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Edito: "Platini vit sur une autre planète"

 
 

Dans "La langue bien pendue" ce lundi matin sur Bel RTL, Thierry Fiorilli du Vif/L'express est revenu sur cette phrase de Michel Platini, président de l'UEFA: "Si les Brésiliens peuvent attendre un mois avant de faire des éclats un peu sociaux, ce serait bien".

Elle prouve le mépris gigantesque avec lequel les patrons du sport nous traitent. Les boss de la Fifa, de l’UEFA, du Tour de France, de la Formule 1. Ceux qui se considèrent comme des rois, qui ne tolèrent aucune question gênante, aucun obstacle, qui restent en place malgré les scandales, les tricheries, les corruptions, les drames.

Platini incarne bien ça. Comme Bernard Hinault. Comme Sepp Blatter. Comme Bernie Ecclestone. Des intouchables. Des qui peuvent tout. Si on les ennuie, représailles : plus de grands prix chez ceux qui contestent, plus d’interviews à ceux qui ne font pas la lèche, plus de réponses à ceux qui demandent des comptes, plus d’accès à la gloire. Des gens qui vivent sur une autre planète, celle qui fait rêver les foules, mais où ces foules n’ont qu’à acclamer le spectacle. Pour le reste : motus. Que personne ne s’avise de gâcher « la grande fête », du foot, du vélo, de l’auto.

Platini, c’est quand même ce type qui, même avec des cadavres autour du terrain, le 29 mai 1985, au Heysel, célébrait le but qui donnait la coupe des champions à son club comme s’il venait de décrocher la lune. Parce que, ok, des gens meurent, là, mais le foot, quand même, ça balaie tout. ça supplante tout. Et puis c’est moi qui marque ! Donc, réjouissez-vous, hurlez votre bonheur, soutenez votre équipe, votre pays. Regardez comme je suis le meilleur. Mais ne faites rien qui chiffonne, avant, pendant et après le match, la course, la Coupe, le Tour : les gens viennent et regardent pour le plaisir, ne nous prenez pas la tête avec des détails.

Ces détails, ce sont, outre les morts dans les tribunes donc, ou les travailleurs népalais qui périssent pour que les stades soient prêts, au Qatar, en 2022, les manifestants qui s’indignent que leur pays dépense autant pour des stades, alors qu’on pleure depuis des années pour financer l’éducation ou les soins de santé. Réaction de Platini : si, durant la toute prochaine Coupe du monde au Brésil, les miséreux pouvaient se limiter à danser la samba, à montrer leurs jolies filles, à chauffer la salle, pour que ça chante et que ça rie, et qu’ils manifestent leur colère et leur détresse après le mondial, ce serait cool. On serait plus tranquille.

On souhaite au sport ce qu’on souhaite à n’importe quel pays : qu’il puisse, très vite, être dirigé par des gens biens. Et plus par des imposteurs, des menteurs, des truands ou des affairistes sans scrupules.

Thierry Fiorilli




 

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