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Malgré les sanctions, l'abandon d'animaux augmente encore cet été: "C’est injuste, les gens ne prennent pas leurs responsabilités"

Le départ en vacance est loin d’être la cause principale de l’abandon des chiens et chats en Belgique

Les motifs d’abandon des chiens qui sont fréquemment avancés par les Belges sont les séparations, déménagements, pertes d’emploi, les problèmes comportementaux du chien (malpropreté, destruction aboiements, nervosité excessive…) et les problèmes d’allergie.


Pour les chats, les motifs d’abandon sont différents. Les raisons principalement invoquées sont les allergies, le décès ou l’hospitalisation du propriétaire, le déménagement en appartement, les problèmes de propreté, le manque de moyens et la grossesse.

Source : Marie Minet, porte-parole du ministre wallon du Bien-être animal Carlo Di Antonio

Cette année encore, le nombre d'animaux abandonnés augmente sensiblement durant l'été. Valérie ou encore Didier, qui nous ont contactés via la page Alertez-nous, ont sauvé plusieurs animaux errants. Comment éviter que des propriétaires abandonnent leur animal à la veille des vacances? Comment l'Etat sanctionne-t-il de tels actes? Que faire lorsqu'on désire se séparer de son animal?

Au moment des départs en vacances, les abandons d’animaux sont beaucoup plus nombreux. Dans les refuges, on constate chaque été que cette triste habitude ne change pas.


"Pour beaucoup, la solution la plus simple est l'abandon"

"Ça y est, l’été est bien là, beaucoup de Belges partent en vacances loin de chez eux… Que faire de Médor ou de Minou ?", se demande Valérie en nous interpellant via la page Alertez-Nous.

Cette habitante de Remicourt, près de Waremme (Liège), est consciente que pour certains propriétaires qui souhaitent se défaire de leur animal, la solution la plus simple reste l’abandon. "J’habite près d’une route et j’ai recueilli plusieurs chiens errants", déplore-t-elle.

Valérie n’a pas d’enfants, mais sa maison ne manque pas de vie pour autant. "J’ai deux chiens, un chat et deux lapins", raconte-t-elle. "Mes deux chiens viennent de la SPA, ils ont atterri là, car leurs anciens propriétaires les maltraitaient."


"Les gens ne prennent pas leurs responsabilités"

Touchée par la cause animale, elle voudrait que les gens prennent conscience qu’abandonner "Médor ou Minou" est un acte "irresponsable". "C’est injuste. Les gens ne prennent pas leurs responsabilités. Ils achètent des animaux quand ils sont tout petits et tout mignons mais une fois qu’ils grandissent, ils les abandonnent. Il faut vraiment que chacun se rende compte que cet acte n’est pas sans conséquence."

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Billy, un petit chien que Valérie a trouvé dans son village. "Il errait depuis des jours sans puce, méfiant de l'homme et pas soigné."

Un à six mois de prison

Abandonner un animal peut être sévèrement puni par la loi. Cet acte peut être sanctionné d’une amende et même d’une peine de prison (*)

"Si l’ancien maître est retrouvé, il peut aussi se voir interdire à vie de posséder un animal de compagnie", explique Fabrice Renard, inspecteur principal à la SPA de Liège et Vice-président de l’ASBL Animal sans toit. Une condamnation à la prison est possible. "En ce moment une dame a reçu une condamnation de six mois de prison et a décidé de faire appel. Elle a jeté son chien dans l’eau et a été vue par des gens sur un quai à Liège", explique le professionnel.

Même si la loi peut punir l’abandon d’animal, encore faut-il repérer le coupable. "Sans des preuves ou des témoins, on a peu de chances de le retrouver et de le sanctionner", explique Fabrice Renard.


Un "grain de riz" pour retrouver la trace de son animal

Heureusement, tous les animaux errants ne sont pas forcément abandonnés. Souvent, ils sont perdus et leur propriétaire ne demande qu’à retrouver leur trace. "Aujourd’hui, on a moins de souci avec ça", se réjouit Fabrice Renard. "L’identification des chiens, obligatoire depuis 1998, permet de retrouver facilement les propriétaires."

Une puce, de la taille d’un grain de riz, peut être implantée sous la peau de l’animal. Le coût de l'implantation est déterminé par le vétérinaire mais le prix fixé pour l'enregistrement des informations est de 12,39 euros.

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Une puce obligatoire seulement pour les chiens


La puce contient toutes les données du chien et de son propriétaire. "On peut le faire pour son chat, son cobaye ou tout autre animal mais pour l’instant, l’obligation légale n’est que pour les chiens", précise Fabrice Renard.

