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Procès des attentats de Paris: Salah Abdeslam dit avoir renoncé à "enclencher" sa ceinture d'explosifs

Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre, a affirmé mercredi au procès des attentats terroristes de Paris avoir renoncé à enclencher sa ceinture d'explosifs le soir des attentats qui ont fait 130 morts et 350 blessés à Paris et Saint-Denis. "Les personnes qui n'ont tué personne, on ne peut pas les condamner comme si on avait les têtes de l'État islamique, ce n'est pas possible", a-t-il déclaré. "En réalité, on se dit 'j'aurais dû l'enclencher ce truc' (..), on se dit 'est-ce que j'ai bien fait de faire marche arrière ou j'aurais dû aller jusqu'au bout?'"

"Il y a deux types d'opération militaires..."

Un peu plus tôt ce mercredi, Salah Abdeslam a qualifié les attentats commis en Europe au nom du groupe terroriste État islamique "d'opérations militaires" lors de son audition en Cour d'assises spéciale mercredi, rapportent des médias français.

Interrogé par le président de la Cour, Jean-Marie Périès, sur ses motivations à s'impliquer dans les activités du groupe terroriste, l'accusé a expliqué avoir été choqué par des vidéos de frappes aériennes menées en Syrie par la Coalition internationale. "Quand l'EI décide de faire des attentats, des opérations militaires sur le sol européen, ce n'est pas dans le but de voir des drapeaux noirs se lever sur l'Occident", a-t-il poursuivi. "Il y a deux types d'opération militaires : le djihad offensif pour conquérir des terres et le djihad défensif pour défendre le territoire de l'État islamique. C'était pour se défendre de la coalition qui bombardait l'EI."

"Un road trip pour souffler"

Le terroriste a été repris par le président de la Cour sur la terminologie employée pour décrire les attentats. "C'est une opération militaire de s'en prendre à une salle de concert ou à des restaurants?", s'est interrogé Jean-Marie Périès. "Ils ont travaillé avec les moyens du bord. (...) S'ils ont touché des civils, c'était pour marquer les esprits", s'est défendu l'accusé.

Interrogé sur un voyage éclair qu'il a effectué en Grèce à l'été 2015 avec un autre accusé du procès, Ahmed Damani, parti en Syrie un peu avant, Salah Abdeslam a évoqué un "road trip" pour "souffler". "Je sais que pour vous, tout est lié aux attentats, mais il y a la vie sociale aussi", a-t-il précisé.

Salah Abdeslam a qualifié son frère, Brahim, l'un des terroristes des terrasses de Pairs, de "leader". A propos d'Abdelhamid Abaaoud, coordinateur des attentats de Paris, il fait savoir: "C'était mon frère. Je l'aimais beaucoup. C'était mon ami d'enfance. Il n'est plus là et j'espère le rejoindre bientôt." 

Calomniez, calomniez' conseillait Voltaire, il en restera toujours quelque chose

"Je tenais à dire aujourd'hui que je n'ai tué et blessé personne. Même une égratignure", a déclaré par ailleurs Salah Abdeslam, toujours lors de son audition dans le cadre du procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. "Depuis le début de cette affaire, on n'a cessé de me calomnier. 'Calomniez, calomniez' conseillait Voltaire, il en restera toujours quelque chose."

Dès le début de l'audition, le seul survivant du commando terroriste qui a fait 130 morts et 350 blessés à Paris et Saint-Denis, a exprimé le souhait de faire une déclaration spontanée. Il a notamment dénoncé la sévérité des peines dans les affaires de terrorisme. "À l'avenir quand un individu sera dans un métro avec une valise explosive, et qu'au dernier moment, il veut faire marche arrière, il saura qu'il n'aura pas le droit de faire ça, car il sera enfermé et humilié."

Je supporte l'État islamique

L'accusé a confirmé son adhésion et son soutien au groupe terroriste État islamique. "Le monde occidental impose son idéologie au reste du monde. (...) Pour nous les musulmans, c'est une humiliation", a-t-il déclaré. "Je supporte l'État islamique, je suis avec eux, je suis pour eux, je les aime."

Salah Abdeslam a par ailleurs précisé qu'il n'était jamais parti en Syrie même si cela lui avait "traversé l'esprit". Son allégeance au groupe terroriste remonterait à début 2015, date à laquelle son frère était revenu de Syrie. 

