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WRC: Sébastien Ogier, bien plus que "le deuxième Seb"

 
 

Sébastien Ogier, qui vient de gagner son huitième titre mondial en rallyes, devrait s'arrêter à un sacre du record de Sébastien Loeb; le premier a grandi dans l'ombre du second mais s'en est détaché par un parcours différent.

Les deux plus beaux palmarès du rallye mondial sont français et s'appellent Sébastien. De 2004 à 2012, Loeb l'Alsacien puis, dès 2013, Ogier le Haut-Alpin ont écrasé la discipline. Une même domination ou presque, le sacre ayant échappé au second en 2019.

Avec la pré-retraite de ce dernier, qui ne disputera que quelques rallyes en 2022 avec Toyota, c'est la fin d'une ère. Mais une question reste: lequel est le plus fort ?

Si l'on retient uniquement les chiffres, Loeb est N.1 avec neuf titres contre huit. L'Alsacien garde la palme aussi avec 79 succès pour 180 départs (43,9% de victoires), 119 podiums (66,1%) et 921 spéciales remportées. Ogier, lui, en est à 54 victoires pour 168 départs (32,1%), 91 podiums (54,2%) et 632 spéciales remportées.

"Loeb a plus de titres mais Ogier a été capable de gagner avec différents constructeurs", tempère toutefois leur ancien rival Jari-Matti Latvala, aujourd'hui patron de l'équipe Toyota et donc du deuxième Seb.

Le premier n'a gagné que dans des Citroën, même s'il est monté sur le podium pour Hyundai. Le second a été titré avec trois constructeurs: Volkswagen (2013-2016), Ford dans l'écurie privée M-Sport (2017-2018) -- un exploit -- et Toyota (2020-2021).

- "Les combats les plus difficiles du WRC" -

"Les combats d'Ogier ont (aussi) été les plus difficiles de l'histoire du WRC", estime Richard Millener, le Team Principal de M-Sport.

"L'intensité du championnat a eu tendance à augmenter au fil du temps", abonde l'intéressé. "De nos jours, il n'y a que trois constructeurs mais il y a tellement d'années où il y en avait moins... Et ça fait deux ans que cinq équipages sortent du lot et sont capables de gagner chaque rallye."

Ogier va avoir 38 ans, Loeb en a 47. Les différences dans leurs parcours s'expliquent par la décennie qui les sépare. Quand le plus jeune, formé par Citroën, débarque dans la catégorie-reine au sein de la marque française, le clash est inévitable. Après la saison 2011, Ogier quitte le bercail.

"Je savais qu'on laissait partir un véritable diamant. C'était douloureux de perdre un tel pilote, qui avait grandi chez nous, mais on avait d'autres projets avec Loeb", se souvient Xavier Mestelan Pinon, ancien dirigeant de Citroën Racing.

Ogier doit ronger son frein en 2012 chez Skoda, en WRC2, avant la consécration en 2013 avec Volkswagen. Forcé au changement, il en a fait une force. Sauf -- ironie -- avec Citroën, la seule marque avec laquelle il n'a pas été titré, malgré son retour en 2019.

L'octuple champion du monde demeure l'héritier de Loeb, le "modèle" grâce à qui lui et son copilote Julien Ingrassia se sont mis "autant de pression pour essayer d'atteindre leur niveau", dit Ogier lui-même.

"Il est arrivé très jeune chez nous et s'est formé auprès de lui", retrace Mestelan Pinon. "Il avait le talent et le potentiel nécessaires, et il a aussi eu la chance d'apprendre auprès du meilleur. Au début, il s'est appliqué à +copier+ Sébastien sur plein de paramètres, les notes, les réglages de la voiture ou la façon de piloter."

- "Ils ont apporté le style" -

"Ils ont changé le rallye. Ils ont apporté leur style en étant très précis, très directs, ajoute Latvala. Avant, les pilotes étaient beaucoup plus agressifs sur terre. Loeb est arrivé en commençant à être beaucoup plus droit avec la voiture, sans glisser. Ogier a continué."

Restent deux personnalités différentes, selon le triple vice-champion du monde: "Loeb est plus tranquille, alors qu'Ogier est plus bagarreur. Quand la situation est tendue, il s'implique plus, il attaque plus. Loeb, pour moi, est plus calculateur".

"Loeb passe plus pour le gendre parfait et Ogier pour quelqu'un d'un peu dur ou renfermé. Peut-être une image moins sympathique aux yeux du grand public", considère Mestelan Pinon. "Mais, dans le travail, ils se rejoignent: ils veulent gagner plus que tout et ne laisseront que des miettes à leurs adversaires".

La fidélité envers leurs copilotes (pour Loeb, Daniel Elena et, pour Ogier, Ingrassia, qui prend sa retraite) les réunit aussi.

Comme l'envie d'autre chose. L'aîné, deuxième des 24 Heures du Mans en 2006, a poursuivi sa carrière en voitures de tourisme, en rallycross ou encore au Dakar. Le cadet ne cache pas son envie de rouler au Mans.

Mais, en 2022, c'est bien en WRC que les deux Seb pourraient être à nouveau face-à-face le temps de quelques piges, Loeb discutant avec M-Sport. L'histoire continue.


 




 

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