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Une ligne de 150.000 volts dans une petite rue de Bruxelles effraye des riverains: "Il y a des risques de leucémie"

Une ligne de 150.000 volts dans une petite rue de Bruxelles effraye des riverains:
 
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Les travaux sont presque terminés dans la rue, mais ce comité de quartier fait tout ce qu'il peut pour que le reste d'une ligne haute-tension souterraine ne soit pas construit. En cause: les risques probables pour la santé des riverains habitant à quelques mètres seulement des champs électromagnétiques.

Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité à haute tension national, investit lourdement à Bruxelles pour moderniser ses infrastructures et anticiper les besoins en électricité à venir. Cela se fait, notamment, en reliant deux postes haute-tension de la capitale, et donc en posant une liaison souterraine dans les rues de Woluwe-Saint-Lambert et Schaerbeek.

Résultat: des kilomètres de tranchées pour enterrer de gros câbles électriques qui feront circuler 150.000 volts. Problème: cela s'est fait dans des petites rues, à proximité immédiate d'habitations familiales.

Conséquences potentielles (les études sont assez partagées sur le sujet, la santé publique parle de "risques" dans certains cas, on le verra): "Insomnies, fatigue chronique, défaillance immunitaire, maladies neurologiques… sans oublier la leucémie auprès des enfants", selon Eric Jenaer, administrateur du site Teslabel.be, et hypersensible aux champs magnétiques et électriques, qui a prévenu la rédaction de RTL info via la page Alertez-nous.

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La ligne de 150.000 V enterrée par Elia.

Eric a déjà dû déménager deux fois

S'il a quitté les zones urbaines pour s'isoler dans la forêt chimacienne, il se sent "solidaire" car il a du déménager à deux reprises lors de l'installation d'antennes ou de lignes à proximité de sa maison. Il dit: "On veut une législation, car les simples recommandations de l'OMS ne sont pas suffisantes. Les experts sont partagés, les études se multiplient… on ne connait pas vraiment l'impact des champs magnétiques sur le corps humain".

Selon cet ancien Bruxellois, "il y a sans doute beaucoup de gens qui ne trouvent pas l'origine de leurs maux de tête, de leurs problèmes de sommeil ou de leur stress… c'est peut-être à chercher dans l'exposition à des champs magnétiques".

Que se passe-t-il à la Rue Pelletier ?

Le problème qui nous intéresse aujourd'hui est la pose d'une ligne de 150.000 volts reliant deux postes haute-tension à Bruxelles, et donc traversant une partie de la capitale. Sur le tracé surprenant (pas vraiment en ligne directe…), il y a cette petite Rue Pelletier, à Schaerbeek.

Vu l'étroitesse de la rue (une dizaine de mètres), la ligne haute tension se situe, du côté des numéros paires, à environ 4 mètres des nombreuses hautes maisons de maître typiques de la rue. "Or, certaines habitations ont été transformées en appartement, et il y a des chambres, notamment d'enfant, aménagées au rez-de-chaussée", nous a expliqué Jean-François Roche, membre du comité de quartier Pelletier. Cela concernerait 11 maisons sur les 41 situées côté pair, selon le comité.

Les riverains déplorent donc le fait que "l'aspect santé n'a pas du tout été pris en compte" par Elia et par les autorités communales, tandis que s'achèvent déjà les travaux dans cette rue (la tranchée est pratiquement rebouchée). "Il y a notamment des risques de leucémie auprès des enfants exposés", poursuit M. Roche.

"Est-ce que le bourgmestre va prendre ses responsabilités et prévenir les maisons concernées des risques encourus ? Faut-il attendre qu'il y ait des malades pour que les autorités réagissent ?", déplor-t-il, estimant que le dossier est traité "avec une grande légèreté", et souhaitant que le "principe de précaution" eut été davantage respecté.

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Des riverains inquiets.

Un comité bien armé, mais…

Le comité Pelletier, actif tout au long de l'année pour promouvoir le quartier, n'est pas resté les bras croisés depuis qu'il a appris, par un toutes-boîtes, le début imminent des travaux.

"Nous avons déjà eu trois réunions de concertation avec la commune et Elia", a poursuivi M. Roche, mais elles n'ont débouché sur rien de concret. "Tout était déjà décidé, et même si la commune a accepté d'arrêter les travaux durant 5 jours pour se laisser un peu de temps, ils ont rapidement repris".

