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Krystal, indépendante, photographie nouveaux-nés ou mariés: son activité est quasi nulle, elle espère une aide comme lors du 1er confinement

Krystal, indépendante, photographie nouveaux-nés ou mariés: son activité est quasi nulle, elle espère une aide comme lors du 1er confinement
 
 

Les mesures prises par le gouvernement pour endiguer l'épidémie de coronavirus empêchent Krystal de travailler. Récemment passée d'indépendante à titre complémentaire à indépendante à titre principal, elle ne bénéficie actuellement d'aucune aide. De nombreux photographes indépendants peinent également à faire valoir leurs droits auprès des caisses d'assurances sociales.

Malgré toutes ses démarches administratives, Krystal n'a touché aucune aide depuis 6 mois, nous dit-elle. L'Auvelaisienne, mère d'une petite fille de 7 ans, nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous pour attirer notre attention sur le sort des photographes indépendants en cette période de crise. Cette activité recouvrant des réalités diverses, elle laisse place à un certain flou sur l'interprétation des règles érigées par le gouvernement, regrette Krystal. "Personne ne sait nous éclairer mes confrères et moi-même. Nous sommes à bout", déplore-t-elle.

Une activité complémentaire qui s'est développée petit à petit

Après des études de photos, Krystal raconte s'être lancée "tout doucement" dans cette activité, en "travaillant sur le côté". Ce qui l'a amenée à devenir indépendante à titre complémentaire. "Et puis ça a tellement pris d'ampleur que, finalement, c'est devenu mon métier", raconte-t-elle. Krystal s'est spécialisée dans la photographie de grossesse et de nouveau-nés en suivant des formations adaptées. Elle a également multiplié les prestations dans le domaine de la photographie de mariage et de la photographie scolaire.

Des aides reçues lors du premier confinement

Jusqu'au mois de juin de cette année, Krystal était employée dans une société en tant que photographe scolaire. Un travail à trois quart temps. En parallèle, son activité complémentaire fonctionnait "extrêmement bien", dit-elle. Puis, pendant le premier confinement, de mars à juin, "ça a été l'arrêt total". Lors de cette période, son statut de salariée lui a permis de toucher l'allocation de chômage temporaire mise en place par le gouvernement, soit 70% de son salaire. Elle a aussi touché la prime de 5000 euros accordée par la Région wallonne aux indépendants et aux entreprises contraints de stopper leur activité en raison des règles de confinement en vigueur.

Des débuts prometteurs en tant qu'indépendante à titre principal, mais entravés par le deuxième confinement

À la fin du mois de juin, Krystal a décidé de quitter cette société pour "voler de ses propres ailes", raconte-t-elle. Des tensions au sein de son entreprise, et son activité à titre complémentaire habituellement florissante l'ont motivée à se lancer en tant qu'indépendante à titre principal. Ce qu'elle a fait au mois de septembre.

"Tout le moment où, malgré le corona, on a pu être ouvert, ça fonctionnait bien", raconte Krystal. En octobre, son home studio a même été "pris d'assaut" pour des séances de photos de nouveau-nés. Mais le vendredi 30 octobre, le comité de concertation a adopté des mesures qui ont fait entrer la Belgique dans un second confinement à partir du 2 novembre. Un coup d'arrêt pour Krystal.

Krystal n'a touché aucune aide depuis novembre

Krystal a contacté sa caisse d'assurance social, Securex, pour obtenir le double droit passerelle. Des démarches fastidieuses qui n'ont abouti à rien de concret pour le moment. De nombreux photographes indépendants déclarent rencontrer les mêmes difficultés. Ils sont presque 300 à échanger sur le groupe Facebook Photographes BELGIQUE - soutien COVID19.

L'un qui a touché le double droit passerelle immédiatement et l'autre qui a reçu un refus catégorique

Stephanie Lemmens, la photographe qui a créé ce groupe, dénonce la cacophonie offerte par les interlocuteurs des caisses d'assurances sociales. "Tout dépend du bon vouloir de l'interlocuteur de la caisse sociale", affirme-t-elle. "On a parfois des cas de deux photographes 'nouveaux-nés', auprès de la même caisse sociale, dont un qui a touché le double droit passerelle immédiatement et l'autre qui a reçu un refus catégorique", rapporte-t-elle. 

De même pour les photographes de mariage. Si certains ont touché le double droit passerelle "sans discussion", d'autres se voient refuser le simple sous prétexte que les mariages civils sont autorisés. "Mais pour un mariage civil avec dix personnes qui portent un masque, personne ne va payer un budget de 2.500 euros pour un photographe", note Stéphanie Lemmens, qui souligne que les photographes de mariage sont à "100% dépendant du secteur événementiel". "Cette année, j'avais 24 mariages de prévu, j'en ai eu 3 qui ont pu s'effectuer avec dix personnes", indique à cet égard Krystal.

