Le pire a été évité aux Lacs de l'Eau d'Heure: "Si je n'avais pas eu une bouée à la con, le gamin serait mort"

Même s'il se baignait avec quelques copains dans une zone interdite à la baignade, Kévin estime qu'il y a un cruel manque de sécurité le long des kilomètres de berge de ce grand point d'eau lié à un barrage important. Jeudi soir, il a réalisé que "en 10 secondes, je perdais un ami".

Kévin est un habitué des Lacs de l'Eau d'Heure, une grande zone d'activités nautiques et touristiques située dans la botte du Hainaut, à une vingtaine de kilomètres au sud de Charleroi.

Cet habitant de Gerpinnes âgé de 30 ans connait bien cette grande étendue d'eau liée à un barrage, et qui couvre environ 600 hectares, répartis sur plusieurs zones ayant chacune leurs activités privilégiées.

"Nous étions trois amis aux Lacs de l'Eau d'Heure", nous a-t-il expliqué après avoir contacté la rédaction de RTL info via le bouton orange Alertez-nous.

"Une bouée qui fout le camp"

"On y a passé toute la journée de jeudi, il n'y a pas eu de problème, on sait tous nager. Mais à un certain moment, vers 18h, il y a une bouée qui fout le camp. Et il y a un copain (Théo, 17 ans) qui dit 'Ah, je vais aller la chercher'. Il a nagé, nagé, nagé, nagé… Il y avait du vent, la bouée partait de plus en plus. Je dis à son frère: 'J'espère que c'est un bon nageur parce que… c'est dangereux'. Il était au centre du lac, il était bien à 50 mètres. A cet endroit-là, le lac est très profond. Et à un certain moment, j'ai vu qu'il allait se noyer, il n'avait plus de souffle".

Kévin ne réfléchit pas et c'est d'instinct qu'il réagit. "J'ai plongé avec une autre bouée. Je suis allé vers lui avec la seule pensée : 'Tiens bon, tiens bon, tiens bon'. Quand je suis arrivé, il était pratiquement en train de couler. Sa tête rentrait dans l'eau. Je l'ai attrapé par le bras, et je lui ai dit: 'On rentre sur la terre ferme'. Avec la bouée, on est rentré calmement".

Ce jeune papa originaire de Gerpinnes se rend compte qu'il a évité le pire. "Avec l'effort qu'il avait fait, il n'aurait jamais su revenir, il serait mort".

"Pas une seule bouée de sauvetage"

Kévin fustige le manque de sécurité aux abords des Lacs de l'Eau d'Heure, même si les trois amis, "et au moins une trentaine de personnes", étaient sur cette petite plage qui n'est jamais surveillée.

"Je me suis rendu compte par après qu'il y avait une pancarte 'Interdiction de se baigner', mais elle est toute petite et pas très visible", estime-t-il.

"Malgré tout, c'est un problème: il n'y a pas une seule bouée de sauvetage aux endroits où les routes du barrage nous emmènent vers des petites criques, des petits passages reculés, auxquels tout le monde peut accéder. Si je n'avais pas eu cette petite bouée à la con en forme de roue de camion, achetée 1,5€, le gamin serait mort".

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L'endroit approximatif où s'est déroulé l'incident

Les Lacs de l'Eau d'Heure ont "deux espaces dédiés à la baignade"

Durant les beaux jours, les Lacs de l'Eau d'Heure sont pris d'assaut. Il y a de nombreuses activités le long des 70 km de berge de l'ensemble. Impossible, bien entendu, de surveiller tout le monde, tout le temps.

"On a deux espaces qui sont dédiés à la baignade. Un à la Plate Taille et un à Falemprise. Avec des maîtres-nageurs qui ont la mission d'assurer la sécurité sur ces espaces. Il y a deux ou trois maîtres-nageurs, en fonction du nombre de personnes", nous a expliqué Philippe Fourmeau, porte-parole de l'asbl 'Les Lacs de l'Eau d'Heure'.

Kévin et ses amis étaient dans une zone interdite à la baignade. "On part du principe que la baignage est interdite sur tous les sites du Lac de l'Eau d'Heure sauf sur les deux endroits que je viens de citer. Cependant, on a mis sur pied un dispositif. On a un bateau qui circule en permanence sur le site de la Plate Taille, mais qui fait également le tour des berges avec des personnes qui sensibilisent à la sécurité, qui fait sortir les gens s'ils sont trop loin".

Car les responsables de la zone sont bien conscients "qu'avec un temps pareil, il est difficile d'interdire aux gens d'aller faire trempette. Mais avec notre signalétique, ils savent qu'ils le font à leurs propres risques".

Une patrouille avec policiers et pompiers

Quand il fait beau et que le monde est attendu, "il y a une patrouille, avec deux policiers et deux pompiers, qui fait le tour des berges". La plupart du temps, "ils font preuve de tolérance et essaient de gérer les choses au mieux", même si des gens se baignent dans des zones interdites. "Mais par moment, ils sont beaucoup plus restrictifs, car les gens ne veulent pas toujours entendre les recommandations".

Le dernier accident par noyade aux Lacs de l'Eau d'Heure remonte au mois d'août 2016. Il s'agissait également d'une zone interdite à la baignade.

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