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Le règlement IMPLACABLE de l'enseignement: Audrey, jeune institutrice "extraordinaire" à Awans, doit céder sa classe

Le règlement IMPLACABLE de l'enseignement: Audrey, jeune institutrice

En place à l'école Saint-Joseph depuis sept ans , l'enseignante, très appréciée des parents et de la direction, doit faire de la place à deux institutrices de l'école qui ne disposent plus d'assez d'élèves. En Fédération Wallonie-Bruxelles, le statut de l'enseignant prime sur le reste.

Deux mères nous ont écrit via le bouton orange Alertez-nous avec un sentiment de tristesse et d'injustice. Mercredi dernier, lors d'une réunion de parents à l'école Saint-Joseph d'Awans dans la province de Liège, elles ont appris avec consternation, le départ forcé d'Audrey, l'institutrice de leurs enfants en troisième maternelle. La jeune femme, elle-même issue de cette école où elle y est revenue en tant qu'enseignante voici sept ans, est très appréciée. "Elle est très investie dans son métier, c'est est une femme extraordinaire que l'on veut à tout prix garder pour l'apprentissage dont nos enfants ont besoin", nous expose l'un des deux témoins qui évoquent des mamans en larmes à l'annonce de la nouvelle. Quelques heures plus tard, jeudi matin, une pétition sur internet avait déjà recueilli 130 adhésions. L'avis positif est partagé par la direction. "C'est une personne qu'on adore, je suis triste à titre personnel", nous confiait le président du pouvoir organisateur (PO) au téléphone.

Ce lundi 1er octobre, Audrey ne devait donc plus revoir ses petits élèves. Pourquoi ? Parce que c'est le règlement. Froid et implacable. Il n'y avait pas assez d'élèves dans les deux autres implantations de l'école Saint-Joseph qui en comptent trois au total sur le territoire de la commune (Awans, Hognoul et Villers-L'Évêque). Un minimum d'élèves est nécessaire dans une classe afin que l'école conserve le financement de celle-ci. Ce nombre (12 en maternelle) doit être atteint au plus tard la dernière heure de la matinée du dernier jour de septembre. Il ne l'a pas été dans les établissements d'Hognoul et Villers l'Évêque. Deux institutrices de ces implantations se retrouvaient avec un horaire insuffisant. Le règlement ordonne de le compléter car elles sont nommées, au contraire d'Audrey qui a donc dû céder sa classe. Celle-ci sera donc désormais gérée par ces deux enseignantes.

L'école de Saint-Joseph qui jouit d'une très bonne réputation avait dernièrement augmenté son nombre d'élèves, ce qui lui avait permis d'engager deux institutrices, dont une en provenance de Bruxelles qui avait sollicité son engagement. C'est cette même personne pourtant arrivée récemment qui prendra en charge, à mi-temps, la classe d'Audrey alors que cette dernière officiait dans l'école depuis sept ans. Le règlement le veut ainsi. Il favorise la nomination et l'ancienneté, au détriment de l'intégration et l'ancienneté dans une école en particulier. Des enseignantes nommées mais venant de l'extérieur peuvent ainsi prendre la place d'une enseignante non nommée même si celle-ci fait un excellent travail depuis de longues années dans l'école et est unanimement appréciée. C'est une question de statuts. "Si je sors des statuts, je suis au tribunal du travail", se défend le président du PO.

La situation d'Audrey pourrait n'être que temporaire. En effet, dans l'enseignement maternel, de nouveaux enfants en âge de scolarité arrivent pendant l'année, souvent après des congés scolaires, et notamment déjà après la Toussaint. "Dans les villages, on perd vite un mi-temps comme en gagne un", éclaire le président du PO. Son école pourrait donc très vite atteindre un nombre d'élèves tel qu'il faille engager. Dans ce cas, Audrey serait prioritaire nous a-t-il assuré.

La confiance, la complicité sont des valeurs auxquelles je suis attachée en tant que maman

En attendant, dès aujourd'hui, les enfants n'avaient plus Audrey. Elle devait être remplacée non pas par une mais bien deux institutrices. L'une donnera cours les deux premiers jours et la deuxième les trois autres, cette répartition s'inversant la semaine suivante. Une maman s'interroge sur cette organisation: "Qu'en est-il du suivi pédagogique de nos enfants ? Qu'en est-il de leurs repères ? La confiance, la complicité sont des valeurs auxquelles je suis attachée en tant que maman. Aujourd'hui je me pose des questions par rapport à cela." Nous avons demandé au président du PO si cette attribution d'une classe à deux enseignantes était courante. Il semble que le phénomène croisse. En cause, le succès du temps partiel. "Les gens usent de plus en plus de cette possibilité, que ce soit de jeunes mamans ou des enseignantes plus âgées. On a des 4/5, des 1/2 temps, dans le maternel ou le primaire. Il faut gérer ça aussi", nous explique le président du PO. Il se veut néanmoins rassurant. Les deux institutrices vont coupler leur travail, il y a une concertation obligatoire entre les deux enseignantes, indique-t-il. Quant à Audrey, "on va se battre pour essayer d'augmenter la population et la réintégrer le plus vite possible", dit-il.

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