Pourtant, ils avaient en face d'eux un comité bien armé. "Dans la rue, il y a une conseillère communale, un professeur de physique, un urbaniste retraité, un juriste, un ingénieur haut placé dans une centrale, etc", a poursuivi Jean-François Roche, qui traite lui-même des "questions de santé au niveau européen", travaillant constamment "avec des comités scientifiques".


… tout le monde a donné son accord

En réalité, les communes peuvent difficilement contester la chose.

Dans un arrêté royal du 21 mai 2015 que nous avons pu nous procurer, on peut lire que "(…) les avis des Communes de Schaerbeek et de Woluwe-Saint-Lambert (…) ont été demandés le 27 janvier 2015" et que "à défaut de réponse dans le délai imparti de 42 jours, ces avis sont considérés comme favorables".

Ces communes ne sont que deux des 38 "personnes morales" (des entreprises, des institutions, etc) ayant donné leur accord à la pose de cette ligne haute tension.

Sans surprise, les travaux ont donc bien eu lieu, et dans les règles de l'art…

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Dans la rue Pelletier, les travaux sont presque terminés.

Et maintenant ?

Le comité de quartier Pelletier ne compte pas abdiquer pour autant. Il a sensibilisé les médias dans un but bien précis: que la suite des travaux soit compromise.

"D'autres comités de quartier ont été contactés, ils ont pris le relais", a souligné Jean-François Roche, qui a une idée derrière la tête.

"Pour l'instant, et jusqu'à la fin des travaux, les lignes ne sont forcément pas alimentées. Et si le projet est bloqué ailleurs, on gagne notre combat, car les lignes ne serviront jamais". 


De quel danger parle-t-on ?

Les conséquences d'une exposition prolongée à des champs électromagnétiques de basse fréquence sont pour le moins nébuleuses. Le Service Public Fédéral (SPF) Santé Publique reconnait que certaines études les classent comme "peut-être cancérogène pour l'homme". Principale victime: les enfants. Cette exposition est "un des facteurs de risque qui peuvent accroître la probabilité de développer une leucémie infantile".

Mais le SPF rappelle immédiatement que "la classification 'peut-être cancérogène pour l'homme' est attribuée à des facteurs environnementaux et à des substances qui fournissent des ‘indications épidémiologiques limitées' en rapport avec le cancer. Dans le cas ‘d'indications limitées', il est encore possible que le lien trouvé ne soit qu'apparent et que le hasard ou un biais fausse les résultats. Le niveau de certitude lorsque quelque chose est classé dans le groupe 2B ('peut-être cancérogène pour l'homme') est inférieur aux classifications 2A ('probablement cancérogène') et 1 ('cancérogène')".

Les conclusions du SPF peuvent donc se résumer comme suit: les recherches menées depuis plus d'une trentaine d'années n'ont pas pu mettre formellement en évidence un risque éventuel. Mais elles n'ont pas non plus permis de l'exclure. C'est pourquoi de nombreux chercheurs se penchent encore aujourd'hui sur la question de l'effet des champs magnétiques sur la santé, tant à court qu'à long terme.

Car il faut dire que des études épidémiologiques (études des causes influant sur la santé et les maladies de populations) attestent depuis longtemps de l'existence d'un lien statistique faible entre une exposition prolongée à des champs magnétiques de basse fréquence générés par le réseau à haute tension et un risque accru de leucémie chez l'enfant.

Et faute de trouver une explication à ce lien statistique, aucune étude n'a jusqu'à présent permis d'exclure ce risque. C'est pourquoi certains – c'est le cas des riverains de la Rue Pelletier, notamment - estiment que le principe de précaution devrait être observé, en éloignant le plus possible les sources de champs électromagnétiques des habitations.


gabUn diagnostic délicat

Le Professeur Gabrielle Scantamburlo est psychiatre au sein de l'Unité de Psychoneuroendocrinologie de l'Université de Liège. Elle étudie les personnes dites électrosensibles.

Elle reconnait que c'est une problématique délicate. "Il n'y a d'ailleurs pas de critères (maux de tête, sommeil, etc… chacun a visiblement ses symptômes, NDLR) pour établir le diagnostic d'une personne électrosensible. L'électrosensibilité est un syndrôme essentiellement défini par ce que la personne relate, les symptômes et la souffrance, lors de l'utilisation ou à proximité d'appareils générant des champs électriques, magnétiques ou électromagnétiques", nous a-t-elle expliqué.

