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La Belgique a détruit un stock de masques avant le coronavirus sans le remplacer: que répond la ministre De Block?

 
CORONAVIRUS

L'an dernier, la Belgique a procédé à la destruction d'un stock stratégique de plusieurs millions de masques de protection de type FFP2 qui étaient parvenus à leur date de péremption, mais sans procéder à leur renouvellement par souci d'économie, rapporte lundi Le Vif sur son site internet. La ministre Maggie De Block affirme quant à elle que ce stock a été détruit en 2017 (voir ci-dessous).

Ces quelque six millions de masques FFP2 avaient été acquis à l'occasion de l'épidémie de grippe H1N1 en 2009. L'an dernier, le gouvernement avait toutefois décidé de procéder à la destruction de ces masques, ceux-ci ayant atteint leur date de péremption. Mais par souci d'économie dans le budget des soins de santé, la ministre Maggie De Block a décidé de ne pas renouveler cette réserve, affirme le site d'infos. Celui-ci appuie ses informations sur base d'une copie du procès-verbal de la réunion du 6 février dernier du Risk Management Group, que le Vif s'est procurée.

Nous confrontons Maggie De Block, la ministre en charge

Suite à l'information publiée par Le Vif, nous avons contacté Maggie De Block, ministre de la Santé. En résumé, elle affirme que le stock n'avait pas été conservé dans de bonnes conditions, qu'il a été détruit en 2017, et qu'elle avait demandé un nouveau plan pour recréer un stock stratégique. Malgré les trois années qui se sont écoulées depuis lors, ce plan n'a toujours pas abouti aujourd'hui.

Voici les réponses de la ministre à notre journaliste Bernard Lobet.

Bernard Lobet: Madame De Block, quelle est votre réaction à cette information?

Maggie De Block: Il y avait un ancien stock à la Défense de 2009 qui n'avait pas été conservé dans des bonnes conditions. Alors les masques étaient devenus inutilisables. Ils ont été détruits en 2017.

Bernard Lobet: Est-ce qu'il est vrai que depuis lors nous n'avons pas reconstitué ce stock? Il y avait six millions de masques FFP2.

Maggie De Block: Oui mais ils n'étaient plus utilisables.

Bernard Lobet: Alors qu'est-ce qu'on fait? C'était une réserve stratégique, il faut bien le dire.

Maggie De Block: Nous avons demandé un autre plan au SPF Santé publique pour un nouveau stock. Mais pas seulement pour les mettre à nouveau à la Défense, mais pour un stock qui est régulièrement mis sur le marché. On appelle ça un stock tournant. On donne des masques par exemple aux hôpitaux, et eux ils doivent l'utiliser avant que c'est périmé. Et aussi les compenser.

Bernard Lobet:  Mais donc, les masques périmés on comprend qu'ils aient été détruits. Mais on ne comprend pas pourquoi on n'a pas renouvelé un stock stratégique.

Maggie De Block: Parce qu'on n'a pas voulu faire cette bêtise à nouveau. D'investir des millions dans un stock qui pourrait périmer à nouveau à la Défense.

Bernard Lobet: Donc c'est par souci d'économie?

Maggie De Block: C'est pas par souci d'économie, c'est parce que ce système n'était pas à jour. Il ne faut pas répéter les erreurs du passé. Quand un stock n'a pas été préservé dans les conditions nécessaires pour garantir la qualité et… Vraiment avoir encore une bonne qualité pour être assez sûr pour ceux qui mettent les masques.

Bernard Lobet: Donc ces vieux masques étaient périmés et ils ont été détruits. Mais depuis lors…

Maggie De Block: Depuis lors, moi j'ai tout de suite demandé de me faire un plan au SPF Santé publique pour un nouveau stock. Mais pas seulement pour acheter des masques, mais un plan stratégique pour éviter ce qu'on a vécu avec les masques périmés.

Bernard Lobet: Et où est-ce qu'on en est dans cette nouvelle façon de faire?

Maggie De Block: Mais bon, j'ai reçu un plan qui n'était pas mûr je dirais. Ça concernait aussi des vaccins, des médicaments… J'ai donné des remarques à mes collaborateurs. Des remarques pour encore adapter ce plan. Il fallait faire aussi des adaptations législatives, des accords avec d'autres départements. Des adaptations des contrats avec les fournisseurs, et aussi un plan de coordination pour le secteur. Et ça c'est un travail qui n'a pas encore été fait. Voilà.

Bernard Lobet: Pour l'avenir, est-ce qu'on aura un jour une réserve de masques?

Maggie De Block: Pour l'avenir, il faut implémenter ce système. Il faut, comme on avait prévu, adapter ce plan dans le sens qu'on avait dit.

Bernard Lobet: Donc ce n'est pas le cas encore maintenant?

Maggie De Block: Non, c'est un travail qui était en train de se faire. Evidemment, maintenant ils ont autre chose à faire. Mais de toute façon, c'est pour ça qu'on a commandé déjà beaucoup de masques… Pour que si on a encore une réserve, pour à ce moment pouvoir installer ce stock, dans les hôpitaux et plus dans des hangars.

Le ministre De Backer élude la question dans le RTL INFO 19H

Le ministre fédéral en charge de la lutte contre la pénurie de masques, Philippe De Backer (Open VLD, libéraux flamands), a été interrogé en direct dans le RTL INFO 19H. Notre présentatrice Caroline Fontenoy lui a demandé une réaction sur l'information du Vif. "Il faut faire tout pour le moment pour dans ce moment de crise obtenir d'autres masques. On peut faire des analyses partout pour obtenir des masques maintenant pour le personnel qui est en première ligne parce que c'est important pour eux qu'ils puissent traiter les patients dans un environnement sécurisé. C'est pour ça qu'au gouvernement au fait tout ce qu'on peut pour obtenir ces masques. Pas seulement les masques de chirurgiens, mais aussi les masques FFP2 et FFP3", a réagi Philippe De Backer.

Après que le ministre ait éludé la question de la destruction des masques, Caroline Fontenoy l'a relancé: "Mais donc vous confirmez que ces masques ont bel et bien été détruits. Est-ce que ça va servir de leçon à l'avenir? C'est-à-dire stocker du matériel pour faire face le cas échéant à ce genre de crise?". Le ministre n'a pas réfuté l'affirmation de notre présentatrice. Voici sa réponse: "Je pense qu'on a vu un peu partout dans le monde, par exemple en Corée, qu'il y a beaucoup de changement dans les systèmes de soins de santé. Je pense qu'il y a des leçons à tirer. Mais pour le moment mon focus est vraiment de sécuriser la livraison du matériel. Pas seulement les masques, mais aussi obtenir d'autres matériels pour les hôpitaux et le personnel des soins de santé", a indiqué le ministre.

Les autorités cherchent désespérément des masques

Depuis l'émergence du coronavirus Covid-19 en Europe, les autorités belges cherchent tous azimuts à se procurer des masques de protection, notamment de type FFP2 lesquels font cruellement défaut auprès du personnel médical appelé à soigner les personnes atteintes, ou soupçonnées d'être atteintes, par la maladie.

Selon les dernières données livrées par les autorités sanitaires lundi, la Belgique compte 3.743 cas confirmés de Covid-19 sur son territoire. Pas moins de 1.643 personnes ont dû être hospitalisées, et 88 ont perdu la vie.

 

 

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