des infos de tous les côtés. Finalement, on a quand même pu faire quelques activités, du moment qu’on n'entrait pas en contact avec des locaux", raconte Daniel.

Un retour en Belgique prématuré, l'espoir d'un prochain départ Mais la situation devenait de plus en plus stressante pour les deux voyageurs. "On a perdu plusieurs jours aux Maldives à devoir passer des coups de fils aux ambassades, au ministère des affaires étrangères, de la santé ou du tourisme pour comprendre la situation" , raconte Daniel. Dans un contexte trouble où de plus en plus de pays fermaient leurs frontières, la suite du voyage semblait de plus en plus comprise. Après s'être arrangés avec les autorités pour pouvoir quitter leur île, les deux voyageurs se sont rendus à l'aéroport. Leur vol pour le Vietnam annulé, les deux amis se sont concertés pour envisager la suite. Mais c'est l'option d'un retour prématuré qui semblait la meilleure : "À quoi bon voyager si c’est pour être confiné dans une chambre d’hôtel et ne pas pouvoir visiter le pays ?" , explique Daniel. En Belgique depuis le 22 mars, il a l'intention de repartir dès que possible : "J’ai décidé de faire ce confinement avec mes proches et d’attendre que la situation revienne à la normale pour profiter pleinement de mon voyage" .

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