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"C'est une passoire": un ancien trafiquant nous emmène sur une zone interdite du port d'Anvers... sans le moindre contrôle

 
 

Notre équipe pénètre dans le deuxième plus grand port d’Europe. 129 km², quatre fois la surface de Bruxelles-Ville, 12 millions de containers par an. Le port d'Anvers est devenu une porte d'entrée en quelques années, véritable passoire pour le trafic de drogues, à en croire notre guide : Paul Meyer, trafiquant de drogues pendant 30 ans.

 

Aujourd'hui, nous rencontrons un homme libéré de prison il y a tout juste 3 ans, après avoir purgé une peine de 7 ans. Le port, il le connait sur le bout des doigts. "Voilà le port !", nous dit-il en guise d'introduction. "Je vous montre. Je dis toujours aux gens : 'Regardez ce qui est écrit sur ce panneau. Vous ne pouvez pas entrer à l’intérieur'".

Il est en effet interdit d’y entrer, et pourtant Paul Meyer décide de nous emmener sur les quais de déchargement, sous le regard de quelques dizaines d’employés. "Ils s’en foutent", commente le trafiquant repenti. "Les gens qui travaillent ici se font 2000 euros. Pourquoi cette personne ne téléphone pas pour dire qu’il y a une voiture étrange ici ? Non, son téléphone, c’est plus important".

Un port totalement facile d'accès

Sur le quai, un bateau venant tout droit du Panama, des marchandises visibles... autant d'informations utiles, pour les trafiquants. "Donc, je vais au Panama et je vais dans cette entreprise de bois. Je l’achète et demande que l’on me le transporte ici. Je mets quelque chose à l'intérieur du bois. Ici, je ne rencontre personne, je reprends mon bois et je pars."

Après 15 minutes, toujours aucune remarque des dockers. L’homme de 60 ans n’hésite pas à aller vers l’un d’eux. "C’est une passoire ici",  fait remarquer Paul. "À Rotterdam c’est autre chose !"

Pour les trafiquants, s’attirer leur service est devenu monnaie courante. À Anvers, le trafic de cocaïne est estimé à plus de 50 milliards d'euros par an, c'est une activité fructueuse, et un système de corruption assumé. "Ils sont humains. Tout le monde veut se faire de l’argent. Je ne dis pas qu’on est tous corrompus, mais c’est difficile de dire non. Ils t’offrent beaucoup d’argent rien que pour regarder ailleurs."

700 millions d'euros

Il est difficile de s’éloigner de ce trafic, Paul Meyer en sait quelque chose. Son groupe et lui ont engrangé 700 millions d’euros. "Beaucoup de personnes m’ont demandé : pourquoi tu n’arrêtes pas ? Mais je vais vous dire honnêtement, c’est ma vie... c’était ma vie. Tous mes amis sont reliés au business que j’ai créé. Honnêtement, ça me manque, encore aujourd’hui. Ça me manque tous les jours."

"Ça vous manque ?", s'étonne-t-on. "C'est stupide", nous répond Paul Meyer. "Oui, j’ai eu tort et les produits étaient illégaux, mais c’était une très belle vie."

Entre 2013 et 2021, la quantité de cocaïne saisie dans le port a été multipliée par quatorze. Cette hausse est liée aux contrôles réalisés par la douane. Pour les renforcer, le gouvernement prévoit un investissement de 70 millions d'euros. 100% des containers à risque seront scannés. 108 nouveaux douaniers et cinq scanners permettront d’analyser le contenu depuis les principaux terminaux.


 

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