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Jessica, une Belge bloquée en Chine, raconte son quotidien: "C'est l'enfer, c'est atroce, j'en peux plus"

Jessica vit avec son compagnon à Tianjin, une cité immense de 15 millions d'habitants, à 100 km à l'est de Pékin. Cette Malmédienne y enseigne l'anglais dans une école depuis six ans. Le couple pensait mettre un terme à son aventure chinoise au mois d'avril. Mais depuis la propagation du Coronavirus, et une atmosphère qui vire à la psychose dans l'Empire du Milieu, ils envisagent de rentrer plus tôt en Belgique. La quarantaine à laquelle ils sont soumis leur devient insupportable. La jeune femme nous a raconté via Skype sa vie au ralenti, faite d'incertitudes et d'attentes.

"Une ville fantôme"

Pour endiguer la propagation de l'épidémie du Covid-19, aussi appelée coronavirus, qui a fait son apparition en décembre dans un marché de la ville de Wuhan, les autorités chinoises ont multiplié les mesures de quarantaine, empêchant des millions de personnes d'exercer leur profession "Ça fait un mois qu’on n'a pas pu travailler. On ne peut sortir de chez nous", témoigne Jessica.

À Tianjin, 41 personnes ont été atteintes par le coronavirus, 91 ont été guéries et 3 en sont décédées, indique le rapport en temps réel proposé par Baidu (le "google chinois").

Résultat, Tianjin s'est transformé en "ville fantôme", dit Jessica. Les cafés, les salles de sport, les cinémas et les centres commerciaux sont fermés. Seuls quelques petits magasins et vendeurs de légumes restent ouverts, indique-t-elle.

"Les quelques fois où on est allés se balader, il n’y avait personne. Aucune voiture, ce qui est assez bizarre pour la Chine. Aucun passant, rien. On n'a jamais vu une ville chinoise comme ça", s'étonne-t-elle. Les rares déplacements que Jessica effectue feraient l'objet de contrôles dignes de films de science-fiction.

"J’ai l’impression qu’ils nous traquent un peu"

"Quand on sort de chez nous, on doit avoir des petites cartes roses et notre passeport avec nous", raconte Jessica. "Et n’oublions pas le maudit masque qu’on est obligé de porter dès qu’on franchit le pas de la porte, sous peine d’amende ou pire", ajoute-elle. Depuis la semaine dernière, une nouvelle mesure leur impose de s'enregistrer via un code-barres, dans une application, à chaque fois qu'ils rentrent dans un magasin.

"J’ai l’impression qu’ils nous traquent un peu, savent où on va, dans quel magasin on va", confie-t-elle. "Si demain, j’étais infectée, ils pourraient retracer mes pas et savoir où j’ai été, avec qui j’ai été et probablement contacter ces personnes-là et leur dire d’aller à l’hôpital", estime-t-elle. "J’ai l’impression qu’ils savent tout ce qu’on fait, tout le temps".

La Chine dispose en effet d'un système de surveillance extrêmement développé, avec un réseau de plus de 400 millions de caméras, selon IHS Markit, une entreprise d’analyse de marché.

Ils vivent confinés dans leur appartement, une situation étouffante

Désœuvrés, enfermés dans leur petit appartement, Jessica et son compagnon se sentent de plus en plus prisonnier de cette situation. "On se sent déphasés. C'est l'enfer, c'est atroce, j'en peux plus !", confie-t-elle. Et de préciser : "On n'a pas le droit d'avoir des invités chez nous et de voir des amis". Une limitation des rapports sociaux devenue intenable. "Je pense que tout le monde pète un peu les plombs", ajoute-t-elle. 

Incertitudes sur la date de leur retour en Belgique

Alors qu'ils avaient prévu leur départ pour le mois d'avril, Jessica et son compagnon espèrent désormais pouvoir écourter leur quarantaine qui semble ne plus finir. "On ne va pas rester encore un mois en quarantaine à ne rien faire, ça n'a aucun sens", lâche la jeune femme. Tous les détails pratiques de leur retour anticipé restent pourtant à éclaircir. Ils aimeraient notamment régler la question de leur éventuels salaires pour tous les jours non prestés. "On est tenu au courant de rien du tout. Il n’y a aucune nouvelle", regrette Jessica.

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