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Nouveau procès pour Bernard Sainz, le "Docteur Mabuse" du cyclisme

 
 

Bernard Sainz, le "Docteur Mabuse" du cyclisme, sera jugé à partir de lundi devant le tribunal correctionnel de Paris après avoir été filmé en 2016, en caméra cachée, en train de dispenser des conseils de dopage, ce qu'il réfute.

Le "naturopathe", âgé de 78 ans, doit être jugé pour "exercice illégal de la médecine en état de récidive légale", "exercice illégal de la profession de pharmacien" et "aide et incitation à l'utilisation de substance ou méthode interdite par des sportifs dans le cadre d'une manifestation sportive en état de récidive légale".

M. Sainz va comparaître aux côtés de deux autres prévenus, l'ancien cycliste Loïc Herbreteau, 45 ans, soupçonné d'avoir mis en relation des sportifs avec M. Sainz, et l'ex-acteur Pierre-Marie Carlier, 56 ans, jugé pour avoir mis son fils Alexis Carlier, coureur cycliste semi-professionnel, en contact avec Bernard Sainz "en vue d'améliorer ses performances sportives".

Les trois prévenus comparaissent libres, sous contrôle judiciaire.

"Nous souhaitons que la justice trouve les moyens d'entraver la capacité de nuire, qui semble perdurer" de Bernard Sainz, a confié à l'AFP Paul Mauriac, avocat de la Fédération française de cyclisme (FFC), une des parties civiles aux côtés du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens et du Conseil de l'Ordre des médecins.

Le procès intervient cinq ans après la diffusion de l'émission Cash Investigation sur France Télévision et d'une enquête du Monde, en juin 2016, montrant Bernard Sainz en train de donner des protocoles de dopage à des cyclistes.

- "Retraité" -

Sur France 2, on pouvait notamment voir M. Sainz attablé dans une brasserie parisienne divulguer ses prescriptions à un coureur via un langage codé, "vitamine D" pour le corticoïde "diprostène" (interdit en compétition), ou la plante thérapeutique "chelidonium" pour dire "clenbuterol", un puissant agent anabolisant. Dans un autre passage, il conseillait aussi des prises d'EPO (érythropoïétine), avant de fixer des tarifs, selon les gains remportés.

L'avocat de M. Sainz, Me Hector Bernardini, avait jugé le reportage "calomnieux", ce qui n'avait pas empêché l'ouverture d'une information judiciaire puis la garde à vue et la mise en examen de son client en novembre 2017.

Au cours de sa garde à vue, M. Sainz avait expliqué aux enquêteurs qu'il était "retraité" mais conseillant toujours sa famille, ses amis proches et des sportifs puisqu'il était "reconnu spécialisé en médecine naturelle". Se prétendant homéopathe, ostéopathe et acupuncteur, il reconnaissait avoir traité quelques sportifs dans le passé mais "ne plus le faire aujourd'hui, sauf pour quatre sportifs dont deux cyclistes professionnels".

- Gourou -

Ancien coureur amateur, présent dans le milieu du cyclisme depuis qu'il a intégré comme directeur sportif adjoint l'équipe Gan Mercier, Bernard Sainz entretient depuis longtemps la réputation d'un gourou flirtant sans cesse avec les limites mais profitant de ses bonnes relations dans le peloton.

Sur son site, il met en avant les soins qu'il a prodigués à des grands noms du cyclisme des années 60 et 70 comme Poulidor, Guimard ou encore Bernard Thévenet, double vainqueur du Tour de France (1975, 1977). Plus tard, il avait aussi côtoyé le Français Philippe Gaumont, convaincu de dopage et mort à 40 ans après un accident cardiaque, ou Frank Vandenbroucke, l'enfant terrible du cyclisme belge, décédé à 34 ans après une carrière marquée par les affaires de dopage et de drogue.

Présent aussi dans le monde hippique, Sainz n'en est pas à ses premiers ennuis judiciaires.

Après plusieurs procès, il avait été condamné en 2014 en appel à Paris à deux ans de prison dont vingt mois avec sursis, notamment pour incitation au dopage et exercice illégal de la médecine, dans une affaire qui avait éclaboussé le milieu cycliste dans les années 90.

En février 2019, la cour d'appel de Caen lui a infligé 12 mois de prison avec sursis et 2.000 euros d'amende dans une autre affaire dans le milieu semi-pro et amateur. Des témoins directs et une série de témoins indirects, tous coureurs cyclistes, l'accusaient d'avoir dicté des protocoles de prise d'EPO, d'hormones de croissance et de testostérone, entre juillet 2008 et novembre 2010.

Le procès est prévu jusqu'au 29 novembre.


 




 

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