Humiliation, harcèlement, insultes: les témoignages glaçants d'anciennes gymnastes belges concernant leurs entraîneurs

Humiliation, harcèlement, insultes: les témoignages glaçants d'anciennes gymnastes belges concernant leurs entraîneurs
 
 

L'ancienne gymnaste Gaëlle Mys a également été victime d'actes d'intimidation et de harcèlement au cours de sa carrière. Ils lui ont fait quitter la gymnastique de haut niveau en 2016, a-t-elle révélé samedi sur Instagram.

"Cela m'attriste de lire les histoires de toutes ces courageuses gymnastes du monde entier", dit Mys dans une longue lettre. "J'ai quitté la gymnastique en 2016 après les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, parce que j'étais fatiguée de lutter constamment contre le harcèlement, l'intimidation et les accusations. Je n'ai pas pris cette décision parce que mon corps était épuisé, mais j'ai finalement été assez forte mentalement pour quitter cet environnement malsain. J'ai choisi mon propre bonheur plutôt que ma passion".

"J'ai eu de grands entraîneurs", poursuit la Flandrienne. "Malheureusement, tous les entraîneurs n'étaient pas comme ça. Ceux qui occupent des postes de haut niveau ont abusé de leur pouvoir et le font encore. Même aujourd'hui, les filles abandonnent à cause de cela". "Même maintenant, il m'est difficile de regarder ma carrière de gymnaste avec un bon sentiment. Ma carrière a été une bataille constante", a déclaré la triple olympienne. "J'ai été malmenée, des mensonges ont été répandus et nous avons été montées les unes contre les autres. Une petite erreur vous valait d'être traitée de grosse, de paresseuse, de menteuse, de bébé, de princesse, d'égocentrique, de touriste".

"Heureusement, j'ai reçu le soutien de mes amis et de ma famille ainsi que de quelques entraîneurs. Mais personne, aux plus hauts postes de la fédération, n'a défendu les gymnastes. La plupart d'entre eux ont observé de loin et - comme moi - ont supposé que c'était un comportement normal. Il m'a fallu plus d'un an dans un nouvel environnement positif pour réaliser que l'on ne traite pas les gens ou les enfants comme ça".

"Tout au long de ma carrière, j'ai demandé à plusieurs reprises au manager général de la fédération de s'occuper de ce problème. J'ai appelé à l'aide. Mais à ce jour, rien n'a changé. Seuls les résultats et les chiffres comptent". "Après avoir quitté le monde de la gymnastique, je me suis vite rendue compte que tout cela a eu un grand impact sur ma personnalité. D'autres anciennes gymnastes ont les mêmes problèmes. Vous vous sentez inutile sans raison, vous n'avez pas confiance en vous, vous avez peur de faire des erreurs".

Après sa carrière de gymnaste, Mys a rejoint le Cirque du Soleil. "C'est là que j'ai trouvé la joie du sport." "Pendant longtemps, j'ai eu peur de parler de cela. (...) Mais il s'agit des filles et des garçons qui suivront nos traces. Nous devons en parler, afin que les gens puissent entendre notre voix et être enfin confrontés à la vérité. Parce qu'un jour, je veux pouvoir emmener ma fille à la salle de sport sans craindre que la même chose lui arrive".

Vendredi, l'entraîneur de gymnastique néerlandais Gerrit Beltman avait reconnu avoir maltraité et humilié de jeunes gymnastes lors de ses entraînements. Il l'a dit dans une interview au Noordhollands Dagblad. Beltman a entraîné toute une série de gymnastes de haut niveau, dont notre compatriote Aagje Vanwalleghem

L'ancienne gymnaste olympienne Aagje Vanwalleghem a souffert mentalement sous la direction de l'entraîneur de gymnastique néerlandais Gerrit Beltman. Elle a expliqué son expérience samedi dans les journaux télévisés de la VRT et de VTM. "Il y a beaucoup d'autres entraîneurs qui sont encore sur le terrain en ce moment et qui savent bien qu'ils agissent comme Gerrit", a-t-elle aussi estimé.

