Édito: savourez un peu, il n'y pas si longtemps, on galérait contre l'Azerbaidjan !

Édito: savourez un peu, il n'y pas si longtemps, on galérait contre l'Azerbaidjan !
 
 

Hier soir, à Wembley. LA CATASTROPHE ! La Belgique s'incline en Nations League contre l'Angleterre. Vent de pessimisme chez les fans belges: la génération dorée est-elle morte ? Et si on était surcôté ? Des messages qui nous font presque regretter ces moments où Vossen faisait office de patron des Diables Rouges.

11 octobre 2020. La Belgique, qui n'avait visiblement pas le droit de perdre, se fait surprendre en Angleterre. Thanos n'est plus, il a perdu son gant, les Diables Rouges sont battus. Aïe, la claque, que dis-je, la honte ! A lire certains messages et commentaires, s'en est fini, on peut tous se reconfiner, il n'y a plus rien à fêter de toute façon. Adieu l'immunité de groupe, un petit éternuement et tout le monde crie à la pandémie, la Belgique du foot tousse et les fans angoissent.

Je vous jure, si je découvrais les Diables Rouges au travers des réseaux sociaux depuis hier, j'en aurais l'impression de voir un tas de rageux, incapables d'aligner deux passes et honteusement battus par l'Angleterre. Comme s'il s'agissait d'une nation classée 881ème à la FIFA. Alors oui, ça va deux secondes, mais non, l'alarmisme à outrance, ça suffit maintenant.

Peut-être suis-je le modeste belge, gentil, vite content et bon vivant, mais moi, cette défaite là, elle ne me fait rien. Parce que (et je vais parler en mode nostalgique comme si j'avais 83 ans), moi comme des millions d'autres, j'ai connu ces matchs pourris au fin fond de l'Azerbaïdjan. Un match qu'on arrivait à ne pas gagner mais qui suscitait chez les 56 téléspectateurs de l'époque un sentiment de joie. "Oh tiens, on a pas perdu, c'est cool !". J'avais le sourire facile et ma soirée se passait nickel, j'allais écrire toute ma joie sur mon Skyblog et j'envoyais des wizz sur MSN pour fêter ça avec mes potes. A cette époque, les seuls équipementiers qui acceptaient d'aider les Diables Rouges étaient des marques qui devaient juste écouler du stock. 

J'ai aussi connu ce Belgique-Bulgarie en 2010. On devait être 12 à tout casser au Roi Baudouin, il n'y avait pas besoin d'un méchant virus pour avoir une ambiance de huis-clos. Vincent Kompany avait mis un but dans le temps additionnel et on pouvait presque fêter le nouvel an dans la foulée, avec 7 mois d'avance. 

Depuis lors, tout a changé. La bonhommie et la joie de voir notre pays évoluer sur la scène internationale a fait place à l'exigence et à l'excès de confiance. Cette génération dorée est merveilleuse, elle est belle, elle est rassembleuse. Mais le fan de foot belge a bien changé. Où est passé ce bon esprit ? Depuis quand, aussi solide soit une équipe, ne peut-elle pas perdre un seul match ? Qui sommes-nous pour être scandalisés de perdre face à une nation comme l'Angleterre ? Qui plus est dans une Ligue des Nations qui n'a d'officiel que le nom ? Comment peut-on râler à ce point quand on revient de si loin ?

Quand on est un pays comme le nôtre, on doit aussi apprendre à se réjouir de ce que l'on a, du moins dans un domaine aussi peu vital que celui du football. Parce qu'il fut un temps où des joueurs comme Marvin Ogunjimi, Jelle Vossen ou encore Carl Hoefkens et Stijn Stijnen étaient les plus populaires de la sélection, ou presque. Et si leur carrière est tout à fait respectable, comparé aux stars actuelles, ça fait un choc. Donc bon, voir évoluer Hazard, De Bruyne, Lukaku, Mertens, Witsel et Courtois, j'avoue que j'ai du mal à m'en plaindre. Quitte à perdre, mais vous ne m'enlèverez pas cette fierté d'avoir frôlé le toit du monde après avoir galéré longtemps en Azerbaïdjan. 

Pas d'alarmisme, donc. La France avait été accrochée au Luxembourg, un an plus tard, elle soulevait la Coupe du Monde (et la Belgique en demi, tant qu'à être dans la légèreté, apprenons aussi à en rire). Profitons de cette équipe, soutenons-là, acceptons aussi qu'un joueur de foot, aussi bien payé soit-il, n'a que deux jambes et deux bras comme n'importe lequel d'entre nous. Et qu'il a, loin des écrans, une âme et des sentiments. Ayons des exigences, des attentes. Mais ne la descendons pas dès qu'un caillou se glisse dans la chaussure, sinon la randonnée prévue va prendre des allures de balades en période de confinement. 




 

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