Il y a pourtant des centaines de milliers de personnes qui seraient concernées. "On n'a pas de chiffres en Belgique. La prévalence varie selon les pays et les époques. Aux Pays-Bas ou en Suède, on estime que 3,5 % de la population est sujette à ce problème".

Quant aux résultats des dernières études menées sur le sujet, les conclusions sont difficiles à interpréter. "Lors des tests de provocations, les personnes qui se disent électrosensibles ne sont pas toujours capables de dire si elles ont été exposées ou non à des champs magnétiques. Elles ne le détectent pas, ce qui ne veut pas dire qu'elles n'en souffrent pas par la suite. De plus, aucun lien de causalité entre les symptômes et l'exposition n'a été identifié".

Un traitement controversé

Lorsque des personnes sont suivies, il y a différentes étapes permettant de mieux comprendre les problèmes du patient. "D'abord, on fait un check-up médical complet. Ensuite, il y a un bilan psychologique, car on s'est rendu compte que ces personnes montraient souvent un niveau important de stress et d'anxiété. Ensuite, on leur donne des conseils, qui relèvent du bon sens". 

Quel genre de conseils, exactement ? "Augmenter la distance par rapport à la source, ou réduire l'utilisation de certains appareils. En Wallonie, sur demande du médecin traitant, les 'Services d'Aide en Milieux Intérieurs' se rendent aux domiciles des personnes souffrant de problème de santé qui peuvent être liés à l'environnement. Des mesures sur sites devraient pouvoir être réalisées dans un avenir proche."

Au final, il n'y a pas de miracle ni de réel traitement. La solution la plus efficace, comme l'a expliqué Eric, notre premier témoin, est de s'isoler de toutes sources de rayonnement. "J'ai essayé les rideaux blindés, et j'ai mis du papier-peint spécial", nous a-t-il expliqué. Mais rien ne fonctionne aussi bien qu'une maison perdue au milieu de la forêt de la région de Chimay.

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Le tracé de la ligne.

Pourquoi être passé par les petites rues ?

A la question que tout le monde se pose: "Pourquoi passer par des petites rues alors que de grands boulevards auraient éloigné les premières habitations du champ magnétique ?", Elia, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité en Belgique, donne une réponse très vague.

"Avant le lancement de chacune des phases du chantier, Elia définit le tracé de la liaison en coordination avec les autorités compétentes (la Commune ou la Région, selon le type de voirie traversée), en tenant compte notamment de la présence d’autres impétrants et de la règlementation existante", nous a répondu Kathleen Iwens, responsable de la communication du groupe.

On n'en saura pas plus. Selon Jean-François Roche, membre du comité de quartier, "des considérations économiques et la volonté de minimiser les perturbations du trafic" feraient partie des "impétrants" cités par Elia.

Elia respecte les règles… mais il n'y en a pas vraiment

Sans surprise, Elia insiste sur le respect des recommandations et des citoyens, et sur les avantages des lourds investissements auxquels il consent à Bruxelles.

"La pose du câble 150.000 volts (…) s’inscrit dans un renforcement du réseau de transport de la Région de Bruxelles Capitale qui permet de faire face à l’augmentation de la charge et de garantir la fiabilité et la sécurité d’approvisionnement sur l’ensemble de la Région".

Quant au respect de la réglementation, c'est facile: il n'y en a pas vraiment à Bruxelles ou en Wallonie, uniquement en Flandre, où une distance minimale doit être respectée.

"La Belgique n'a pas légiféré au niveau fédéral en matière de champ magnétique à très basse fréquence. C'est donc la recommandation du Conseil de l'Union européenne – limite maximale d'exposition fixée à 100 µT – qui sert de référence", peut-on lire sur le site d'Elia.

Le gestionnaire estime être dans son bon droit: "Le tracé est réalisé de façon à respecter une distance de minimum 4,5 mètres par rapport aux habitations".

Elia va continuer de communiquer (alors qu'il n'en a "aucune obligation dans le cadre de tels projets") avec les différents comités de quartier qui solliciteront des réunions.

Quant aux attaques des comités, Elia estime que "certains arguments avancés par les riverains ne concernent pas les liaisons souterraines mais bien les liaisons aériennes: les distances à respecter sont différentes selon le type de liaison". Le gestionnaire de réseau conclut que "dans chacun de nos projets, nous tenons compte de la sécurité, de la santé et de la communication avec les riverains".

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