"Juste avant les Jeux olympiques de 2004, il m'a envoyé dans les vestiaires en me criant 'Grosse vache'", a déclaré Vanwalleghem au sujet de Beltman dans le journal télévisé de la VRT. "Je me suis assise sur le canapé. Il se tenait les deux mains contre le mur et le visage près de moi. Il a serré son poing et l'a retiré juste à côté de mon visage. Il m'a dit que j'étais une personne horrible. Cela fait quelque chose à quelqu'un qui est encore relativement jeune". "Je lui ai pardonné, surtout pour s'être excusé ouvertement. Je pense que cela montre beaucoup de respect", a encore déclaré Vanwalleghem, qui affirme qu'il existe encore aujourd'hui des abus psychologiques.

"Il y a beaucoup d'autres entraîneurs qui sont encore sur le terrain en ce moment et qui savent bien qu'ils agissent comme Gerrit. Il faut espérer que la fédération se rende compte qu'elle ne doit pas fermer les yeux sur ces situations, qui sont encore présentes aujourd'hui". "Certaines gymnastes ont eu besoin d'une thérapie post-traumatique après leur carrière. D'autres ont bénéficié pendant des années d'un accompagnement psychologique", a-t-elle affirmé à VTM. "Il y a encore d'anciennes gymnastes qui vont se faire entendre et nous voulons certainement offrir un soutien aux gymnastes, aux entraîneurs et à leurs parents. Il est juste super important qu'une solution soit trouvée".

Vendredi, l'entraîneur de gymnastique néerlandais Gerrit Beltman avait reconnu avoir abusé et humilié de jeunes gymnastes lors de séances d'entraînement. "Je n'ai jamais eu l'intention de frapper, d'insulter, de blesser ou de rabaisser. Mais c'est arrivé", a-t-il déclaré dans une interview au Noordhollands Dagblad. Aagje Vanwalleghem a participé aux Jeux d'Athènes en 2004, sous la direction de Beltman. En 2008, Gymfed a mis fin à la collaboration avec Beltman parce que son approche n'était pas conforme à la politique de la fédération en matière d'éthique et de sport de haut niveau.

La gymnaste belge Dorien Motten a à son tour apporté son témoignage quant aux traitements réservés aux membres de l'équipe belge de gymnastique. Elle rejoint ainsi d'autres gymnastes belges qui ont témoigné avoir été victimes d'abus et d'intimidation après à la suite des aveux du coach Gerrit Beltman vendredi dernier.

C'est maintenant Dorine Motten qui apporte son témoignage. "J"ai décidé de ne plus me taire. Cela se passe encore en Belgique et cela doit cesser", dit la gymnaste limbourgeoise sur son compte Instagram. "Je pense qu'il est temps de raconter mon histoire, en sachant que c'est une étape importante pour moi et que cela aurait de grandes conséquences, bonnes ou mauvaises, sur ma carrière. Je me sens la responsabilité de faire en sorte que des jeunes filles n'aient pas à subir tous les abus que nous avons subis. J'avoue que j'ai peur de le faire car je suis encore active au niveau international et je vais devoir tenir compte des conséquences de parler publiquement d'entraîneurs et du mauvais management de notre fédération. Mais il est temps d'être fortes et d'avoir le courage car le temps du changement est venu".

"J'ai été harcelée et intimidée pendant des années quand j'étais membre de l'équipe nationale belge. Ma confiance en moi a chuté et l'image que j'avais de moi était horrible", poursuit Dorien Motten. "J'ai alerté plusieurs fois la fédération. S'en sont suivies des heures de discussion avec des gens de la fédération, des gens qui auraient dû nous protéger. Des promesses ont été faites, mais rien n'a changé. C'est quand j'ai touché le fond que ma mère a décidé de me retirer".

Dorien Motten est ensuite partie s'entraîner en Allemagne, où elle a découvert une autre culture. "J'ai alors réalisé que la situation en Belgique n'était pas normale. En Allemagne, les gymnastes sont coachées de manière positive, encourageante, sans petits jeux mentaux. Je plaide pour un changement, avec les autres gymnastes qui ont apporté leurs témoignages. Je suis fière d'elles. Nous pouvons changer les choses ensemble et nous allons nous battre pour ça".




 

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