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Édito: nous avons créé un monstre qui est en train de nous échapper

Édito: nous avons créé un monstre qui est en train de nous échapper
 
 

L'Euro 2020 a de nouveau ravivé des tensions entre Belges et Français. Une rivalité entretenue principalement par des chroniqueurs et journalistes, qui déteint sur le public et risque de nous exploser à la figure au mois d'octobre. Je vais vous dire: je plaide coupable et ça me fait peur.

Il y a encore quelques années, Belges et Français se respectaient énormément, footballistiquement parlant. Il y avait cette relation habituelle, que l'on connaît tous avec nos voisins, de petit cousin gentiment chambré par son aîné, qui ne le fait que par amour et par respect. C'était encore le cas, j'ai l'impression, au début de cette génération dorée. En 2014, même à l'Euro 2016, avec le mouvement Adopte un Belge qui voulait nous consoler après l'humiliante sortie en quart de finale contre le Pays de Galles. 

Puis est venu 2018 et cette demi-finale perdue en Coupe du Monde. Les déclarations de certains joueurs, à qui je ne reprocherai jamais d'avoir exprimé une déception immense à chaud comme l'ont fait de nombreux sportifs, ont mis le feu aux poudres. Les réseaux sociaux se sont emballés. Les médias aussi. Côté Français, on a créé la légende du seum belge. De l'autre côté de la frontière, la réponse est de déterrer cette pétition pour rejouer la finale de l'Euro 2016 perdue par les Bleus face au Portugal. Tout cela aurait du durer deux jours. Sauf que 3 ans plus tard, les plans sont les mêmes, mais pas les risques. 

Les réseaux sociaux ont fait office de caisse de résonance: il ne se passe pas un jour sans qu'un éternel débat stérile n'apparaisse sur le jeu des Belges, sur le jeu français, sur notre seum ou sur n'importe quel prétexte utile pour se mettre sur la tronche. Côté médias, on ne fait pas mieux. Combien d'articles a-t-on relayé ? Combien de propos ont été mal interprétés ? Combien de chroniqueurs ont chambré un camp ou l'autre avec en tête, l'esprit chambreur et une absence totale de conscience de ce que l'on est en train de créer ? Il faut que cela s'arrête. Les grands tournois ne sont plus qu'un prétexte à allumer celui qui est devenu un ennemi: on souhaite une défaite, on refuse toute objectivité pour se prétendre supérieur ou légitime. Et ça va dans les deux sens. Nous ne sommes plus dans des faits mais dans de l'émotion. La mèche est prête, il ne manque que l'allumette. Et certains pyromanes ne se priveront pas de la craquer...


 

Si cela pouvait sembler anodin, cela fait maintenant 3 ans que la rivalité fermente. Elle devient malsaine et je ne vous cache pas que j'ai peur de ce qu'il pourrait se passer le 7 octobre, à Turin, en demi-finale de la Ligue des Nations, lors de ce France-Belgique. Pourquoi ? Parce que l'on peut ressentir, jusque dans les rues, une ambiance électrique et inutilement hostile. Ce qu'il s'est passé quand la France s'est inclinée contre la Suisse, les vannes sur le Mondial que les Belges entendent régulièrement en se rendant en France... Tout cela prend des proportions immenses et rend le phénomène incontrôlable. En octobre, la France et la Belgique s'affronteront sur terrain neutre. Si la situation sanitaire le permet, fans belges et français se rencontreront dans un stade pour la première fois depuis 3 ans.

Avec, dans les têtes, des vannes, des tacles, des rancœurs enterrées profondément et que l'on nourrit depuis 3 ans. Je suis personnellement dégoûté de voir ça. Et ce qui me rend triste, c'est que je l'ai moi-même alimenté, avec stupidité parfois. Je plaide 100% coupable et je refuse de me cacher: pour l'audience, j'ai parfois sous-estimé ce que j'écrivais. Swann Borselino l'a très bien écrit il y a quelques jours: il faut retrouver de l'apaisement, sans quoi, tout le monde aura perdu. 

Le chambrage est positif quand il ne devient pas oppressant, la médiatisation est intéressante quand elle ne devient pas envahissante. Des lignes ont, à mon sens, été franchies. Et si on pouvait tous faire un pas en arrière pour retrouver notre calme, ça m'arrangerait, et je parle tant du camp belge que du camp français. Pour éviter qu'en octobre, au lieu de parler de football, je doive parler de violences, d'insultes et d'ambiance pourrie. Pour éviter ces articles "Comment la rivalité franco-belge a débordé". Alors qu'elle n'aurait jamais dû commencer... 


 




 

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