Selon Marie Minet, la porte-parole du ministre wallon du Bien-être animal Carlo Di Antonio, celui-ci souhaiterait faire en sorte que d’autres animaux portent obligatoirement une puce. "Le ministre pense à un système d’identification pour les chats mais pour l’instant, le projet n’est qu’au stade de la réflexion."


Le refuge de Fabrice ne désemplit pas

Aujourd’hui, on compte en Belgique 199.389 chiens mais ce nombre est probablement plus élevé en réalité car malgré l’obligation de poser une puce sur les chiens, beaucoup de propriétaires contournent la règle. "Les portées de nouveau-nés par exemple, ne sont pas forcément identifiées", explique Fabrice Renard.

Puces ou pas, son refuge, situé à Charleroi, ne désemplit pas. "Le nombre d’abandons est sensiblement pareil d’année en année", observe-t-il.

Selon les chiffres officiels, annuellement, le nombre d’animaux abandonnés ne semble toutefois pas augmenter. Depuis 2012, la tendance est même plutôt à la baisse. Le nombre de chiens et chats accueillis en refuge est passé de 63.100 à 60.842 de 2011 à 2013.


Une hausse des abandons pendant l'été

Durant l’été, la porte-parole du ministre wallon du Bien-être animal remarque une hausse de ces chiffres même si "On ne passe pas du simple au double."

Fabrice Renard note lui aussi une augmentation des arrivées d’animaux abandonnés dans son refuge lors des départs en vacances. Mais il souligne que davantage de personnes sont en congé et hors de leur lieu de travail durant cette période. Celles-ci ont donc davantage de temps et d’occasions de repérer des animaux seuls.


Didier réalise des vidéos amateur pour sensibiliser le public

Lors des vacances scolaires, le cabinet du ministre Di Antonio tente de sensibiliser le public à l’abandon d’animaux. Mais certains citoyens font aussi de cette lutte un combat quotidien. C’est le cas de Didier, qui nous a, lui aussi, contactés via la page Alertez-nous. Quand il ne s’occupe pas de sa friterie, il défend le bien-être animal en produisant des vidéos de sensibilisation. 

"Je suis friturise mais je travaille aussi en tant que producteur de court métrage", explique-t-il. "Je veux attirer les gens et les marquer pour les inciter à un peu réfléchir avant d’acheter un animal afin qu’ils assument leur acte."

Pour Didier, c’est un véritable combat. "Comment pouvez dormir tranquillement ou bronzer sur la plage pendant qu'un être qui vous a donné son Amour, croupit dans une cellule ou agonise le long d'une nationale ?", clame-t-il sur sa page Facebook.

Grâce à ses vidéos, Didier souhaite sensibiliser le plus de monde possible. "Le bien-être animal n’est pas dans l’enseignement, on en parle que quand il y a une catastrophe." Le clip de Didier a déjà été beaucoup partagé. "Sans publicité et en travaillant dans mon petit coin, j’ai réussi à motiver beaucoup de gens", se réjouit-il.

L'abandon des Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC) pose de plus en plus problème

Didier habite à Mons près d’un bois. Comme Valérie, il a sauvé plusieurs chiens ou chats errants. Sans surprise, ce sont ces deux animaux qui tiennent la plus haute marche du podium des abandons.

Mais certains Belges possèdent aussi des "NAC", souligne Fabrice Renard. Des Nouveaux animaux de compagnies. Et cela pose vraiment problème. "Pour des serpents par exemple, on trouve moins facilement des propriétaires ou de structures pour s’en occuper. C’est aussi le cas des tortues. On en achète quand c’est tout petit puis quand ça grandit on les jette dans la Meuse ! Cette situation est très problématique, surtout dans les villes. On retrouve un tas de tortues dans les étangs de Liège. La faune est touchée et les poissons sont en danger car les tortues n’ont rien d’autre à manger."


Le refuge, l’unique manière d’être certain que votre animal soit en sécurité?

Il n’existe pas de statistique précises par rapport aux lieux d’abandons mais ceux-ci auraient le plus souvent lieu le long des voiries pour que les animaux soient repérés. D’autres les déposent devant des magasins animaliers.

Les refuges, eux, affichent souvent complet, il difficile de trouver rapidement une place pour son animal. Mais l’inspecteur principal de la SPA de Liège conseille vivement aux maîtres de prendre leur mal en patience. "Placer votre animal dans un refuge, c’est l’unique manière d’être certain qu’il soit en sécurité."

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Didier a adopté ces deux chats via un refuge

Un réseau parallèle de petites annonces dangereux pour l’avenir de votre animal

Valérie, notre alerteuse, n’est pas passée par ces structures pour faire adopter les chiens errants qu’elle a recueillis. "Quand on tombe sur des animaux, on essaye de leur retrouver une famille au plus vite en déposant par exemple des annonces dans les magasins", explique-t-elle.

