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Jennifer, 32 ans, une habitante de Liège, veut retrouver le passé de son père orphelin: "Il n'a jamais vu le visage de sa mère"

Jennifer, 32 ans, une habitante de Liège, veut retrouver le passé de son père orphelin:

"On a tous besoin d'avoir une trace de son histoire", nous a dit Jennifer Douillet, 32 ans, mère de quatre enfants habitant Liège près de l'hôpital de la Citadelle, quand nous lui avons demandé pourquoi elle avait entrepris sa quête pour son papa. Ce dernier, Jean-Paul Douillet, âgé de 68 ans, vit dans une résidence pour personnes âgées depuis qu'une thrombose a paralysé la moitié de son corps il y a huit ans. L'homme est orphelin et du commencement de son histoire, il ne sait presque rien. Au début, il gardait ça pour lui, mais quand, petits, ses enfants (deux garçons et deux filles dont Jennifer) lui ont demandé pourquoi ils n'avaient qu'une seule grand-mère, il a fini par leur confier la vérité: "Je ne sais pas à quoi ressemble ma mère." Aujourd'hui, alors qu'il est devenu vieux, Jennifer a pour souhait le plus cher de lui "offrir un peu de cette vie qui lui appartient et qu'il n'a pas connue, et peut être même lui permettre de voir le visage de sa mère avant de quitter ce monde".


"Je n'ai pas eu de famille, j'ai construit la mienne comme je pouvais"

Jean-Paul Douillet a passé toute son enfance en orphelinat mais il ne sait plus exactement où. Tout juste cet homme, qui éprouve des difficultés à s'exprimer depuis sa thrombose, sait-il que dans l'établissement où il a séjourné le plus longtemps, soit une dizaine d'années, on y parlait le néerlandais. Il se souvient qu'on y était très strict, que la discipline était "militaire" et qu'il y a été élevé à la dure, nous rapporte Jennifer. C'est à l'orphelinat qu'il apprend l'existence de deux frères ainsi que, plus tard, la mort prématurée de l'un d'eux, Jean-Marie, devenu para-commando.

Jean-Paul quitte l'orphelinat à 19 ans pour le service militaire et s'installe à Liège. Il rencontre sa femme, Pauline, avec qui il est toujours marié depuis 38 ans et qui lui a donné quatre enfants. "Je n'ai pas eu de famille, j'ai construit la mienne comme je pouvais", a dit un jour à sa fille, celui qui a fait vivre sa famille en exerçant toutes sortes de petits boulots, dont un des plus longs est un poste de gardien de nuit au Golf Cluf de Fernalmont à Liège, nous raconte Jennifer.


Le grand frère retrouvé: "Il vivait seul dans un minuscule appartement"

De ses origines, Jean-Paul Douillet ne dispose que de quelques maigres bribes. Il les doit à sa fille bien sûr mais aussi à Jean-Claude, son grand-frère retrouvé après des recherches. Jennifer se rappelle encore le jour où il le lui appris par téléphone. Elle était enceinte de six mois. Elle l'a immédiatement rejoint et c'est ensemble qu'ils ont pénétré dans l'appartement du "tonton" à Bruxelles. "Il vivait seul dans un minuscule appartement, on aurait dit une cellule de prison", décrit sa nièce marquée par cette solitude: "Quand je l'ai vu seul au monde dans ce minuscule appartement, j'ai pensé que la rencontre de mon père avec ma mère avait été sa chance", se souvient-elle. Son père est touché aussi. Il décide d'accueillir son frère chez lui, pour le restant de ses jours, pour rattraper d'une certaine manière le temps perdu. L'aîné de la fratrie mourra quelques années plus tard, mais plus seul, entouré de son frère et de ses nièces et neveux.

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Le père décide de placer ses enfants en orphelinat

Le "tonton" aura appris à Jennifer et son père les circonstances de l'entrée à l'orphelinat des trois frères. Si Jean-Paul n'avait qu'un an et ne souvient donc de rien, lui était plus âgé et gardait donc des souvenirs. Leur mère décédée, Arthur le père s'est remis en ménage avec une autre femme qui avait déjà des enfants et qu'elle va privilégier. La belle-mère n'appréciait en effet guère ces trois garçons qui n'étaient pas d'elle. "Quand on arrivait dans la maison, on distinguait aisément les Douillet, toujours mal habillés, des enfants de la dame", a raconté le "tonton". Le père, au caractère moins fort que celui de sa nouvelle conjointe, finit par décider de sacrifier ses propres enfants et de les placer en orphelinat. C'est alors que le petit Jean-Paul, un an à peine, est séparé de son père, mais aussi de ses deux frères, perdant d'un seul et même coup toute mémoire vivante de ses origines.

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"Nous avons pleuré ensemble"

Jean-Paul ne reverra plus jamais son père. C'est Jennifer sa fille qui lui apprendra sa mort en 2012. Apprenant le nom exact de son grand-père grâce au certificat de mariage de son père sur lequel il figure, Jennifer obtient l'acte de décès à la commune de Charleroi. L'homme est décédé 37 ans plus tôt, le 26 mars 1975. "Quand je lui ai ramené l'acte de décès de son père, il a pleuré, nous avons pleuré ensemble", témoigne sa fille. C'est à ce moment-là qu'elle nous dira "On a tous besoin d'avoir une trace de son histoire".

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L'acte de naissance

Mais où commence précisément l'histoire? Où est né le père de Jennifer? Elle a longtemps cru que c'était dans la région de Charleroi et s'est donc adressée à la commune pour découvrir un acte de naissance. Mais il y a peu de temps la commune lui a appris que son père était né à Hantes-Wihéries, un bourg localisé à moins de 30 kilomètres de Charleroi mais désormais intégré à une autre commune, celle d'Erquelinnes.

Jennifer a donc introduit une demande et reçu le précieux document: l'acte de naissance de son père. Il y est écrit qu'"Arthur Ghislain Douillet, piocheur, âgé de 37 ans, né à Yves-Gomezée le 18 mars 1912 et résidant à Hantes-Wihéries rue du Moulin, n°8, nous a présenté un enfant de sexe masculin qu'il nous a déclaré être né en sa demeure le 19 de ce mois à 19 heures, de lui déclarant et de son épouse Marie Valérie Hainaut, sans profession, née à Labuissière le 30 octobre 1921 et auquel enfant il a déclaré vouloir donner les prénoms de: JEAN-PAUL GHISLAIN."

Désormais, grâce à Jennifer, Jean-Paul sait d'où sont issus ses parents (Yves-Gomezée et Labuissière, deux localités des environs), leurs dates de naissance exactes et même leurs professions. De son père, il sait quelques petites choses racontées plus tôt dans cet article et dispose même d'une photo.

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La maman? Le "noir total"

Mais sur sa mère, toujours rien. "C'est le noir total", dit Jennifer à propos de sa grand-mère. Elle a multiplié les messages sur Facebook avec les innombrables personnes portant le nom Hainaut comme sa grand-mère. Tant et tant que Facebook a cru qu'elle était une source de spams et l'a bloquée un temps. Tout en poursuivant sa quête, maintenant Jennifer tente sa chance via le bouton orange Alertez-nous avec un immense espoir, celui qu'une personne voit cet article sur internet ou les réseaux sociaux et ait la moindre petite information à fournir au sujet de MARIE VALÉRIE HAINAUT, la grand-mère de Jennifer, pour qu'enfin, Jean- Paul, l'orphelin, voit le visage de sa mère.

Vous pouvez entrer en contact avec Jennifer via la page Facebook qu'elle a créée: Souvenir d'une vie.

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