Alors que la mère, la sœur et l'ex-fiancée de l'accusé étaient attendues à la barre pour témoigner, le président de la Cour d'assises Jean-Louis Périès a indiqué que les trois témoins ne viendraient pas. "Elles ont fait savoir qu'elles ne comptaient pas se déplacer", a-t-il déclaré en début d'audience.

Un interrogatoire sur deux jours


Pour ce premier interrogatoire, prévu sur deux jours, Salah Abdeslam ne sera questionné que sur la période antérieure à septembre 2015. Les principales énigmes en suspens le concernant - quelle était sa mission exacte, a-t-il renoncé à actionner sa ceinture d'explosifs - devront donc attendre les prochains interrogatoires ; plusieurs autres sont prévus. La cour d'assises spéciale de Paris va pour l'heure s'intéresser au basculement dans la radicalité du Français de 32 ans ayant grandi dans la commune bruxelloise de Molenbeek, lui qui avait la réputation d'un "fêtard", adepte des casinos et des boîtes de nuit. Salah Abdeslam devrait aussi être interrogé sur le séjour en Syrie de son frère Brahim - futur tueur des terrasses parisiennes - début 2015, et sur son ami Abdelhamid Abaaoud, qui deviendra le coordinateur des attentats parisiens. Un "chouette gars" avec qui il avait perdu contact, avait-il assuré aux policiers belges en février 2015. 

La cour tentera enfin de faire la lumière sur un mystérieux voyage qu'il a lui-même fait en Grèce l'été suivant, avec l'un de ses coaccusés.  A ces premières séries de questions, Salah Abdeslam apportera-t-il des éléments de réponse ? Depuis mi-février et le début des interrogatoires des 14 accusés présents devant la cour, deux d'entre eux ont déjà exercé leur droit au silence.  Le Suédois Osama Krayem d'abord, pour qui "ce procès est une illusion", et qui a refusé pendant de longues semaines de comparaître avant de reprendre place dans le box mardi, puis le Belgo-marocain Mohamed Bakkali. "Ma parole est toujours suspecte, elle n'a pas de valeur", a-t-il expliqué, résigné, à la cour. Salah Abdeslam avait lui gardé le silence pendant l'enquête, de manière quasi constante. Il avait parlé une fois pour dédouaner un coaccusé, une autre pour se lancer dans une tirade religieuse.

Mais depuis le début du procès, il a déjà largement fait connaître sa position : le premier jour, en se présentant comme un "soldat" de l'Etat islamique, puis plus tard, en déclarant que "le 13-Novembre était inévitable", à cause des interventions françaises en Syrie. Avant d'appeler au "dialogue" pour éviter d'autres attaques, sous le regard atterré des parties civiles. Début novembre, pendant son interrogatoire dit "de personnalité", il avait accepté de répondre à la plupart de questions, et décrit sa vie "simple" d'avant - sans pour autant s'épancher. Une expertise psychiatrique réalisée peu après - et sur laquelle la cour reviendra ultérieurement - a estimé qu'il convenait "d'éliminer formellement toute maladie mentale" chez Salah Abdeslam. S'il "n'a exprimé aucun regret" et récite "comme un perroquet" les mêmes arguments que tous les "sujets radicalisés", sa "personnalité antérieure ne semble pas avoir été totalement enfouie", ont jugé les experts. Parfois virulent au début, Salah Abdeslam a ensuite "joué le jeu" du procès, s'accordent à dire les parties civiles. Avec pour exception une absence du box pendant plusieurs semaines - avec certains de ses coaccusés - pour protester contre l'absence physique à la barre des enquêteurs belges.

A l'audience, autant son "pote" Mohamed Abrini ("l'homme au chapeau des attentats de Bruxelles") est expressif dans le box, autant Salah Abdeslam ne laisse rien transparaître quand on parle de lui.  Tout juste avait-il baissé la tête quand la femme d'un de ses coaccusés avait fondu en larmes pendant son audition. "Cette personne-là (Salah Abdeslam), elle m'a aussi volé une partie de ma vie", avait craqué la femme de Mohammed Amri, l'ami qui a pris sa voiture la nuit des attentats pour ramener le "dernier homme" du commando à Bruxelles. Les auditions de trois proches de Salah Abdeslam sont prévues mercredi - sa mère, sa soeur et son ex-fiancée. Mais leur venue, à la barre ou en visioconférence, reste incertaine.

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