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Chroniques du bivouac: Sara Jugla "n'a pas de regrets", au bout d'un Dakar tronqué

Chroniques du bivouac: Sara Jugla
La benjamine de la compétition moto, la Française Sara Jugla, lors de la 5e étape du Rallye Dakar, le 7 janvier 2021 entre Riyadh et Buraydah (Arabie Saoudite)FRANCK FIFE
 
 

Benjamine moto de la 43e édition du Dakar, qui s'est terminée vendredi en Arabie saoudite, Sara Jugla n'a pas pu aller au bout de sa première participation, mais elle "n'a pas de regrets" et "ne ferme aucune porte" pour l'avenir.

Déclassée au moment de prendre le départ de la 6e étape, la Française de 28 ans, originaire du Médoc, avait décidé de continuer malgré tout "pour finir" en Dakar experience, comme le nouveau règlement de l'épreuve le permet.

Après deux jours de repos autorisés par la direction de course, elle est repartie avec son compagnon d'infortune Alexandre Bispo mais le duo a fini par jeter l'éponge définitivement au cours de la neuvième étape.

"Le jour de l'étape 9 au matin j'étais motivée comme jamais pour atteindre l'arrivée. Mais les 200 premiers kilomètres ce n'était que des +cailloux+, des grosses pierres pointues. Et on n'est pas très à l'aise sur ces pierres, surtout avec ma moto qui est très grosse et très haute par rapport à moi. J'ai gardé un très mauvais souvenir de la première journée avec tous ces cailloux qu'on voyait à l'infini.

"Du coup c'est devenu difficile de maintenir la motivation, de garder cette énergie qui pousse et fait avancer. En plus Alexandre était +cuit+ physiquement. Et petit à petit le mélange de tous ces éléments à contribuer à nous freiner, on n'est pas parvenus à imprimer un assez bon rythme. Comme on s'est soutenus pendant les moments difficiles avec Alexandre Bispo, on voulait continuer ensemble ou arrêter. Il a fallu faire des choix.

"Arrivés au kilomètre 270 de la spéciale, sur les 465 km qu'elle comportait, il faisait nuit noire. On ne pouvait plus avancer et on s'est résolus à abandonner. On a appelé le PC, le camion balai est arrivé et là c'était parti pour cinq heures et demie de camion! Car il restait 300 km pour rallier le bivouac. Donc j'aurais aussi fait le Dakar en camion, et ça c'était plutôt cool! Ca remue plus que sur la moto!

"Quand j'y repense, en fait j'aurais voulu continuer, s'il avait fait encore jour au moment de notre abandon, moi j'aurais continué. Physiquement je me sentais encore assez forte, je m'étais surpassée sur le début de la spéciale malgré toutes ces pierres. Bizarrement je me sentais plutôt pas mal juste avant qu'il ne fasse nuit. Mais j'ai fait le choix de rester avec Alex, et cela ne me pose aucun problème. Pas de regrets.

"Il y a d'autres moments où c'est lui qui m'a soutenue, je ne serais certainement pas allée aussi loin sans son aide. Il y a avait un +refueling+ (ravitaillement) au (kilomètre) 350, on le savait c'était notre objectif, mais la nuit nous a rattrapés. On a dû s'arrêter, pour moi c'était normal de finir ensemble. Et si c'était à refaire je le referais, toute cette aventure ensemble, tous ces moments vécus dans la difficulté, cette entraide, avoir dormi dans les dunes, tous ces paysages magnifiques. Et le dépassement: j'ai trouvé des ressources en moi bien plus grandes que ce que je connaissais.

"Je sais que cela va m'aider pour le futur, dans tout ce que j'entreprendrai. Et je ne ferme aucune porte, si je dois revivre cette aventure un jour ce sera mieux préparée. Je suis venue, j'ai vu, je l'ai fait et j'ai compris ce que je dois travailler pour revenir plus forte. Plus de vitesse, plus de rythme. Le mental est là, le physique ça va et quand il n'y en a plus, le mental prend bien le relais, ça, ça va. Mais il me faudrait plus de roulage.

"En tout cas, je garderai tous ces moments incroyables dans ma mémoire, comme quand David Castera, le patron du Dakar a fait poser son hélico pour m'aider, et a sorti la moto de la pierraille, alors que je croyais que tout était déjà fini. Toutes ces dunes, ces canyons magnifiques.

"Je viens de faire signer mon casque par des grands champions présents dans le paddock, ils restent abordables c'est incroyable ça aussi. Je ne peux pas retenir qu'une seule image: je retiendrai "Mon" Dakar extraordinaire, tout a été extraordinaire. Et puis samedi, je vais aller surfer à Jeddah!"

Propos recueillis par Boris DESCARGUES




 

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