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Le parcours du combattant des familles pour traverser la zone de démarcation en Ukraine: "C'est de la torture infligée aux gens"

Le parcours du combattant des familles pour traverser la zone de démarcation en Ukraine: "C'est de la torture infligée aux gens"
 
 

Depuis le 18 juin, l'armée ukrainienne interdit le passage des bus. Résultat: les habitants qui n'ont pas de voiture doivent traverser à pied la zone séparant les territoires sous contrôle ukrainien de ceux aux mains des rebelles.

"Sous cette chaleur et avec toutes nos affaires, c'est dur de faire le trajet à pied", déplore Irina, sacs de fruits plein les mains, au début de la marche de 10 kilomètres nécessaire pour traverser la zone de démarcation dans l'est de l'Ukraine.

Sur la route d'Artemivsk, sous contrôle gouvernemental, Irina, 21 ans, et sa mère, doivent marcher 10 kilomètres avant d'atteindre le point de contrôle des insurgés puis rentrer chez elles à Donetsk, fief des séparatistes prorusses.


Elles espèrent qu'un conducteur les prendra en chemin

Les deux femmes, qui viennent de faire le plein de provisions en zone ukrainienne, sont très chargées. Le taxi n'étant pas dans leurs moyens, elles espèrent qu'un conducteur généreux les prendra en chemin, une fois dans la zone de démarcation.

Ania, qui fait le chemin en sens inverse pour se rendre à Kharkiv, grande ville industrielle sous contrôle de Kiev, a, elle, choisi l'option taxi car elle ne peut "pas marcher autant". "Le trajet est désormais plus long et plus cher", résume la jeune femme de 35 ans.


Iouri est en colère, sa femme ne peut pas passer

Iouri, sa femme, et sa fille se sont eux levés à 5 heures du matin à Donetsk, pour atteindre aux aurores le premier poste de contrôle ukrainien, prêts à effectuer ensemble les 10 kilomètres. Mais "on n'a pas pu passer car ma femme n'a pas le laissez-passer", un document délivré par les autorités de Kiev, obligatoire pour passer d'une zone sous contrôle ukrainien à une autre rebelle, lance-t-il, en colère.

"On a fait toute la queue et maintenant on doit faire marche arrière. Ca donne vraiment impression que les autorités ukrainiennes ne veulent pas de nous", lance cet homme de 32 ans, son enfant dans les bras.

Des files d'attente de plusieurs kilomètres

Avec l'entrée en vigueur en début d'année du système de laissez-passer, les files d'attente aux postes de contrôle étaient déjà devenues gigantesques. Mais la nouvelle interdiction touchant les autobus a encore renforcé ce phénomène. Désormais, les files s'étendent quotidiennement sur des kilomètres, au grand désespoir des locaux.

"On est là depuis 7 heures ce matin, il est déjà midi. On espère passer avant la nuit", raconte Nikolaï, 54 ans, un chauffeur transportant une femme dans sa voiture. "Vous vous rendez compte du nombre de passagers devant attendre dehors sous cette chaleur à la frontière, et ensuite marcher des kilomètres. Je ne veux même pas en parler", renchérit, rongé par la colère, un chauffeur de bus, qui attend, non loin du premier poste ukrainien, côté rebelle, les habitants dépourvus de véhicule.

Pour contourner au mieux la nouvelle interdiction, des chauffeurs de bus déposent désormais les habitants dans la zone de démarcation, entre le poste rebelle et le poste ukrainien, et attendent les prochains clients dans cette zone, suffisamment loin du regard des soldats ukrainiens.

"Cette décision a été prise en raison de la menace terroriste"

Malgré les difficultés imposées aux civils, les autorités de Kiev défendent ce choix. Cette "décision a été prise en raison de la menace terroriste. La situation dans la zone de l'opération antiterroriste (nom donné par Kiev à la lutte contre les séparatiste, ndlr) s'est détériorée ces dernières semaines. Le nombre de tirs a augmenté", a indiqué par téléphone à l'AFP Roman Drapak, porte-parole militaire. Les autorités de la DNR dénoncent, elles, les conditions infligées à la population.


"Les deux parties se haïssent, or il faut pardonner"

"C'est de la torture infligée aux gens. Nous, on les laisse passer, et on ne s'explique pas la décision de l'autre partie", a déclaré à l'AFP un responsable séparatiste, Edouard Bassourine.

"Les gens prennent ça très mal", confirme une retraitée de Donetsk, Lioubov Kirillovna, qui n'a pas pu rendre visite à ses proches, en territoire ukrainien, en raison de ces nouvelles mesures.

"Les deux parties ne réfléchissent pas à ce qu'elles font. Les deux sont à blâmer car elles ne veulent pas faire de concessions. Elles se haïssent, or il faut pardonner", lance cette dame de 72 ans.


 

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