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"Miss M": bikeuse, aventurière et sensation du Festival Femmes et Moto

 
 

Son arrivée au festival Femmes et Moto d'Aspres-sur-Buëch vendredi a fait sensation. À peine avait-elle posé le pied à terre et retiré son casque noir que sa grosse moto orange bardée de sacoches poussiéreuses, d'autocollants et de graffitis était au coeur de l'attention.

En pleine pandémie de Covid, Malorie Guedikian, infirmière de 44 ans originaire de la Drôme, a fait le tour du monde à moto avec son compagnon, et leurs récits de voyage ont nourri la presse spécialisée.

"Environ 65.000 kilomètres", souffle-t-elle tranquillement.

D'abord une traversée de l'Europe, du Caucase et de toute la Russie. Puis, face à la mer du Japon, un avion pour l'Afrique du Sud.

De là, ils sont remontés vers l'Ethiopie, puis vers l'ouest du continent avec un budget serré.

Celle qu'on surnomme "Miss M" sourit doucement et embrasse les amies qu'elle retrouve dans cet évènement réservé aux femmes motardes, premier du genre en France.

Quelques bikeuses se massent autour de la bécane, murmurent quelques commentaires admiratifs pour la motarde.

Un modèle? "Je ne le vis pas comme ça. Mais j'espère l'être pour toutes celles qui hésitent par manque de confiance. Moi on m'a dit que je n'y arriverai pas, et je l'ai fait", affirme-t-elle.

Pour Malorie, qui doit partager son expérience pendant le week-end lors d'une conférence avec d'autres "aventurières", se retrouver exclusivement entre femmes, au festival Femmes et Moto, permet de trouver confiance, "sans avoir de preuves à faire" sous le regard masculin.

D'autant que le compagnon de Malorie, Eric Lobo, est un biker très connu, qui sillonne les routes du monde entier depuis plus de 30 ans. Mais non-mixité oblige, c'est Malorie qui reçoit toute la lumière ce week-end.

"La femme prend de plus en plus de place au sein de la communauté, mais on est moins frileuses à se parler entre nous. On a plein de choses à se raconter", glisse-t-elle.

- "La moto transporte l'âme" -

Malorie couve sa Harley-Davidson du regard. "C'est ma copine, je lui parle", confesse-t-elle en riant. Même si, avec ses 450 kilos, "elle est lourde et compliquée".

Faite aux mensurations de son compagnon, la bécane l'a profondément blessée: l'intérieur de sa cuisse est brûlé à vie.

Mais avec ses "toutes petites jambes", c'était cela ou tomber. Et surtout c'était la "liberté", un "grand bol" dans lequel "tout est décuplé".

Derrière ses yeux bleus qui brillants, dansent quelques souvenirs. "Le voyage a changé ma patience, mon oeil, ma bienveillance, j'ai rencontré beaucoup de gens".

En attestent, sur le carénage, de multiples petits mots dans toutes les langues: "La moto transporte l'âme", "Si tu veux arrêter pense à moi".

L'aventurière est pourtant rentrée dans le milieu motard par la petite porte et a passé son permis il y a une dizaine d'années, sans rien dire à sa famille, durement éprouvée par les deux roues. Son oncle est décédé dans un accident de moto.

Même après 65.000 kilomètres, "les proches, c'est finalement difficile à convaincre", lâche-t-elle, tout en constatant qu'il lui arrive tout de même de "parler mécanique" avec son père.

Puis Malorie détourne un peu le regard. "J'ai perdu ma maman pendant le voyage, mais je suis sûre qu'elle est fière de moi".


 

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