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Coronavirus: l'Euro-2020 est-il menacé ?

Coronavirus: l'Euro-2020 est-il menacé ?
Le logo de l'Euro-2020 projeté sur le pont Sant'Angelo à Rome, le 11 juin 2020Alberto PIZZOLI

L'Euro-2020 en suspens: la pandémie de coronavirus, qui perturbe en profondeur les compétitions nationales et le football européen, contraint l'UEFA à s'interroger sur la tenue de son Championnat d'Europe dans douze pays (12 juin-12 juillet), entre calendrier surchargé et contraintes économiques et logistiques.

L'étau se resserre. "Il est évident que l'UEFA (Union des associations européennes de football) doit se poser la question d'un report", souligne auprès de l'AFP Jacques Lambert, ancien président de la société organisatrice de l'Euro-2016.

- Qu'envisage l'UEFA ? -

La confédération européenne, contactée jeudi matin, n'a pas communiqué sur la situation. Ces derniers jours, elle continuait à assurer que sa compétition débuterait comme prévu le 12 juin à Rome.

"Il ne faut pas songer au scénario du pire", expliquait son président Aleksander Ceferin début mars lors du Congrès de l'instance, laquelle reconnaissait par la voix de son secrétaire général Théodore Theodoridis avoir "travaillé sur des scénarios détaillés". Pourtant, le "scénario du pire", un report "sine die", semble se dessiner un peu plus.

C'est un "scénario probable", estime un influent président de club français. "L'UEFA va être obligée de suspendre ses compétitions européennes (Ligue des champions et Ligue Europa, NDLR). Et pour se donner la possibilité de les terminer, elle va devoir reporter l'Euro. C'est un scénario raisonnable quand on voit que des joueurs commencent à être touchés" par le virus.

Interrogés par l'AFP, les principaux diffuseurs de l'Euro-2020 ont indiqué qu'aucune décision ne leur avait été communiquée par l'UEFA, et se disent tous dans l'attente d'annonces à venir.

Mais selon une source au sein d'un diffuseur européen, qui a requis l'anonymat, l'UEFA travaille "en cellule de crise" et des décisions "pourraient intervenir en deux temps: d'abord concernant la Ligue des champions qui constitue le dossier le plus urgent, et ensuite pour l'Euro".

- Quelles sont les contraintes ? -

Le format inédit à 12 pays hôtes ne facilite pas les choses.

"Pour la première fois, on se trouve dans une situation avec l'hypothèse de voir plusieurs pays hôtes être dans l'obligation d'appliquer des mesures de confinement ou des restrictions de circulation importantes", pose Jacques Lambert.

Cette incertitude bouscule tous les plans d'organisation de la compétition, selon l'ex-patron de l'Euro-2016. Du point de vue des stades, d'abord, "on ne peut pas savoir de façon précise et définitive quels sont les pays hôtes pouvant être impactés de façon lourde".

Et d'autre part, "problème plus sensible" pour M. Lambert, celui de la billetterie. "Comment anticiper vis-à-vis des spectateurs l'attitude à avoir dans la mesure où même l'UEFA ne connaît pas les conditions de circulation qui seront imposées dans trois mois ? Cela ne peut pas être improvisé au dernier moment, sauf à décider que tous les matches se dérouleront à huis clos."

La tenue des rencontres dans des stades vides apparaît donc comme un autre scénario. Selon Virgile Caillet, directeur général de l'Union sport et cycle, qui représente les entreprises du secteur, "c'est la moins pire des solutions à court terme. Un report, ça veut dire qu'un diffuseur n'a plus rien à se mettre sous la dent".

Dans ce milieu des diffuseurs détenteurs de droits pourtant, l'inquiétude plane. "Avec des matchs prévus dans douze villes situées dans des pays qui en sont à des stades différents de l'épidémie, on voit mal comment ce serait tenable" de maintenir la compétition, explique en effet une source au sein d'un diffuseur européen.

"Beaucoup d'entreprises vont refuser d'y envoyer leurs employés sur des hospitalités", renchérit Bruno Bianzina, directeur général de l'agence de marketing Sport Market. "Le sens de l'histoire c'est l'annulation".

- Quel délai d'action ? -

L'instance européenne risque de devoir gérer un calendrier surchargé, avec certaines ligues européennes actuellement suspendues pouvant pousser pour reporter leurs rencontres en mai ou en juin. Sans compter sur les éventuelles suspensions de la Ligue des Champions et de la Ligue Europa, que plusieurs médias annoncent comme imminentes.

"L'UEFA se retrouve face à un dilemme: est-ce qu'elle met en danger ses compétitions européennes les plus rémunératrices comme la Ligue des champions, ou alors elle repousse l'Euro et dans ce cas elle peut glisser les compétitions jusqu'à fin juin ? Arriver à sauver les deux, ça me semble très compliqué", estime Virgile Caillet.

Dernière incertitude, et pas des moindres: connaîtra-t-elle tous les pays qualifiés avant le coup d'envoi du 12 juin ? Les quatre derniers tickets ne seront distribués que fin mars, lors de barrages. Et l'un d'eux est déjà en suspens, la Bosnie ayant demandé à l'UEFA le report de son match contre l'Irlande du Nord en mettant en avant le fait que la plupart de ses internationaux proviennent de pays à risque et devront être placés à l'isolement.

"Qu'arrivera-t-il quand des sélections voudront convoquer des joueurs confinés dans leur club ?", s'interroge le président d'un club français. "Tout devient tout de suite très compliqué".

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