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Justine tombe nez à nez avec un écureuil coréen dans un parc bruxellois: "Est-ce normal de voir cette espèce chez nous?"

Justine tombe nez à nez avec un écureuil coréen dans un parc bruxellois: "Est-ce normal de voir cette espèce chez nous?"
 
 

Le 30 octobre dernier, Justine se baladait avec des amis dans le parc du Rouge Cloître à Auderghem quand elle a aperçu un "petit écureuil" sur un tas de branches. Sa présence l'a beaucoup étonnée.  

"Il n’avait pas peur de nous. On a effectué quelques recherches et apparemment c’est un animal qui serait interdit en Belgique. On a trouvé ça bizarre", raconte la Bruxelloise. 

Ce rongeur est un écureuil de Corée. Justine n'en avait jamais vu auparavant. "Ce qu’on trouvait spécial, c’est qu’il ne bougeait pas. Il ne s’enfuyait pas. C’est comme si c’était un animal domestique. On est resté 5 minutes à prendre des photos à 3-4 mètres de lui. Il ne bougeait pas et faisait sa vie tout simplement", détaille-t-elle. "Dans ce parc, il y a beaucoup d’animaux car il y a une forêt à côté. Si vous êtes attentifs, vous pouvez voir un petit peu de tout, notamment d’autres écureuils qui n’ont pas de rayures pour le coup, des écureuils roux, des écureuils noirs, qu’on trouve plus souvent en Belgique. Je n’avais jamais vu d'écureuil coréen en Belgique et c’est ça qui a attiré l’œil de mes amis. Il était très beau."

"Est-ce normal de voir cette espèce en Belgique ?", se demande toutefois Justine. Pour répondre à cette question, nous avons fait appel à l'experte Vinciane Schockert, biologiste au SPW Environnement.

Une espèce qui théoriquement ne devrait pas être chez nous

L’écureuil de Corée, qu’on appelle aussi le Tamia de Sibérie, est une espèce qu’on ne peut plus détenir en Belgique en cage. "Il y a quelques dizaines d’années, des gens en avaient chez eux. Avec le changement de règles, on a eu un lâcher d’individus en forêt de Soignes qui date de plusieurs décennies et qui a fait en sorte que des populations s’établissent en Forêt de Soignes. Ils sont présents, mais il s'agit d'une espèce exotique qui théoriquement ne devrait pas être chez nous."

Il n'est donc pas étonnant que Justine ait pu voir ce type d'écureuil. "Mais on ne l’observe pas à chaque fois qu’on passe. Il faut passer dans les bonnes heures de déplacement de l’animal. Contrairement à l’écureuil roux, ce n’est pas un écureuil arboricole. C’est un écureuil terrestre. Il peut monter dans la végétation, mais il fait des terriers en sous-sol. Il n’est pas toujours observé, mais on peut se rendre compte de sa présence car on voit des terriers d’une assez bonne taille qui indiquent le fait qu’ils soient présents à un endroit donné", précise Vinciane Schockert. Ces animaux vivent plutôt en colonie. Des zones avec des terriers relativement proches les uns des autres peuvent donc être observées. 

Cet écureuil s'est également établi dans d'autres régions en Belgique. En Flandre, on peut le contempler du côté de La Panne (Flandre-Occidentale) et du côté de Westerlo (province d'Anvers). "Ailleurs, on a déjà mentionné des individus isolés qui s’étaient probablement échappés de la captivité, mais qui n’ont jamais pu former des populations à l’état sauvage. Pour la Forêt de Soignes, c’est donc une spécificité", indique Vinciane Schockert.

Est-ce un problème pour l'écureuil de Corée de vivre en Belgique ?

"Non, car il vient de latitudes similaires en Asie. Il est présent en Chine, en Mongolie, en Russie. Il est assez résistant au climat froid", répond l'experte. "Mais avec les périodes très pluvieuses, comme il a des terriers, s’ils sont ennoyés par les intempéries, ces populations peuvent diminuer très fortement dans les mois qui suivent", ajoute la biologiste.

Et de poursuivre: "Il est limité par les intempéries, mais aussi par la nourriture. Il y a beaucoup de gens qui nourrissent les écureuils. C’est toujours un plaisir de les voir, mais théoriquement, on ne devrait pas nourrir une espèce exotique. C’est la théorie, mais dans la pratique des personnes nourrissent les écureuils car on les trouve sympathiques."

Les populations du Tamia de Sibérie sont par ailleurs "bien moins fortes qu’il y a une vingtaine d’années". Il y a eu jusqu’à 7.500 individus recensés en Forêt de Soignes et aujourd’hui, ce chiffre est bien "plus faible." 

Sa présence en Belgique, un problème pour les autres espèces ?

D’après les études réalisées par des experts du nord du pays, la présence de l'écureuil de Corée n'a pas d’impact majeur sur l’écureuil roux, la seule espèce indigène présente en Belgique. "L'écureuil roux, qui peut être plutôt noirâtre ou carrément albinos, est plus gros que l’écureuil de Corée dont la présence est donc tolérée en forêt de Soignes."

Un écureuil roux


©PIXABAY 

Pourquoi est-il interdit de détenir l'écureuil de Corée chez soi?

Les experts belges se sont penchés depuis quelques années sur les espèces exotiques envahissantes. Ils ont ainsi notamment évalué les risques liés à la présence de l’écureuil de Corée. "Ils sont limités en Belgique, mais il y a quand même des effets constatés, ailleurs que chez nous, sur l’écureuil roux quand on a des populations abondantes de Tamia de Sibérie. Pour éviter qu’il y ait tout impact non souhaité sur nos populations indigènes, les écureuils roux, l'écureuil de Corée a été retiré de ce qu’on appelle la liste positive (découvrez la liste des animaux qui peuvent être détenus par des particuliers)."

Vinciane Schockert prévient par ailleurs que si la présence de l'écureuil de Corée ne constitue pas un problème pour l'écureuil, il ne faudrait pas que l'écureuil gris (originaire d’Amérique du Nord) débarque chez nous. "On pourrait avoir de très sérieux problèmes comme on en a actuellement en Angleterre. L’écureuil gris peut transmettre des maladies à l’écureuil roux et entraîner sa disparition pratiquement partout où lui s’installe", conclut-elle. 


 

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