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Accusations contre PPDA: trois victimes présumées confient n'y avoir plus cru jusqu'au soulèvement du mouvement #MeToo

Accusations contre PPDA: trois victimes présumées confient n'y avoir plus cru jusqu'au soulèvement du mouvement #MeToo
(c)Isopix
 
 

Au début du mouvement #MeToo, elles ne s'étaient pas senties vraiment concernées. Depuis, elles sont devenues les actrices d'un dossier les plus emblématiques de violences sexuelles, l'affaire PPDA, en engageant un cheminement "extrêmement difficile" dont elles assurent à l'AFP ne "rien regretter".

Comme plusieurs dizaines de femmes, Stéphanie Khayat, Marie-Laure Eude-Delattre et Bénédicte Martin accusent Patrick Poivre d'Arvor, l'ancien présentateur vedette de TF1, de les avoir violées ou agressées. Toutes les trois ont porté plainte.

Le journaliste et écrivain le nie catégoriquement et a déposé plainte pour dénonciation calomnieuse.

"Passer de spectatrice de #MeToo à actrice est extrêmement difficile", confie Stéphanie Khayat, qui dit souffrir d'être "cataloguée victime" et de la rupture avec sa famille.

Pourtant, la journaliste de 52 ans "ne regrette rien". "J'ai parlé. Si la justice et la police sont défaillantes, ce n'est plus ma responsabilité".

Sur trois enquêtes ouvertes à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour viol, agression ou harcèlement sexuel visant M. Poivre d'Arvor, une a été classée en juin 2021, deux autres sont en cours.

Au total, près d'une quarantaine de femmes ont déjà témoigné devant la justice entre février 2021 et octobre 2022, selon une source proche du dossier.

Sans #MeToo, Stéphanie Khayat en est convaincue, il n'y aurait pas eu le "terrain propice pour que l'affaire éclate".

Pourtant, Stéphanie Khayat ne s'était "pas sentie impliquée" au début de ce mouvement lancée en octobre 2017 dans la foulée des accusations de viols lancées contre le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, l'abordant comme une "journaliste témoin" et non "une femme directement concernée".

"Tunnel" d'indifférence

Pour l'écrivaine Bénédicte Martin aussi, #MeToo semblait hors de portée. "C'était à Hollywood, les Américains me semblaient plus procéduriers et plus en avance que nous sur le consentement".

"Depuis quinze ans, on me disait que ce qui était arrivé avec PPDA n'était pas grave mais gaulois", déplore la quarantenaire, qui accuse PPDA de l'avoir agressée sexuellement en 2003.

Dans sa plainte en septembre dernier, elle a assuré avoir immédiatement alerté son éditeur à Flammarion, Frédéric Beigbeder, l'écrivain Michel Houellebecq et son compagnon d'alors, l'acteur Jean-Paul Rouve.

Les trois ont été entendus comme témoins cet automne dans l'enquête préliminaire, selon une source proche du dossier.

Marie-Laure Eude-Delattre dit aussi "s'être fracassée" dans "un tunnel" d'indifférence, avant de porter plainte. Cette assistante dans une pépinière d'entreprises, âgée de 60 ans, a témoigné contre PPDA en décembre 2021, l'accusant de l'avoir violée à 23 ans quand elle était stagiaire au festival de Cannes.

A l'époque, une personne proche de ses parents l'avait dissuadée de déposer plainte, disant M. Poivre d'Arvor "trop protégé". "Les mentalités étaient différentes, on ne pouvait pas m'entendre".

Dans ce contexte, difficile pour ces trois femmes d'imaginer un "#MeToo à la française". Et quand il advint, notamment avec le hashtag #BalanceTonPorc, des boucliers se levèrent.

En janvier 2018, une tribune disant défendre "la liberté d'importuner", signée notamment par Catherine Deneuve, est publiée. Sollicitée, l'écrivaine Bénédicte Martin refuse de la signer.

Tweet et littérature

Elle se souvient d'avoir écrit "un tweet sur un homme célèbre du monde des médias", qui n'était pas PPDA. "Dans le quart d'heure, cet homme m'a contacté pour me dire d'effacer. J'ai plié, j'ai eu peur de ne plus pouvoir bosser", confie-t-elle.

Pour Stéphanie Khayat, la littérature a permis à #MeToo de s'ancrer en France.

Elle cite "Le Consentement" de Vanessa Springora, en janvier 2020, qui déclenche une enquête pour viols sur mineur visant l'écrivain Gabriel Matzneff, et "La Familia Grande" de Camille Kouchner, en janvier 2021, à l'origine de l'affaire Olivier Duhamel et d'une libération de la parole sur l'inceste.

Après les avoir lus, Stéphanie Khayat révèle, fin janvier 2021 sur Instagram, avoir été agressée à 8 ans par un ami de sa famille. Son premier #MeToo.

Suit l'affaire PPDA. Mme Khayat accuse devant les enquêteurs l'ex-présentateur du JT de lui avoir imposé une fellation et un rapport sexuel quand elle avait une vingtaine d'années. Sa plainte sera classée pour prescription.

Mme Khayat ne s'est longtemps pas sentie "crédible comme victime", tiraillée par ce sentiment parallèle de "redevabilité" envers PPDA qui l'avait "aidée face à l'anorexie".

Aujourd'hui, elle dénonce cette "aide" comme de la "manipulation". Et a pris la parole dans plusieurs médias.

"Isolées, on est des dizaines et des dizaines de femmes souvent fragiles, mais ensemble, nous sommes une entité très forte", estime Bénédicte Martin. "On se construit une muraille ensemble", abonde Marie-Laure Eude-Delattre, "dans l'espoir qu'une plainte non prescrite aboutisse pour pouvoir confronter PPDA en procès".


 

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