Valérie pensait bien faire. Mais pour Fabrice Renard, inspecteur principal de la SPA de Liège et vice-président de l’ASBL Animal sans toit, cette solution n’est pas du tout conseillée. "Le réseau parallèle des petites annonces pose vraiment problème, que cela soit dans les magasins ou sur Facebook", s’inquiète Fabrice Renard.


"L’homme à qui elle avait confié son animal avait des problèmes de zoophilie"

Récemment, une dame qui voulait se séparer de son cocker après une séparation avec son conjoint a fait les frais de sa décision. "Après avoir posté une annonce sur Facebook, elle a conduit son animal à une personne intéressée", raconte Fabrice Renard. "Le lendemain, on a retrouvé le chien attaché à un arbre. La dame ne le savait pas, mais l’homme à qui elle avait confié son animal avait des problèmes de zoophilie."

L’inspecteur de la SPA souligne que souvent, les personnes qui contactent un maître via des réseaux comme Facebook le font car elles n’ont plus l’autorisation de se diriger vers les refuges.

Valérie, elle, ne se doutait pas que déposer une annonce pouvait mener un animal de tels propriétaires. "On ne pense pas forcément au fait que des gens pourraient être malintentionnés", avoue-t-elle désolée.


Payer pour laisser son animal dans un refuge

Apporter son animal dans un refuge a un coût, environ 60 euros. Mais "ce n’est pas énorme si on aime son animal", pense Fabrice Renard. "De cette manière, on est certain qu’il sera correctement pris en charge. Les ASBL ont un rôle de protection, mais elles vivent uniquement avec le don des gens."

Autre avantage : Un contrat est signé entre l’ancien propriétaire et la personne qui adopte. Le refuge viendra ensuite faire des contrôles et des visites afin de s’assurer que tout se passe bien.

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Même si Sylvie et Wilfied ont déjà 5 animaux chez eux, ils se rendent dans un refuge pour en adopter un nouveau.


Plus de 13.000 chiens et chats euthanasiés en 2013

Malgré ces garanties, Valérie n’est pas encore convaincue qu’apporter un animal errant via une structure adaptée est la meilleure solution. "En déposant un animal dans un refuge, j’aurais trop peur de l’euthanasie", confie-t-elle.

Une fois arrivé dans un refuge, la loi impose que l’animal soit gardé minimum 15 jours. Mais après, que se passe-t-il ? Valérie a-t-elle raison de s’inquiéter?

Selon les chiffres du cabinet du ministre de l’Environnement et du bien-être animal Carlo Di Antonio, parmi les 24.527 chiens et 32.315 chats recueillis dans 119 refuges du pays en 2013, 2.474 (16%) chiens et 10.575 (36%) chats et ont dû être euthanasiés.


"Il est plus généreux de donner la mort à des chiens qui ne seront pas adoptés"

Pour Fabrice Renard, ces chiffres ne sont pas à voir d’un mauvais œil. "Encore une fois, il s’agit de penser au bien-être de l’animal avant tout."

"A la SPA de Liège, des chiens sont là depuis sept mois", explique l’inspecteur principal. "Tant qu’il y a de la place, on les garde. Mais si l’animal se montre agressif, il y a peu de chances pour qu’on puisse le replacer un jour. Dans ce cas-là, il est euthanasié".

Beaucoup d’animaux entrent, mais tous ne sont donc pas adoptables. "Un chien de 14 ans vient d’arriver ici", raconte Fabrice Renard. "Il ne peut pas bouger son arrière-train. Est-ce qu’on va le garder six mois pour qu’il meure derrière des barreaux ? Non. C’est plus généreux de lui donner la mort."


"Les gens sont un peu égoïstes et ne se mettent pas à la place de l’animal"

Bien entendu, le point de vue des propriétaires est souvent différent. "Si quelqu’un souhaite nous donner un animal dans cet état on leur dit: 'Faites-le endormir chez vous'. Mais bien souvent, les gens sont un peu égoïstes. Ils disent 'Oh non je ne pourrais pas faire ça' mais ils ne se mettent pas à la place de l’animal. Il faut prendre sur soi et prendre la bonne décision pour un être avec qui on a vécu toute sa vie."

 

(*) Selon l’article 39 de la loi du 14 août 1986, "celui qui abandonne un animal avec l'intention de s'en défaire est puni d'un emprisonnement d'un à trois mois et d'une amende de 52 euros à 2.000 euros ou d'une de ces peines seulement. En outre, en cas de récidive dans les trois ans de la condamnation, les peines de prison sont doublées et les peines d'amendes sont portées à 5.000 euros ou, en cas de maltraitance ou de négligence grave, à 12.500 euros."


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