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Natation: Manaudou réapprend à dompter esprit et corps à l'Euro

Florent Manaudou, médaillé d'argent européen du 50 m en petit bassin huit mois après avoir renoué avec la natation, avec l'ambition de reconquérir l'or olympique en 2020, réapprend encore à domestiquer la compétition et ses embûches. Et apprivoise un corps remodelé.

. La tête...

Sur 50 m vendredi, une demi-finale "complètement nulle" avec "toutes les erreurs possibles" et une finale finie avec "des crampes dues à la tension" sont venues rappeler à Manaudou que deux ans et demi sans nager ne s'effaçaient pas en un clin d'oeil. Même quand on est champion olympique 2012 et vice-champion olympique 2016 du 50 m. Et même si lui a "limite oublié" son break post-JO-2016 et son intermède handball.

Au contraire, c'est précisément sur ça qu'insiste son entraîneur James Gibson. "Il ne faut pas oublier qu'il n'a pas nagé pendant deux ans et demi et que ça ne fait que huit mois qu'il est de retour dans l'eau", rappelle le technicien britannique, qui souligne l'importance de la compétition écossaise "pour se remettre dans le bain des grands championnats, réapprendre à gérer les tours, la tension...".

"Tendu toute la journée" du 50 m mais "beaucoup plus libéré" ensuite, Manaudou, qui a accumulé neuf allers-retours dans la piscine de Tollcross, compte s'appuyer sur son relais en finale du 4x50 m mixte samedi pour continuer sa progression.

"J'avais l'impression de voler sur l'eau, pas en termes de vitesse, mais de sensations. Je ne suis pas crispé. J'ai une nage complètement différente (de celle en individuel vendredi, ndlr), j'aimerais l'avoir en individuel, explique-t-il. Je pense que ça va m'apporter beaucoup pour les prochaines courses."

En petit bassin, lui reste les Championnats de France la semaine prochaine à Angers, puis la finale de l'ISL, le circuit privé lancé à l'automne, fin décembre à Las Vegas. En grand bassin, avant les Championnats de France qualificatifs pour les JO-2020 mi-avril, ça devrait se résumer à deux sorties, à Luxembourg (24-26 janvier) et à Marseille (20-22 mars).

. ... et les jambes

Depuis qu'il a replongé, Manaudou compose aussi avec une corps différent, lesté de cinq kilos par rapport à 2016.

"Depuis que je suis revenu, on me dit que je suis plus imposant, sourit-il. Pourtant je crois que j'ai moins de masse grasse qu'avant."

"Parfois je me dis qu'il faut que je maigrisse parce que tirer 105 kilos au lieu de 99 kg, c'est plus dur. Mais j'ai plus de force aussi. C'est toujours la même histoire de rapport poids-puissance", soupèse-t-il.

Comment a évolué le Manaudou 2.0 remodelé par le hand ? En bref, il est plus fort, mais moins souple au niveau des articulations, ce qui se répercute dans les parties non nagées.

"Je suis plus fort dans les jambes, je pousse plus fort sur le plot, sur le mur, décrit-il. Je ne pense pas être plus puissant, en revanche j'arrive bien à transférer cette puissance sur le haut du corps."

"Mais j'ai moins d'élasticité qu'avant. J'ai le dos plus raide par exemple, complète-il. Si je peux garder la force en rapportant un peu d'élasticité, ça peut être vraiment cool. Je pense que je peux nager plus vite qu'avant."

"Sous l'eau, je suis moins fort mais je nage plus vite qu'avant. C'est de bon augure pour le grand bassin", résume Manaudou.

. A l'entraînement, le bon équilibre

A l'entraînement en tout cas, Manaudou, qui va continuer à partager son temps entre Antalya, en Turquie, où travaille Gibson, et Marseille, où Julien Jacquier le supervise, outre des stages en Afrique du Sud en janvier et à Tenerife, aux Canaries, en février, a trouvé le bon équilibre.

"Il y a un bon échange avec James et Julien, j'aime beaucoup travailler avec les deux. On fonctionne vraiment en triangle. A 20 ans, je n'aurais pas su qui écouter, je me serais un peu éparpillé. Mais à 29 ans, c'est un plus, j'arrive à choper le meilleur des deux", expliquait-il à l'AFP début octobre.

Côté pile à Antalya, il y a un environnement très encadré : "C'est vraiment perf, perf, perf dans des conditions incroyables, avec un groupe très rapide. J'ai un programme avec un coach, un préparateur physique... Et on est comme des enfants gâtés : on a le buffet, on nous fait nos machines..."

Côté face à Marseille, "beaucoup de liberté". Ce dont il ne pourrait plus se passer, avoue-t-il : "Je marche au plaisir et en ayant découvert le monde hors sport, c'est compliqué pour moi d'être dans un moule".

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