Interruption totale = double droit passerelle, interruption partielle = simple droit passerelle

Début novembre, Stéphanie Lemmens a contacté le ministre des PME, des Classes moyennes et des Indépendants David Clarinval (MR) pour l'informer de la situation dommageable des photographes, jugés non essentiels, mais qui ne touchent aucune aide. Après avoir confirmé que les photographes devaient cesser leur activité et étaient donc éligibles au droit passerelle, le ministre lui a indiqué que l'évaluation des situations personnelles relevait des caisses d'assurances sociales. Or c'est bien là le cœur du problème. Stéphanie Lemmens réclame une clarification par les autorités de la situation des photographes auprès des caisses d'assurances sociales.

Contactée par nos soins, Marie Stasse, la porte-parole du cabinet de David Clarinval affirme pour sa part que les caisses d'assurances ont été dûment informées au mois d'octobre, lorsque le double droit passerelle a été décidé, de la règle suivante : "Les photographes ont le droit au double droit passerelle s'ils dépendent entièrement d'un secteur qui a dû fermer, par exemple, un photographe qui ne fait que de l'événementiel. Par contre, un photographe qui dépend partiellement d'un secteur qui doit fermer ou qui a dû interrompre une partie de ses activités à cause des mesures, ce photographe-là a le droit au simple droit passerelle". Et la porte-parole de résumer : "interruption totale = double droit passerelle, interruption partielle = simple droit passerelle".

Les photographes peuvent reprendre depuis début décembre

Le 27 novembre, le comité de concertation a annoncé de nouvelles mesures, dont la réouverture des commerces non essentiels. Rien n'a été précisé au sujet des photographes. Puis, le 2 décembre, David Clarinval a annoncé que les photographes pouvaient reprendre leur activité.

"Je suis tombée des nues", confie Stéphanie Lemmens. "Il n'y a aucun protocole de reprise qui explique ce qu'on peut et ce qu'on ne peut pas faire", déplore-t-elle. Stéphanie Lemmens raconte avoir été invitée par le ministre David Clarinval à proposer elle-même un protocole de reprise d'activité. Ce que la photographe s'est employée à faire sans qu'aucune suite n'ait été donnée à son travail, déplore-t-elle.

La photographie de portraits (maternité, nouveau-né, bébé, famille...) est un métier de contact, insistent Stephanie Lemmens et Krystal

De son côté, la porte-parole de David Clarinval explique que ce qui a changé au mois de décembre et qui concerne les photographes, c'est que les services aux particuliers ont pu reprendre. "Les photographes qui dépendent d'une activité qui ne peut pas reprendre, comme l'événementiel, restent à l'arrêt", ajoute la porte-parole. En revanche, la photographie de nouveau-nés, par exemple, est désormais autorisée. Ces activités doivent néanmoins toujours se faire dans le respect des gestes barrières, précise la porte-parole.

Irréaliste, expliquent Stephanie Lemmens et Krystal. Bien que non reconnue comme tel, la photographie est un métier de contact, insistent-elles. "Il est impossible durant une séance de garder 1,5 m de distance avec les nouveau-nés. On a un nouveau-né pendant 3, 4 heures dans les bras", raconte Stéphanie Lemmens. Quel que soit le modèle, réaliser des portraits en gardant ses distances est impraticable. D'abord, le modèle ne porte pas de masque pour être pris en photo. Puis, "il y a souvent une mise en beauté, ou alors le photographe s'approche pour remettre une mèche ou le col en place", raconte Stéphanie Lemmens. "Personnellement, je n'ai plus de clients depuis le 15 octobre. La situation est bien trop dangereuse pour l'instant", témoigne cette photographe spécialisée dans le domaine de la maternité, de la famille et des nouveau-nés.

Krystal ne peut pas non plus aller dans les établissements scolaires 

La jeune femme nous a raconté ses difficultés à clarifier la situation concernant cet autre pan de son activité. A-t-elle le droit d'aller dans les établissements scolaire pour faire des photos ? Une circulaire de la Fédération Wallonie Bruxelles indique que la présence de tiers dans l’école doit être limitée à ceux qui sont nécessaires au fonctionnement de l'école et à la réalisation de son "projet pédagogique". Listés dans les intervenants compris dans les "tiers", on trouve "les opérateurs et artistes dans le cadre de collaborations avec les écoles". En Fédération Wallonie-Bruxelles, le cabinet de la ministre de l'Enseignement, Caroline Désir, nous précise que les photographes ne font pas partie des tiers essentiels qui peuvent venir dans l'école. Une interdiction qui constitue une "énorme perte de revenus", confie Krystal. 

Une prime inaccessible à deux mois près

Toujours dans l'attente de sa demande de double droit passerelle auprès de Securex, Krystal s'est enquis de la possibilité de toucher la prime 4, décidée par le Gouvernement de Wallonie pour compenser la perte de revenus des PME ou indépendants à titre principal qui subissent pleinement l’impact des mesures sanitaires. Parmi les conditions de l'octroi de cette prime, celle d'avoir exercé son activité d'indépendant en Wallonie avant le 1er juillet 2020. Or Krystal s'est lancée en septembre. "À deux mois près, je suis pénalisée, sans aucune source de revenu et sans aucune aide et à l'arrêt forcé d'une activité qui fonctionnait très, très bien", résume-t-elle. 




 

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