Schaerbeek abat 134 platanes aujourd'hui, des riverains choqués: "Il n’y pas de raison de les remplacer"

Schaerbeek abat 134 platanes aujourd'hui, des riverains choqués:
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L'opération doit avoir lieu aujourd'hui et demain. Elle constitue une étape dans le réaménagement des voiries. Des tilleuls seront replantés, en moins grand nombre. Des riverains regrettent cette coupe massive et mettent en avant les nombreux avantages des platanes.

L’avenue Demolder à Schaerbeek est une avenue calme, résidentielle, bordées d’arbres. Mais jeudi dernier, les riverains ont reçu une communication les avisant de l’abattage des 134 platanes dans leur rue. "Nous sommes choqués, ils ne sont même pas malades!", se confie  Chantal via le bouton orange Alertez-nous.

Cet abattage de grande envergure s’inscrit dans un programme de réaménagement des trottoirs et de la chaussée. "L’objectif est de remplacer ces 134 platanes par 89 tilleuls, explique Vincent Vanhalewyn premier échevin de Schaerbeek en charge de l’aménagement du territoire." Au-delà-de la désolation de voir disparaître des arbres présents sur l’avenue Demolder depuis bien avant leur arrivée, les riverains soulèvent plusieurs problèmes.


On passe de 134 à 89 arbres

Pourquoi moins d’arbres alors qu’on est en pleine urgence climatique ? "Ces arbres sont le poumon de notre avenue, avance Chantal, si on les coupe, pourquoi en mettre moins ?" 

Une réunion d'information sur cet abattage a eu lieu en juin 2017. "L’argument avancé par le bourgmestre Bernard Clerfayt était d’ordre économique. Apparemment ça coûte trop cher d’élaguer les platanes une fois par an. Les tilleuls ne doivent pas être aussi souvent taillés", affirme Michel, un autre riverain, présent à ce rassemblement il y a deux ans.

Quand nous lui rapportons le souvenir de Michel, l’échevin Vincent le rejette de manière catégorique. "C’est n’est pas une raison économique ! L’argument de l’élagage annuel a été avancé parce que les platanes n’ont pas une taille appropriée à l’avenue Demolder."

Par ailleurs, le nombre inférieur d'arbres replantés sera complètement compensé par le feuillage plus grand de la nouvelle espèce: "En plantant des tilleuls avec un feuillage plus important, on augmente la capacité végétale de l’avenue, même en plantant moins", objecte l'échevin.


Problèmes d’éclairage et d’allergies

"Il y a quelque temps, la commune a mis de l’éclairage LED dans la rue. Du coup, la lumière est nettement moins forte et j’ai presque besoin d’une lampe de poche pour trouver ma serrure. Donc imaginez avec des arbres dont le feuillage est bien plus important. Il fera encore plus sombre", riposte Michel. Mais le paramètre a bien été pris en compte par l’échevin et son équipe, réplique ce dernier: "L’espacement entre les arbres sera plus important, c’est aussi pour cette raison qu’on en plante moins."

Le riverain poursuit avec un autre argument, celui des allergies. "Les tilleuls sont des arbres qui déclenchent plus de réactions allergiques chez les gens. C’est une des grandes inquiétudes des riverains." Pas encore de réponse à cet argument mais l’échevin s’est engagé auprès de Michel et des autres à leur apporter une réponse au plus vite. Le rapport des spécialistes doit lui être fourni dans les semaines à venir.


L’esthétique contre la robustesse

Dans la lettre de l’échevin adressée aux habitants, la menace d’un parasite appelé "le tigre du platane" est invoquée. "Nous lui avons expliqué qu’il existe des traitements pour prévenir contre ce genre d’insectes puisque nos platanes ne sont pas encore touchés, mais il semble que ce soit plus une question d’esthétique au final", estime Michel. Un autre riverain en rajoute: "Les platanes élagués font 'désordre' en hiver, ils ne font pas honneur à une avenue telle que l’avenue Demolder selon la commune."

Ces platanes sont d’ailleurs très robustes. Ils sont là depuis les années 50 pour les plus anciens. "Ils résistent très bien à la pollution. Beaucoup plus que des tilleuls âgés de trois ans à peine, poursuit Michel. Rien que l’été dernier les platanes ont très bien survécu à la sécheresse. Il n’y pas de raison de les remplacer."

Aux avantages du platane, Vincent Vanhalewyn présente une nécessité de biodiversité: "Dans les années 50, on a planté des platanes partout à Bruxelles parce que c’était des arbres robustes. Quand on refait une voirie aujourd'hui, on réfléchit à la biodiversité pour ne pas avoir les mêmes espèces d’arbre partout. On augmente notre patrimoine arboré."

Michel, Chantal et les autres riverains se sont résignés. "Le délai est trop court pour coordonner une action. On a eu à peine une semaine. A part s’enchainer aux arbres… je ne vois pas de solution, se désole Michel. Mais même comme ça, je suppose que leurs cisailles sont déjà prêtes."

Du côté de la commune, l’échevin de l’aménagement du territoire comprend l’émoi des habitants de l’avenue Demolder. "Les concertations se sont faites il y a longtemps, certains n’habitaient même pas encore là. Après il a fallu du temps pour obtenir le permis d’urbanisme, les marchés publics, etc." Du côté riverain, Michel avoue ne pas avoir vu les avis de concertation. "Les réunions ont eu lieu pendant les fêtes de noël 2017-2018, peu d’entre nous étaient présents."

"Je partage le sentiment des riverains. Le souci de la commune est d’augmenter la végétation en ville et d’améliorer la biodiversité. Ça passe par des travaux. On n’abat pas les arbres parce que les arbres nous embêtent, sinon on en planterait d’autres derrière."

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